EDWIN
de ses enfans qui naquît dans le royaume récemment acquis. Il paraît que la première pensée de Guillaume fut de le destiner au trône d'Angleterre; cependant il n'y persista point. Le roi avait promis sa fille à Edwin, lorsque celui-ci, avec son frère, eut fait sa soumission : c'eût été, en effet , un moyen d'attacher un puissant chef anglosaxon à sa dynastie , quoique les mariages ne fussent pas plus qu'à présent un lien indissoluble entre les princes. Edvv^in, sincèremient aimé de la princesse , désirait vivement ce mariage; la politique le conseillait: il y eut pourtant des Normands qui persuadèrent au roi qu'il convenait de rompre sa promesse '. Cet avis imprudent , on peut même dire perfide , coûta h l'Angleterre des flots de sang, et causa de nouveaux malheurs.
La fierté du chef anglo-saxon se révolta , en se voyant joué ainsi par le roi intrus. C'était un beau jeune homme , qui exerçait un grand ascendant sur sa nation; les prêtres faisaient des prières pour lui , et il comptait tous les indigens parmi ses partisans. Ceux à qui les Normands avaient
' « Postmodum, fraudulento consultu Normannorum, diu expectatam denegavit nobilissimo juveni. » Order. Vital, lib. 4.
SOULÈVEMENT d'yORK. 33
enlevé leurs biens n'espéraient qu'en lui. Exaspéré et animé par la vengeance, il emmena son frère Morcar au-delà de l'Humbre , au milieu de la masse des insurgés anglo-saxons; Blidan, roi de Galles , vint avec un corps de Bretons au secornas des deux frères ; la fermentation devint ef-^ frayante dans le pays ; on s'attroupa dans les bois et les marais; beaucoup de mécontens n'eurent plus d'autres demeures que les forêts , préférant toutes les privations à l'aspect de la servitude des villes subjuguées par les étrangers. '
La ville d'York se déclara pour la cause nationale , malgré les efforts que fit l'archevêque pour la retenir dans la soumission à Guillaume; cependant lorsque les troupes normandes approchèrent elle donna des otages comme avait fait Exeter. Le parti d'Edwin et de Morcar avait probablement fondé son principal espoir sur cette ville ; car , dès qu'elle se fut soumise , ils traitèrent aussi . Archill, un des principaux Northumbriens, suivit leur exemple , et donna son fils en otage au roi . Malcolm, roi d'Ecosse, qui avait accueilli le jeune prince Edgar, et épousé une de ses sœurs , devait
' « Plures in tabernaculis deraorant , ne mollescerent. » Orderic Vital, lib. 4.
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seconder le soulèvement du nord de l'Angleterre contre les Normands : il demeura tranquille lorsqu'il vit cette soumission générale.
Cependant la guerre continuait en détail : les Normands l'alimentaient parleurs vexations; de tous côtés se commettaient des meurtres , des spoliations, des vengeances atroces; la misère régnait partout où les Normands avaient dépossédé les Anglo-Saxons; à la suite des conquérans, les épidémies et la famine venaient atteindre ceux que leur glaive avait épargnés; dans les villes prises de vive force, beaucoup de maisons étaient détruites; on en prenait les débris pour construire des forts; on chassait des monastères les moines qui s'étaient prononcés contre les Normands; on se distribuait les maisons restées debout et les manoirs désertés ; les veuves même des Anglo-Saxons qui avaient succombé devenaient la propriété des conquérans. '
En portant ses conquêtes en avant, Guillaume avait chargé Robert de Comines d'occuper Durham, qui n'avait pas encore vu de Normands; Robert emmena avec lui cinq cents hommes ,
» Order. Vital , lib, 4.
A bURHAM. 3S
quelques historiens disent même douze cents. Il fut bien accueilli par les bourgeois , et alla loger à l'évêché; mais, pendant la nuit, les Anglo- Saxons concertèrent sa mort et celle de tous les Normands qui l'accompagnaient. Ils les massacrèrent en effet dans les maisons ; une partie de cette nouvelle garnison se réfugia dans l'évêché; les bourgeois y mirent le feu , et tous ceux qui étaient dans cet édifice périrent au milieu des flammes \ Cette trahison fut célébrée comme un triomphe par les Anglo-Saxons. Edgar reparut au milieu d'eux, et les conduisit au siège d'York, où ils voulaient détruire la forteresse bâtie par les Normands. Guillaume arriva assez tôt pour les forcer à lever le siège; il les dispersa, et ne fit grâce à aucun de ceux que l'épée des Normands rencontra. Cependant les indigènes ne perdirent pas courage. Il leur arriva des navires d'Irlande ; une flotte danoise vint aussi afin de seconder leurs efforts pour la délivrance de l'Angleterre. York fut attaqué de nouveau, et pris d'assaut , quoique Guillaume y eût fait élever ré* cemment un second fort ; les Normands y furent
' Orderic Vital , lib. 4.