DE LA VILLE DU MANS
belle Bertrade avait délaissé pour le roi de France, défendait avec beaucoup de valeur. N'étant pas préparé h attaquer une place que Guillaume-le- Conquérant avait munie de plusieurs tours très fortes , son fils Guillaume-le-Roux fut obligé de se retirer ; mais il reparut après la moisson ; il était temps, car Foulques pressait vivement le siège de Balon, qu'il voulait reprendre, et dans laquelle étaient enfermées et enchaînées plusieurs centaines de prisonniers manceaux et angevins. A l'arrivée des Normands il se retira dans la place du Mans; cependant les Manceaux, craignant tous les maux d'un siège et d'un assaut de la part des ennemi s , demandèrent à capituler, et il fut convenu que le Mans et les autres places du Maine se rendraient au roi d'Angleterre , qui , de son côté , rendrait la liberté à Hélie de la Flèche et aux autres prisonniers. '
En conséquence, Guillaume-le-Roux envoya Robert de Montfort avec 700 hommes complètement armés, occuper le donjon du Mans; les autres tours et le reste de la ville furent occupés par un millier de soldats. Le clergé vint conduire
' Orderic Vital, lib. 10.
ayO LE ROI PART DE NOUVEAU
le roi à la cathédrale, et l'étendard anglo-normand fut hissé sur la cime du fort. En vain Hélie de la Flèche, délivré de la prison, s'offrit à devenir le comte du roi ; sur l'avis du comte de Meulan , Guillaume-le-Roux refusa ses services , et Hélie se retira tristement dans les châteaux-forts qui lui restaient, afin de s'y mettre en sûreté. Les autres places du Maine reconnurent toutes le roi d'Angleterre pour leur suzerain; Guillaume, comte d'Évreux , Gislebert de l'Aigle, et d'autres barons normands furent chargés du gouvernement et de la justice du pays. '
La c "^uête paraissant être achevée, le roi retourna 1 1 Angleterre, mais il n'y fut pas longtemps. Un jour, étant à la chasse dans l'immense foret neuve plantée par Guillaume-le-Conquérant à la place de plus de 60 paroisses détruites, il reçut un m.essage de Robert de Belléme : celui-ci invoquait ses secours contre les Manceaux, qui, en juin , avaient reçu Hélie de la Flèche dans leurs murs, en forçant les Anglo-Normands de se renfermer dans le donjon. Robert de Belléme se
• Order. Vital, Hb. 10.
POUR OCCUPER LE MàNS. l'J l
maintenait dans le fort de Balon ,* mais il craignait d'y être bientôt assiégé. '
Dès que le roi eut reçu ce message, il s'écria : «Par le saint Voult (saint Suaire) de Lucques! je vais aller au secours des miens'. » Aussitôt il pique son cheval et se dirige sur Hampton , où il donne ordre à ses gens d'armes de se préparer à le suivre. Il descend au bord de la mer ; n'y trouvant qu'une simple barque, il ordonne au batelier de le conduire en Normandie. En vain celui-ci
' Order. Vital, lib. 10.
« Sire , dist-il, assiégé sont.
Li sièges fient d'issi qu'el pont .
De tûtes part de la cité Sont li Angevin ostelc.
Plus de mil trefs i a tenduz.
One tiel orgoil ne fut véuz.
Chescun jor font fourches drescer Es quieus pendront li chevalier E li scrgant e li Lurgeis- »
Chroniq. de G. Gaimar.
' Order. Vital, lib. 10. — « Pervultum, ait, de Luca! ctO) Guill. de Malmsbury Hist. —
« Li vo do Luchc en a juré Ko inult sera chier compéré; Cest serement avcit en us , Ne faiseit nul serement peus. »
Wace, Roman dePioUj toni. il , v. 14926-39. — Voyez aussi la note 4 sur ce passage.