‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 195 sur 255 · PRISE DE GISORS · texte numérisé non relu

PRISE DE GISORS

se porta sur Vatteville-en-Caux , auprès de la Seine, où les seigneurs occupaient un château- Ibrt ; il y mit le siège , et construisit même un petit fort, pour mieux réduire le donjon occupé par les ennemis. Cependant, appelé sur l'Epte par un autre complot, il fut obligé de laisser des troupes en observation, et de se porter sur le lieu où sa présence était nécessaire. '

A Gisors, les ligueurs avaient cherché à faire tomber dans un piège le châtelain royal du donjon , Robert de Chandos; et, ne pouvant y parvenir, ils avaient pillé la ville. Pour chasser les ennemis de la place , le châtelain n'avait trouvé d'autre moyen que d'y mettre le feu : ce fut donc encore une bourgeoisie sacrifiée aux querelles des grands. Le roi arriva quand la ville fut en cendres ; sa présence fit disparaître les ligueurs , à la tête desquels avaient été l'implacable Amaury de Montfort et un chevalier de Gisors nommé Païen. Le monarque ôta au premier le comté d'Évreux , et déclara toutes ses terres confisquées ; il ne fit pas plus de grâce à Païen de Gisors , dont

Orderic Vital , lib. 12.

COMBA.T DES LIGUEURS ET DES CHATELAINS. 4^3

il donna les biens au fils, nommé Hugues, qui combattait dans son armée. '

Pour mieux contenir les malveillans dans le pays d'Évreux , il confia la garde de la tour de la ville à l'un de ses courtisans les plus fidèles , Ranulfe de Bajeux , à qui il avait donné récemment le comté de Chester, en Angleterre ; d'autres chevaliers fidèles furent chargés de la garde de Pont- Autou sm" la Risle , de Berna j et d'autres places de cette contrée, signalée pour ses troubles.

Ne pouvant plus la ravager, et ayant perdu ses principaux appuis sur la Risle , la ligue se jeta dans Vatteville, que le comte Galeran défendait depuis quelques mois avec ses trois beauxfrères Hugues de Neufchâtel , Hugues de Montfort et Guillaume Louvel; ils dévastèrent le pays d'alentour, et exercèrent même des cruautés sur de pauvres paysans dans la forêt de Brotonne. C'est en revenant de cette forêt , au mois de mars de l'an II ^4, qu'ils rencontrèrent une troupe de trois cents cavaliers conduite par les nouveaux châtelains du roi , qui venait pour réprimer leur arrogance. De part et d'autre on fut content

' Orderic Vital , lib. 12.

4o4 COMBAT DE BOURGTHEROULDE. II24.

d'avoir une occasion de se mesurer avec l'ennemi. Les châtelains ne voyaient que des rebelles dans leurs adversaires, et les ligueurs voulaient prouver Jeur valeur aux hommes du roi d'Angleterre, qui faisait peser son joug sur la Normandie; ils avaient parmi eux Amaury de Montfort et Galeran, comte de Meulan.

Les châtelains firent descendre de cheval tous leurs cavaliers, et mirent en avant les archers, avec l'ordre de tirer avant tout sur les chevaux des ligueurs.

Ceux-ci ne s'étaient pas attendus à ce genre d'attaque. Ayant été démontés en peu de minutes, ils se troublèrent , et furent hors d'état de résister à l'impétuosité des royaux : quatre-vingts d'entre eux furent faits prisonniers au milieu de la confusion générale. Amaury de Montfort tomba au pouvoir de Guillaume de Grandcour, fils du comte d'Eu. Celui-ci , réfléchissant au sort cruel qui attendait cet ennemi acharné du roi , fut ému de pitié, et partit avec lui pour la France, s' exilant ainsi lui-même pour sauver son ennemi. Déjà la chevalerie enfantait de nobles sentimens chez ceux qui se vouaient aux armes. Un des beauxfrères du comte de Meulan , Guillaume Louvel ,

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