NAUFRAGE DU VAISSEAU
sa chronique, qualifie de méchant, et beaucoup d'autres ; en tout environ trois cents personnes ' . L'évéque deCoutances, avant de se séparer d'un fds , chapelain du roi , qu'il avait conduit à ce navire, d'un frère et de trois neveux, leur avait donné sa bénédiction, qui, malheureusement, n'eut pas d'effet.
Avant de m.ettre à la voile, les matelots demandèrent qu'on leur distribuât du vin ; on ne satisfit que trop à cette demande : ils s'enivrèrent, tandis que le vaisseau du roi voguait déjà en pleine mer. Thomas promit de le devancer bientôt. Il partit enfin , mais on ne fut pas loin de la côte, lorsque le navire toucha sur les rochers qui ne sont couverts d'eau qu'à la haute mer. En un instant la cale fut ouverte et remplie d'eau : personne ne sut remédier au mal. L'eau monta rapidement; des cris déchirans succédèrent aux rires; tout secours devint inutile : d'ailleurs Thomas et ses matelots étaient incapables de prêter leur assistance, et ils furent submergés avec tous les passagers ^ Dans
• Orderic Vital, liv. 12.
• Ibid.—
M .... la nef versa E la gent tote pe'rilla. »
Wace, Roman de Rou, t. n , v. i53o6 et suiv.
DIT LA. r.LANCHE-NEF.
le vaisseau du roi on avait vaguement entendu les cris qui partaient de la Blanche Nef ^ mais comme on les confondait avec les éclats de joie qui les avaient précédés , on y avait fait peu attention. Un jeune noble , fils 4e Gislebert de l'Aigle, et un bouclier de Rouen , nommé Bérold , dans leur angoisse , s'étaient attachés à la grande vergue ; ils y restèrent suspendus plusieurs heures. Ils virent Thomas, qui étant parvenu à surnager, élevait sa tête pour demander où était Guillaume, fils du roi. Quand il apprit que ce jeune prince avait péri avec ses compagnons, cet homme, sentant tout le poids de sa responsabilité, s'écria : « Dans ce cas , je ne puis plus vivre ! » et disparut dans les flots. ' La nuit étant venue, la lune éclaira le vaste miroir de la mer, où régnait un silence lugubre. Le jeune seigneur de l'Aigle, transi de froid et perdant ses forces , fut obligé de se laisser choir dans la mer; le boucher , enveloppé d'une peau de mouton , resta cramponné à la vergue jusqu'au jour. 11 fut sauvé alors par des pécheurs , et c'est de lui seul qu'on a appris les détails de ce désastre. *
■ Order. Vital, lib. 12.
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