‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 169 sur 255 · DONATIONS DES TANCARVILLE · texte numérisé non relu

DONATIONS DES TANCARVILLE

Seine; les bords de cette rivière étaient hérissés de châteaux-forts dont les seigneurs prélevaient tous le denier de péage sur les bateaux qui vermontaient ou descendaient.

Le chambellan du roi Henri , Guillaume de Tancarville , dont le père avait été chambellan de Guillaume-le-Conquérant et avait fondé une église collégiale à Saint-Georges de Bocherville, auprès de la Seine, à deux lieues au-dessous de Rouen, résolut de renvoyer les chanoines et de fonder un couvent à la place du chapitre. 11 tira de Saint-Évroult les premiers moines pour la nouvelle al)baje , et le roi confirma par une charte les dons que son chambellan et d'autres personnes firent à cet établissement. L'église de Bocherville, qui existe encore, paraît être celle qui fut construite au xi* siècle, d'après le vœu du premier fondateur'. L'architecture en est d'une noble simplicité, mais les sculptures annoncent l'enfance de l'art; peut-être le constructeur de l'église avait-il appris son art dans les pays étrangers , tandis que les sculpteurs étaient des Nor-

■ A. Deville, Essai historique et descriptif sur Vcglise et l'abbaye de Saint- Georges de Bocherville. Roueu , 1827, ia-4", avec fig.

F.N FAVEUR DE BOCIÏERVILLE. 347

raands qui n'avaient vu aucun beau modèle : dans tous les cas, ils étaient de vrais barbares en comparaison de l'architecte. Un descendant des premiers fondateurs, appelé aussi Guillaume de Tancarville, vint dans la suite, quelques jours après avoir reçu ses arm.es de chevalier, avec ses compagnons à l'abbaye fondée par ses aïeux, pour déposer son épée sur l'autel , afin de la racheter par de nouvelles donations, auxquelles ses compagnons joignirent aussi leurs libéralités. '

Il se passa encore plusieurs années sans événemens mémorables. Cependant il restait en Normandie un parti de mécontens qui avait pour son chef le Talvas , le seul baron qui ne pût s'accommoder du repos de la contrée. Ce parti entretenait par l'organe de son chef des intelligences secrètes avec le tuteur du jeune Guillaume Clitpn', fils du duc Robert. Il sollicitait la cour de France, le comte d'Anjou, les ducs de Poitiers, de Bourgogne et de Bretagne, de prendre la défense du jeune prince exilé, pour le réintégrer dans les

' Deville, Essai historique, etc.

' Cliton est le surnom que les historiens du moyen âge donnent en général aux prdtendans. J'ignore de quelle langue est tirée ce mot.

348 ROBERT DE BELLÊMK COND/VMNÉ

états de son malheureux père. Ces intrigues ne laissèrent pas que d'inquiéter le roi Henri; il résolut d'abattre le plus remuant et le plus dangereux des chefs du parti .

11 voulut en finir avec ce Robert de Bellême qui depuis si long-temps bravait l'autorité du souverain , et était la terreur du pays. De même qu'en Angleterre, le roi procéda envers ce seigneur par la voie légale , en le faisant citer devant la justice à Bonneville sur Touques, pour qu'il se disculpât des griefs énoncés contre lui. Ils portaient que le Talvas avait manqué à ses devoirs de vicomte en gardant les revenus du roi , à Argentan, Exmes et Falaise, et qu'il avait méprisé l'autorité royale en ne répondant pas aux somm.ations qui lui avaient été faites antérieurement. '

Robert de Bellême vit qu'il ne pouvait se dispenser cette fois de comparaître ; mais en même temps il sentit que la position était mauvaise et bien différente de ce qu'elle avait été lorsqu'il fut accusé en Angleterre. Pour rendre sa personne inviolable , il comparut devant la justice du roi comme ambassadem* du roi de France " , espérant

' Orderic Vital , lib. 12.

» Ibid.

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