ACTE DRESSÉ
D'après ces statuts il était défendu de faire des violences aux personnes qui se rendaient à la cour du duc , ou qui en venaient , ou qui y siégeaient , ainsi qu'à celles qui se rendaient à son ost^ ou qui s'en retournaient dans leurs foyers. Quiconque se permettait en pareil cas d'exercer des vengeances particulières, perdait sa terre et sa liberté, et était à la merci du duc. Personne n'avait le droit de fortifier des rochers ou des îles ' . Tout fort devait être toujours ouvert au duc, et s'il demandait un fils, un frère ou un neveu du baron possesseur du château, comme garantie de la fidélité de ce baron , l'otage devait se rendre à la cour ducale. Il n'était pas permis d'assaillir un homme ou de lui tendre des embûches dans les forêts appartenant au souverain ; il n'était permis de poursuivre un ennemi avec des armes , ou de condamner un homme à la perte d'un membre sans jugement que lorsqu'il aurait été pris en flagrant
' Thésaurus anecdotorum , art. 3. « Nulli licuit in Normanniâ fossatum facere in planam terram nisi taie qiiod de fundo potuisset terrain jactare superius sine scabelk). Et ibi nuUi liciiit facere palicium , nisi in nna regnl.1 , et id sine propugnaculis et alatoriis. Et in rupe et in insulâ nulli licuit facere fortitiidinem , et nuUi licuit in Normanniâ castellum facere. »
PAR GUILLAUME ET ROBERT. uSq
ilélit , pour une action au sujet de laquelle une pareille peine aurait été statuée ; encore si la connaissance du délit appartenait à la cour du duc , il fallait d'abord un jugement de cette cour. De même, pour des réclamations particulières, il était prohibé de commettre des incendies ou d'enlever une femme avant d'avoir porté plainte à la cour qui avait à connaître du délit. Défense était faite d'inquiéter un marchand pour un délit ancien , sous peine de la perte de la liberté personnelle. Les deux hôtels de Rouen et de Bayeux étaient seuls autorisés à frapper monnaie ; ils étaient tenus à tailler 8 sols dans le marc '. Tout particulier qui se permettait de frapper monnaie était livré à la merci du duc; tout faux-monnoyeur perdait sa liberté et sa terre.
Voilà les principaux statuts que les deux frères renouvelèrent en Normandie; ils font voir les grands abus commis alors par les barons au préjudice de la souveraineté du duc et de la sûreté du
■ « INulli licuit in Norraatiniâ raonetam facere extra monetarios (lomus Rothoinagenses et Bajocenses , et illam mediam argent! , et ad justiim pensum , scilicet viii solidos in lielmare. » Ce dernier mot he signifie peut-être qu'un demi-marc.
1>J^O GUERRE d'ÉCOSSE.
peuple. Par ce que l'on défendit, nous apprendrions ce qui se faisait, si l'histoire n'était là pour nous en citer de fréquens exemples.
Comme Guillaume-le-Roux fut informé des hostilités commises par les Ecossais sur le territoire d'Angleterre , il s'embarqua pour cette île , en emmenant son frère Robert , pour qui les affaires du gouvernement de son duché n'étaient jamais une occupation. Dès que Guillaume fut de retour dans son royaume, il appela ses vassaux sous ses bannières, et marcha contre l'Ecosse. Le roi Malcolm mena son armée au-devant de celle des Anglo-Normands, et apprenant que le duc Robert était dans l'armée ennemie , il demanda une entrevue avec lui ; quand ils furent en présence l'un de l'autre, Malcolm déclara être prêt a lui faire hommage com^me au fils aîné de Guillaume-le-Conquérant , qu'il avait reconnu autrefois pour son suzerain; il ajouta que quant à Guillaume-le-Roux , il croyait ne rien lui devoir.'
Robert chercha de le réconcilier avec le roi d'Angleterre, et en effet, dans une entrevue des deux rois, la paix fut conclue sur les instances
• Florent. WigoMi. 67i/o/mc. , ad ann. 1091.