DU ROI EN ANGLETERRE. I
de se fortifier dans le nord , et l'année 1 068 commença sous de fâcheux auspices. Exeter reçut les insurgés, et excita les autres villes à la défense commune. Guillaume, avec sa promptitude ordinaire, marcha contre cette ville, et les bourgeois, qui ne s'étaient pas attendus à être si rapidement investis , après une défense désespérée, envoyèrent dans le camp leurs anciens , leur plus belle jeunesse , et leur clergé en habits sacerdotaux , pour demander leur grâce. Guillaume la leur accorda; il tint même écartées de la place ses troupes mercenaires ', animées d'une ardeur effrénée de pillage, et qui ont dû ajouter beaucoup aux malheurs de la conquête. Cependant, pour empêcher les habitans de se révolter de nouveau, il fit aussitôt commencer la construction d'un château fort, comme il avait fait à Londres et ailleurs. C'était un de ses expédiens les plus sûrs dans la conquête de l'Angleterre. A miesure qu'il prenait les villes ou les comtés, il y faisait construire des forts comme il en existe sur le continent. Les Anglo-Saxons ne sachant pas se fortifier ainsi % étaient tout étonnés
' « Ne gregarii milites repente introirent. » Orderic Vital , lib. 4. ' Ibid.
3o l»RisE d'exeter.
de trouver partout des remparts contre lesquels leur faible tactique ne pouvait prévaloir. C'est ainsi que Warwick , Lincoln , Nottingham , York et beaucoup d'autres villes devinrent des places fortes , commandées chacune par un Normand , qui ordinairement devenait comte ou baron de la ville ou m.ême de la contrée entière. Nottingham fut confié à Guillaume Peverel , qui bâtit un château sur une montagne escarpée du Derbjshire% dans laquelle s'enfonce la fameuse grotte de Castleton. Walter Scott, dans son roman de Peveril du Pic, nom que reçut le château, assure que Guillaume était ou croyait être le père de Peveril % qui fut la souche d'une riche famille baroniale. Cette alliance est apparemment une tradition conservée en Angleterre , car l'histoire n'en parle pas.
Exeter, que Guillaume venait de prendre, fut confiée à Baudoin de Meules, fils du comte Gilbert Crespin, qui reçut également une dotation
' Orderic Vital , lib. 4.
' « William... was or supposed himself to be thc father », etc. Peveril fif the Peok, tom. i, chap. 1.
ARRIVEE DK MATHILDE.
considérable dans le pays, avec le titre de vicomte duDevonshire. '
Guillaume voyant que la soumission de l'Angleterre occuperait ses armes encore pendant quelque temps, fit venir de la Normandie, au printemps, sa femme Matliilde. Elle s'embarqua avec un grand nombre d'hommes , des femmes nobles, et des prêtres de sa cour, parmi lesquels on remarquait Gui, évéque d'Amiens, qui, depuis peu, avait composé un poëme sur la conquête de l'Angleterre '. Les historiens normands, tels que Guillaume de Jumièges , Guillaume de Poitiers et Orderic Vital , font mention de ce poëme. On le croyait perdu ; il y a peu d'années , il a été retrouvé dans la bibliothèque publique de Bruxelles, après environ huit siècles d'obscurité. Grâce à l'imprimerie , le poëme de l'évêque de la cour de Mathllde ne se dérobera pas une seconde fois aux recherches des sa vans. ^
Mathilde devint grosse en Angleterre et y donna le jour à un fils nommé Henri , le premier
' Orderic Vital. , lib. 4.
* « In clero....celebrisGuido, Ambianoriim prœsul, ctninebat qui jam certamen Haraldi et Guillclmi versifiée descripserat. » IbiJ.
* On en préparé des éditions à Londres , et à Rouen.