CHARTE DE HENRI
Henri assembla dans Londres les vassaux normands et anglais , et les harangua pour les exciter à la résistance contre les prétentions de son frère. Il représenta Robert comme un prince brutal et orgueilleux , ne respirant que la guerre, méprisant du reste ceux sur lesquels il voulait régner, tandis que lui , Henri, ne demandait que la paix, ne désirait que la conservation des libertés et coutumes du pays , étant prêt à confirmer par une charte les lois du roi Edouard , et à écouter tous les conseils relatifs au bien du royaume.
Il promulgua en effet une charte qui am^ait été une précieuse acquisition pour les habitans de l'Angleterre, si l'on avait déjà possédé quelque autre garantie contre le retour de l'arbitraire royal. Par cet acte , le roi abolissait les abus du pouvoir introduits par ses prédécesseurs; il promettait de ne rien prendre du domaine de l'Église, de ne pas vendre les biens des vassaux morts, de respecter les droits de leurs veuves , de ne pas accepter de l'argent pour faire grâce aux coupables; il assurait aux chevaliers qui défendaient leurs terres par le casque et l'épée la possession de leurs biens , sans exiger d'autres redevances que le service militaire. 11 pardonnait aux meurtriers dont
IL SE RIÎCONCILIE AVEC SON FRÈRE. agS
le crime était antérieur à son couronnement; enfin il rétablissait expressément les lois et coutumes du roi Edouard, corrigées par son père Guillaume. '
Ses promesses ne restèrent pas sans effet. On s'arma pour la défense de son trône. Il marcha ensuite contre les Normands. Quand les deux partis furent en présence, les parens et amis se reconnurent mutuellement ; il y eut de part et d'autre une grande répugnance à en venir aux mains. Les conseillers prudens de Henri en profitèrent pour l'engager à recourir aux négociations. Henri, connaissant le caractère vacillant de son frère , et sa pénurie constante, alla le trouver , et sut si bien s'emparer de sa volonté dans cet entretien que Robert promit de se retirer sans coup férir, et qu'il renonça à toutes ses prétentions sur le trône anglais , moyennant une pension annuelle de 5,000 marcs d'argent. Henri, de son côté, abandonna entièrement ses droits sur le Cotentin , et ne se réserva que la place de Domfront, qu'il avait
' On trouve une traduction de cette charte et du discours de Henri dans le G« essai, chap. 2, de Guizot, Essai sur l'Histoire de fiance.
2^)4 PA.CTE ENTRE tES i)EUX FRÈRES.
promis de ne jamais aliéner. Les deux frères s'engagèrent à rendre aux partisans de l'un et de l'autre , en Normandie et en Angleterre, les terres et les honneurs dont on les avait privés ; à reprendre les domaines de leur père, dont une grande partie avait été aliénée; à vitre désormais en paix et bonne intelligence, et à punir mutuellement ceux qui trameraient des complots contre l'un d'eux. '
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' Orderic Vital , lib, 10,