‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 124 sur 255 · UU CHATEAU DE BRÉVAL · texte numérisé non relu

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leurs gens d'armes, et Robert de Bellême employa au siège l'art d'un ingénieur qui récemment était revenu des croisades. Cet homme érigea des machines habilement conçues , devant la place. Ascelin Goel, tout brave qu'il était, ne put se défendre contre tant d'attaques que pendant deux mois. Au bout de ce temps , il eut recours à son beau-père, Guillaume de Breteuil, pour obtenir la paix et la retraite de ses ennemis. En se faisant restituer la forteresse d'Ivry, son seigneur et beaupère consentit à se retirer avec tous ses alliés. '

Henri, frère du duc de Normandie, avait fait de Dromfront une place d'armes d'où il entreprenait des incursions hostiles dans les terres de son frère le duc et de son autre frère le roi d'Angleterre. Quelques seigneurs du voisinage lui étaient dévoués , entre autres Robert Giroie , à qui le duc de Normandie avait cédé, comme nous l'avons vu , le château-fort de Saint-Cérénic , après en avoir expulsé Robert de Bellême. Celui-ci n'attendait qu'une occasion favorable pour rentrer dans la possession de ce fort. Il profita du moment d'une absence de Robert Giroie , pour y

' Orderic Vital, lib. 9.

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pénétrer et y mettre le feu. Le châtelain dépossédé construisit un autre fort à Montaigu; mais Robert de Bellême, après s'être assuré des secours du duc Robert, vint Vy assiéger. Robert Giroie , poussé à bout, sollicita la paix auprès du souverain, et n'eut pas de peine à l'obtenir. Sous la condition de démolir le nouveau fort, le duc de Normandie lui promit la restitution de ses biens. En conséquence, on commença aussitôt d'abattre Montaigu. Robert de Belléme mit en réquisition les gens du monastère de Saint-Evroult pour opérer plus vite cette démolition. C'était une nouvelle vexation imposée aux gens d'Église : aussi l'abbé du couvent s'en alla en Angleterre , comme l'évéque Serlon, pour exposer au roi ses griefs contre l'oppresseur des bords de l'Eure. '

Le duc de Normandie avait renouvelé avec tant de vivacité ses plaintes contre son frère le roi d'Angleterre , de ce qu'on avait violé à son égard les stipulations du traité de Rouen ^ que Guillaume-le-Roux vint au printemps de l'an iog4 en Normandie pour s'entendre avec son frère, qui le qualifiait de parjure et refusait de garder la paix

' Ordcric Vital, lib. 9.

GUILLAUME IN NORMANDIE. 20 t

avec lui. Il s'agissait de savoir si le traité de Rouen avait été enfreint. Robert le soutenait, le roi le niait énergiquement. Il fut convenu que les vingtquatre barons qui avaient servi de témoins exerceraient les fonctions d'arbitres pour prononcer sur ce différend. Ils s'assemblèrent en effet, et ils déclarèrent, après une délibération , que les torts étaient du côté du roi. Cependant Guillaume-le- Roux refusa toute concession , et les deux frères se séparèrent plus ennemis que jamiais. Le roi se retira dans Eu , provoqua la défection des vassaux de son frère , et enrôla des troupes ; il s'empara du château de Bures , et envoya une partie de la garnison de cette place en Angleterre. '

Robert Courteheuse appela au secours de son duché son suzerain le roi de France ; Philippe entra en effet avec des troupes en Normandie, et prit Argentan après un court siège. Le duc Robert de son côté assiégea le fort de Houlme, occupé par Guillaume Péver il, vassal du roi d'Angleterre. Ce baron fut obligé de se rendre avec plusieurs centaines d'hommes.

Voyant que la querelle devenait sérieuse, le roi

' Florent. Wigorn. Chrome. , ad ann. 1094.

PHILIPPE, llOl DE FRANCE.

d'Angleterre donna des ordres pour qu'on lui envoyât de son île vingt mille piétons; mais avant qu'il pût se servir de ces secours, il reçut la nouvelle de l'invasion des Gallois; ce qui le força de repasser promptem.ent le détroit , pour sauver les frontières occidentales de son royaume. '

Comme le duc Robert ne savait pas gouverner, le clergé crut devoir user de nouveau de son autorité pour effrayer les perturbateurs du repos public et pour imposer un frein aux médians. Le moment était favorable. La famine et les maladies épidémiques venaient de désoler la Normandie; ces calamités n'étaient-elles pas un signe de la colère de Dieu, au sujet de toutes les iniquités qui se commettaient dans le pays ? un concile général avait été tenu à Clermont à l'occasion d'un grand scandale donné en France. Ncus avons vu que Foulques le Réchin, com.te d'Anjou, s'était fait livrer en mariage la jeune et séduisante Bertrade de Montfort , après avoir déjà répudié deux femmes. Bertrade se lassa bientôt des noeuds qui l'unissaient forcément à cet homme infirme , et de peur d'être délaissée avec mépris comme

' Florent. Wigorn. Chrnnic. , i\<\ ann. 109'j.

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