LE DUC ROBERT PRIVE DE SA. PENSION
demanda pas mieux que de retourner en Angleterre, où il s'était diverti l'année précédente pendant quelques mois, et il traversa la mer avec une faible escorte. Son arrivée inattendue, qui rappelait la guerre civile récemment éteinte , excita le courroux de Henri. Par son ordre Robert fut séparé des siens , et ce fut alors que le duc indolent sentit l'imprudence qu'il avait commise; il craignit avec raison d'être à la discrétion du roi.
Le comte de Meulan vint le trouver, lui représenta la position critique dans laquelle il se trouvait, et lui fît sentir qu'il n'en pouvait sortir que moyennant un sacrifice. 11 lui conseilla de renoncer, en faveur de la reine, à la pension de 3,000 marcs que le roi s'était engagé à lui payer. Robert y consentit avec empressement; et après cette renonciation , il fut bien accueilli par le roi son frère. '
Il retourna honteusement dans son duché , regrettant beaucoup un revenu qui aurait soulagé sa pénurie. Cependant comme Robert de Belléme ne déposait pas les armes, il fallut se décider k guerroyer contre lui. Les religieuses d'Almenè-
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GUERRi: POUR LA SUCCESSION
che s'enfuirent en toute hâte de leur couvent, que les troupes du duc venaient d'occuper, et dans lequel Robert de Bellême jeta des brandons; il s'empara des guerriers qui voulurent se sauver, et les enchaîna dans ses prisons. Le duc de Normandie vint dans l'Exmois , avec les comtes d'Évreux et de Mortagne , pour attaquer enfin cet ennemi redoutable; mais Belléme battit les troupes de son suzerain, et s'empara d'Exmes , de Château-Gontier et d'autres places, et y brava le duc honni. ' Une autre guerre eut lieu entre les barons au sujet de la succession de Guillaume de Breteuil , qui venait de mourir; les Normands qui s'étaient signalés dans laconquêtede l'Angleterre disparaissaient l'un après l'autre de la scène du monde ; Hugues, comte de Chester, était mort depuis peu dans un monastère fondé par lui dans le lieu de sa résidence; son fils unique Richard lui succéda. Gautier Giffard, comte de Buckingham, laissa également en mourant un fils de son nom. Sa veuve Agnès eut encore assez de charmes pour captiver le cœur pourtant peu sensible de Robert Courteheuse : aussi, lorsque le duc perdit Sibylle son
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DE GUILLAUME DE BRETEUIL. 3o l
épouse, qui venait de lui donner un fils, le bruit courut qu'on lui avait donné du poison pour dissoudre un lien devenu importun. On savait que sous le règne de ce prince tous les crimes pouvaient se commettre impunément, même k sa cour. 11 parut lui-même donner de la consistance à ce soupçon, en voulant épouser cette Agnès dont les charmes le séduisaient. On mit sur la tombe de SibjUe , dans la cathédrale de Rouen , une épitaphe portant que la main généreuse de cette princesse , son esprit prudent et sa vie pudique auraient été utiles à la Normandie, si elle avait vécu plus long-temps '
La succession de Guillaume de Breteuil en Normandie fut contestée par ses deux neveux, établis, l'un en Bretagne , et l'autre en Bourgogne, et par un fils bâtard nommé Eustache, dont le parti était le plus fort, parce que ce fils avait été élevé en Normandie. Le comte d'Evreux , Raoul de Conciles, Amauri de Montfort et d'autres seigneurs prirent part à la querelle entre les deux neveux et le bâtard du baron , et ravagèrent à leur tour les villes et les villages. '
' Ordeiic Vital , lib. 10.
' lUtl., lib. 11.