‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 155 sur 255 · EXPÉDITION DU ROI HENRI · texte numérisé non relu

EXPÉDITION DU ROI HENRI

La Normandie était dans la plus grande confusion, et des scènes atroces signalèrent la fureur des partis. Après la prise d'une place, Rainaud de Dracj, l'un des neveux de Guillaume de Breteuil, immola lui-même tous les hommes qui en sortirent ; quelque temps après il fut pris par son frère Quader, et enfermé dans un donjon. Ce fut enfin le bâtard Eustache qui garda le comté de Breteuil. Robert Courteheuse laissa incendier et piller la belle Normandie, et fit pour sa part, comme un simple vassal, un traité de paix avec Robert de Bellème, à qui il abandonna de nouveau l'évéché de Séez. Cet arrangement indigna les Normands; on s'adressa de nouveau au roi d'Angleterre, pour qu'il sauvât le pays de sa ruine. Déjà Henri avait envoyé sur le continent le comte de Mculan, afin de donner des avis utiles au duc Robert. Quand il apprit que Robert de Bellême, chassé par lui de l'Angleterre, et excommunié de nouveau par l'évêque de Séez, arrachait des concessions au faible duc de Normandie, et que celui-rci continuait d'aliéner les domiaines que Guillaume-le^Conquérant avait transmis à ses enfans, il fit équiper une flotte et passa en Normandie , l'an 1104 '• Dès qu'il fut

' Orderic Vital, lib. 11.

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arrivé, il se vit entouré par tous les vassaux qui possédaient des fiefs en Angleterre , tels que les comtes de Meulan , d' Aumale , de Chester, d'Eu , de Mortagne , de Breteuil ; il fit appeler son frère à une entrevue ; et quand cet homme indigne eut comparu, Henri lui fit honte de la bassesse de sa conduite, qui consistait à vivre dans la société d'histrions et de débauchés sans prendre aucun souci du sort de la malheureuse Normandie , privée d'une autorité capable de réprimer les désordres.

Robert Courteheuse reçut en coupable ces réprimandes si bien méritées. Il voulut apaiser le courroux de son frère en lui offrant le comté d'Evreux , avec le comte et tous ses vassaux. Cette offre, qui ne fut pas déclinée par Henri , indigna le comte d'Évreux. Il demanda s'il avait mérité par son attachement aux intérêts du duc d'être cédé comme un serf ou une pièce de bétail. *

Cependant les deux princes firent la paix. Robert Courteheuse promit sans doute de mieux gouverner , et Henri , qui, dans le fait, n'avait aucun ordre à donner en Normandie, retourna pour

'Orderic Vital, lib. 11.

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quelque temps en Angleterre ' . Ce fut vers ce temps que Robert écrivit au pape pour se plaindre de l'ambition de son frère. Pascal avait un autre grief contre Henri : le roi d'Angleterre n'envoyait pas d'argent à Rome , où l'on était dans le besoin ; un instant le pape voulut recourir aux foudres de l'Eglise, mais il se retint '*. Il prenait intérêt au duc Robert à cause de la croisade entreprise par ce prince ^. Cependant il se borna à en écrire a Anselme, archevêque de Cantorbérj.

A peine le roi fut-il parti du continent, que ses partisans furent en butte aux attaques et aux outrages de ses ennemis, surtout de ce Robert de Bellême, qui semblait destiné à désoler son pays tant qu'il vivrait. Beaucoup de gens de la campagne se sauvèrent avec leurs meilleurs effets dans les églises et les cimetières , qui , étant entourés de murs , offraient une retraite plus sûre que les

' « Ut copiosiori pecunia fretus rediens anno sequenli qiiod residuum erat exheredato fratre suo, sibisubjiceret » Florent. Wigom. Chronic. , ad ann. 1105.

' Guill. de Malmsbury.

' a Nosti quia eidem comiti debemus auxilium pro laboribus quos in Asianœ ecclesiœ liberatione laboravit. » Epist. Paschalis papa, n" 40 ad Anselmum, dans le tom. x de la collect. des Conciles.

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