‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 148 sur 255 · FLAMBARD, ÉVÊQUE · texte numérisé non relu

FLAMBARD, ÉVÊQUE

maine qu'un prélat eût deux évêchés, ou passât d'un évéché à l'autre. Le siège de Lisieux était vacant par la mort du médecin Maminot. Flambard se le fit donner par le duc Robert, qui s'embarrassait peu des règles canoniques. '

Au lieu d'occuper le siège en personne, il y plaça son frère , aussi illétré que lui ; et comme celui-ci mourut au bout de sept mois, il fît conférer l'évéché à ses deux enfans, dont l'aîné n'avait pas douze ans. L'un devait avoir la survivance de l'autre'* : jamais on n'avait vu un scandale semblable. Le clergé fut indigné; l'archevêque de Rouen et quelques évéques sufFragans réclamèrent vivement contre les intrigues de Flambard ; d'autres prélats gardèrent le silence. Yves , évéque de Chartres , qui jouissait d'une grande autorité dans toute la France, ne cessa de stimuler le zèle du clergé normand pour s'opposer au trafic scandaleux qu'on faisait à la cour du prince d'un évéché de

' Orderic Vital, lib. 10. — Florent. Wigorn. , Chronic, ad ann. 1101.

' « Duos filios suos , vix duodcnnes , accepte pastorali baculo a comité Normannorura , prœdictae ecclesiœ iutrudi fecit , eâ condilioue ut si primogenitus moriretur, judaico jnore in episcopatum alter alteri subrogaietur. » \vonis Carnet. Epislola, rx° 163 ad Paschal. pap.

agO DESCENTE DU DUC ROBERT

Normandie ; 11 écrivit au pape même, afin de faire réprimer cet abus révoltant ' ; cependant , malgré tous les mouvemens du clergé, ce ne fut pas sous le règne de Robert Courteheuse que le scandale cessa.

Flambard ne se borna pas à mettre ses enfans dans un évêché. Animé de veneeance contre le roi Henri, qui l'avait puni de ses malversations, il stimula l'indolence de son nouveau maître, pour qu'il reprît la couronne d'Angleterre, que Henri lui avait enlevée ; les secours des barons normands ne pouvaient lui manquer pour cette entreprise ; plusieurs d'entre eux n'avaient-ils pas de justes griefs contre l'usurpateur?

Robert, qui avait dédaigné le comté du Maine, aspira enfin à la couronne d'Angleterre, croyant l'entreprise très facile à exécuter. Le puissant Robert de Bellême, à qui il venait d'abandonner ou de confirmer les revenus de l'évéché de Séez , la place d'Argentan et la foret de Gouffern, promit de le seconder ; il en fut de même de Guillaume de Varenne, d'Yves de Granteménil, de Gaultier

" Voy. ces lettres dans Bessin, Concilia Rotomag. prof'inc.,j)a.Ysi', p. 520 et suiv. ;

EN ANGLETERRE.- IIOl. 29I

Giffard et d'autres barons , dont plusieurs, possé-^ dant de grands fiefs en Angleterre, pouvaient lui préparer les voies. Dans l'automne de l'an i loi , il se laissa conduire, avec une flotte peu considérable , au-delà du détroit de la Manche , et vint s'établir dans le pays de Winchester, au milieu de ses partisans ; apprenant que la jeune reine était en mal d'enfant au château de Winchester, il dit qu'il fallait respecter son séjour, et se dirigea vers Londres.

Son débarquement engagea plusieurs barons à se déclarer pour lui , ou à mettre des conditions à leur fidélité envers le nouveau roi ; d'autres restèrent fidèles à Henri , qui avait d'ailleurs pour lui le haut clergé, les troupes mercenaires et le peuple anglais'.De bonnes gens, indécis entre le roi défait et le roi qui avait un droit à la succession, prièrent le ciel de se prononcer pour l'un d'eux par quelque signe certain , tels que la foudre ou la flamme. *

' « Episcopi , milites gregarii et Angli «inimo constanti cum illo perstitere, etc. » Flor. Wigorn., 1. c.

' « Dicitur quod cum rogaretur ut per ignis missionem in vigiiià Paschae ostenderet Deus quem sibi regem praefîcerent , et venisset super lanciam Roberti Curlhose, respuitille. » Chxonica de Mailros, ad ann. 1099,

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