‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 135 sur 255 · DE LA VILLE DU MANS · texte numérisé non relu

DE LA VILLE DU MANS

belle Bertrade avait délaissé pour le roi de France, défendait avec beaucoup de valeur. N'étant pas préparé h attaquer une place que Guillaume-le- Conquérant avait munie de plusieurs tours très fortes , son fils Guillaume-le-Roux fut obligé de se retirer ; mais il reparut après la moisson ; il était temps, car Foulques pressait vivement le siège de Balon, qu'il voulait reprendre, et dans laquelle étaient enfermées et enchaînées plusieurs centaines de prisonniers manceaux et angevins. A l'arrivée des Normands il se retira dans la place du Mans; cependant les Manceaux, craignant tous les maux d'un siège et d'un assaut de la part des ennemi s , demandèrent à capituler, et il fut convenu que le Mans et les autres places du Maine se rendraient au roi d'Angleterre , qui , de son côté , rendrait la liberté à Hélie de la Flèche et aux autres prisonniers. '

En conséquence, Guillaume-le-Roux envoya Robert de Montfort avec 700 hommes complètement armés, occuper le donjon du Mans; les autres tours et le reste de la ville furent occupés par un millier de soldats. Le clergé vint conduire

' Orderic Vital, lib. 10.

ayO LE ROI PART DE NOUVEAU

le roi à la cathédrale, et l'étendard anglo-normand fut hissé sur la cime du fort. En vain Hélie de la Flèche, délivré de la prison, s'offrit à devenir le comte du roi ; sur l'avis du comte de Meulan , Guillaume-le-Roux refusa ses services , et Hélie se retira tristement dans les châteaux-forts qui lui restaient, afin de s'y mettre en sûreté. Les autres places du Maine reconnurent toutes le roi d'Angleterre pour leur suzerain; Guillaume, comte d'Évreux , Gislebert de l'Aigle, et d'autres barons normands furent chargés du gouvernement et de la justice du pays. '

La c "^uête paraissant être achevée, le roi retourna 1 1 Angleterre, mais il n'y fut pas longtemps. Un jour, étant à la chasse dans l'immense foret neuve plantée par Guillaume-le-Conquérant à la place de plus de 60 paroisses détruites, il reçut un m.essage de Robert de Belléme : celui-ci invoquait ses secours contre les Manceaux, qui, en juin , avaient reçu Hélie de la Flèche dans leurs murs, en forçant les Anglo-Normands de se renfermer dans le donjon. Robert de Belléme se

• Order. Vital, Hb. 10.

POUR OCCUPER LE MàNS. l'J l

maintenait dans le fort de Balon ,* mais il craignait d'y être bientôt assiégé. '

Dès que le roi eut reçu ce message, il s'écria : «Par le saint Voult (saint Suaire) de Lucques! je vais aller au secours des miens'. » Aussitôt il pique son cheval et se dirige sur Hampton , où il donne ordre à ses gens d'armes de se préparer à le suivre. Il descend au bord de la mer ; n'y trouvant qu'une simple barque, il ordonne au batelier de le conduire en Normandie. En vain celui-ci

' Order. Vital, lib. 10.

« Sire , dist-il, assiégé sont.

Li sièges fient d'issi qu'el pont .

De tûtes part de la cité Sont li Angevin ostelc.

Plus de mil trefs i a tenduz.

One tiel orgoil ne fut véuz.

Chescun jor font fourches drescer Es quieus pendront li chevalier E li scrgant e li Lurgeis- »

Chroniq. de G. Gaimar.

' Order. Vital, lib. 10. — « Pervultum, ait, de Luca! ctO) Guill. de Malmsbury Hist. —

« Li vo do Luchc en a juré Ko inult sera chier compéré; Cest serement avcit en us , Ne faiseit nul serement peus. »

Wace, Roman dePioUj toni. il , v. 14926-39. — Voyez aussi la note 4 sur ce passage.

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