‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 194 sur 255 · TROUBLES A ROUEN · texte numérisé non relu

TROUBLES A ROUEN

par la violence de ses discours. L'archevêque Goisfrede ne sachant contenir sa colère, ordonna à ses gens de saisir ce prêtre rebelle et de le jeter dans un cachot. A cet ordre, l'assemblée se souleva. Perdant alors toute modération , le prélat, irrité, fit entrer ses gens armés de bâtons pour disperser les prêtres ; ceux-ci , frappés et poussés de tous côtés , s'enfuirent en criant à travers les rues. Le peuple s'ameuta, et prit fait et cause pour des membres du clergé revêtus de leurs ornemens sacerdotaux, et chassés ignominieusement de l'église par les satellites de l'archevêque. A son tour, il pénétra dans l'église, et se jeta en fureur sur tous ceux qu'il y trouva. Deux vieux prêtres qui y exerçaient leurs fonctions de confesseurs eurent bien de la peine à obtenir grâce devant cette tourbe furibonde. Les prêtres , dispersés, remplirent de leurs plaintes les campagnes et les petites villes, et montrèrent aux paroissiens et à leurs concubines les blessures qu'ils avaient reçues au synode. '

L'archevêque ne trouva d'autre m.oyen de ré-

' «( Dires rumores parochianis et pellicibas suis retulerunt, atque ad comprobandam Gdem vulncra et liventes lœsuras in corporibus mis ostenderunt. » Orderic Vital , lib. 12.

HENRI s'empare DU TRESOR DE SERLON. SqQ

parer ce grand scajidale que de bénir de nouveau l'église qui avait été ensanglantée dans le tumulte, et le roi était trop occupé ailleurs pour rechercher et punir les coupables. '

Quand ce prince apprit la mort de l'évéque de Séez, dont il vient d'être parlé, il envoya surle-champ des délégués pour s'emparer du trésor de l'évéque, apparemment dans la crainte que les Talvas ou leurs partisans ne le saisissent. On prit tout, sans respect pour les dernières volontés du prélat, qui avait fait divers legs à l'église et aux pauvres. °

Il faut nous reporter maintenant au siège de Pont-Audemer, pressé vivement par l'armée anglonormande. Pour hâter la reddition de la place , le roi fit construire une tour mobile en bois, appelée beffroi , du haut de laquelle on pût lancer sur les assiégés des flèches et des pierres ; il fallait qu'elle fût d'une hauteur prodigieuse, s'il est vrai , comme l'assure Orderic Vital , qu'elle dominait de vingt-quatre pieds les murs du fort. ^

' « Ille aliis intentus negociis, rectitudinera laesis facere distulit. » Orderic Vital , lib. 12.

' Ibiil.

' Ecoles, histnr. ,\'\h.\'i.

4oO BOURGEOIS DE PONT-AUDEMER.

Depuis lors les assiégeans purent inquiéter davantage la garnison : aussi ne fit-elle plus une grande résistance, et ayant enfin obtenu la liberté de la retraite, elle abandonna la place aux troupes du roi.

Dans toutes ces guerres les bourgeois étaient toujours ceux qui souffraient le plus. Les habitans de Pont-Audemer ne trouvèrent que des ruines à la place des maisons qu'ils avaient quittées ; et , pour comble de malheur, les troupes bretonnes du roi avaient découvert et pillé les souterrains du château où les habitans avaient caché leurs effets précieux * . Ils commencèrent tristement à relever leurs habitations. Pour n'être plus traités en ennemis par le roi , ces bourgeois , qui ne demandaient qu'à vivre tranquilles et à pratiquer leur industrie, traitèrent avec le souverain , et se reconnurent ses sujets. Il paraît que, dans la suite, les partisans de Hugues de Montfort leur firent un crime de s'être soumis au roi , et dévastèrent les habitations relevées depuis peu * : tout

' « Milites quos rex de minori Britannia conduxerat ,.•• terram suffodientes, inveneruntincisiismultaqua; cives recondiderant, etc.» Simeon Dunelm. De Gestis reg. nngl. , ad ann. 1 125.

» Ibid.

ET d'eu, formés en COMMUNE. 4^'

le territoire d'alentour avait été dévasté auparavant par les vainqueurs.

Partout les bourgeois normands formaient , à cette époque , des associations ou communes , et , en séparant leurs intérêts de ceux des nobles , cherchaient à garantir leurs droits et à obtenir la reconnaissance de certaines franchises de la part des com.tes ou autres seigneurs qui gouvernaient le territoire. C'est ainsi que les habitans de la ville d'Eu stipulèrent , par une charte signée du comte Henri, qu'ils ne pourraient être tenus à plaider ailleurs que devant la justice de leur ville'. Ce comte , dont le père avait été cruellement puni de sa félonie envers Guillaume-le-Roux , * qui par sa femme était petit-fils de Guillaume-le- Conquérant , laissa de grands souvenirs dans le pays ; il dirigea l'embouchure de la Bresle sur le Tréport, qui dès lors devint un port assez considérable , et il fonda l'abbaye de Foucarmont , où il finit ses jours sous l'habit monastique.

Henri I" eut à peine soumis Pont-Audemer qu'il

' « Pater meus dédit eis quandam libertatcra , scilicct ne extra villam Augi placitarent. » Charte du comte Jean , dont il sera question plus tard.

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