‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 115 sur 255 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

3R.obert de Bellème assiégé dans le fort de Courcy. — Guillaumele-Roux débarque en Angleterre. — Traité entre le roi et son frère. — Ils assiègent leur frère Henri au mont Saint-Michel. — Il est forcé de s'exiler. — Les habitans de Domfront le reconnaissent pour leur seigneur. — Le duc Robert prend part à une expédition des Anglo- Normands contre l'Ecosse. — Robert de Bellême est poursuivi de château en château, et banni de l'Angleterre. — Possessions de ce baron en Normandie. — Guillaume-le-Roux vient en Normandie, et se brouille de nouveau avec le duc son frère. — L'évêque de Bayeux consacre le mariage de Philippe, roi de France , et de Bertrade , femme de Foulques d'Anjou. — Statuts du synode tenu à Rouen en 1096.^ — i Robert Courteheuse engage la Normandie à son frère le roi , et part pour la croisade. — Mort d'Eudes de Bayeux.

Les mêmes nobles qui avaient tiré une vengeance atroce des Rouennais pour avoir voulu un meilleur régime , n'en continuèrent pas moins de désoler la Normandie par leurs querelles particulières. Malgré le grand nombre de châteaux-forts qu'il possédait , Robert de Belléme en avait construit encore un nouveau sur une hauteur, dans un lieu appelé Fourches; et poiu' le peupler, il

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avait forcé les habitans d'un village voisin de s'y établir. Il avait bâti Château-Gontier, et de là le chef de la famille des Talvas fondait sur le pays voisin , et faisait trembler les possesseurs des châteaux d'alentour.

Ils sentirent la nécessité de s'unir pour empêcher ce baron d'être le tyran de la Basse-Normandie; cependant il n'y eut que Hugues de Grenteménil et Richard de Courcy, aidés du comte Mathieu de Beauraont et de Guillaume de Varennes, qui osèrent lui résister ouvertement. Leur ennemi vint investir le château de Courcy, et sut engager même son suzerain à prendre part à Ce siège. On était sûr d'obtenir tout du faible duc à force d'argent : aussi Hugues de Grenteménil lui offrit sans détour une somme de 200 livres s'il voulait se retirer pendant huit jours, et le laisser combattre seul les forces de Robert de Belléme'. Peut-être le duc s'était-il également fait payer pour aller au siège.

L'investissement rapide du château de Courcy n'ayant pas permis aux assiégés d'établir un four dans la place , ils étaient obligés de se frayer un

' Orderic Vital, lib. 8.

CRUAUÏK UE ROBERT DE BELL^ME. '2 3c

chemin jusqu'à un fom^ situé dans le village, et de défendre à main armée la cuisson de leur pain. Quand ils le portaient dans le châtel, il était presque toujours arrosé du sang des combattans ; plusieurs chevaliers furent faits prisonniers de part et d'autre. On redoutait beaucoup de tomber au pouvoir de Robert deBellême, car il était renommé pour les traitemens cruels qu'il faisait subir aux prisonniers dont regorgeaient ses donjons.

D'autres seigneurs faisaient des prisonniers pour se procurer de fortes rançons; lui, dédaignant les rançons , se faisait un jeu de tourmenter ses victimes , de les exposer à la faim, au froid, et d'assouvir lentement sa vengeance par tout ce qu'ils endiu-aient. On disait qu'il avait trouvé un plaisir cruel à empaler des hommes et des femmes , et à arracher les yeux à des enfans '. 11 avait enfermé sa propre femm^e ; la malheureuse ne s'échappa que par les secours d'un chambellan. On s'entretenait des atrocités qu'il commettait, et dans le Maine,

' Henric. Huntingdoii. , Epist. de Conteniptu mumh. n Nec curabat caplos redimerc , sed interimerc ; illioli sui oculos sub clamyde posili quasi ludens pollicibus cxtraxit. Homines ulriiisr|uc sexus ab ano usque in ora palis Iransforabat » , etc.

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la tradition populaire l'a confondu avec le fameux Robert-le-Diable.

L'évéque de Séez, dans le diocèse duquel étaient situés plusieurs châteaux de Robert de Belléme , et qui avait beaucoup à souffrir de ce tyran normand, vint l'engager à accorder la paix à ses ennemis , et à lever le siège de Courcy ; le Talvas renvoya le prélat avec des paroles hautaines.

Au mois de janvier 1091 , la nouvelle se répandit que Guillaume-le-Roux venait de débarquer avec beaucoup d'Anglais , et qu'il était arrivé à Eu : aussitôt le duc Robert, après avoir essayé en vain de déterminer le roi de France à venir au secours de la Normandie % alla recevoir son frère; ses vassaux suspendirent leurs querelles , et Robert de Belléme, avec ses frères, se renferma dans ses châteaux.

JjCs seigneurs coururent en foule au-devant du roi , qui était attendu depuis long-temps. Il vint à Rouen; les deux frères se firent un accueil en apparence très amical, et ils demeurèrent ensem-

' Florent. Wigorn. Chron. , ad ann. 1090 , prétend que Guiilaunf^e-lc-Rouxpaya pour obtenir l'inaction du roi de France. « Nor\ modica pecuniae quantitate rcge Philippo occulte transmissa. »

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