‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 206 sur 255 · II 35. ETIENNE EST RECONNU ROI · texte numérisé non relu

II 35. ETIENNE EST RECONNU ROI

en donnant de magnifiques éloges à la mémoire de Henri', il approuva le sacre qui avait été célé^bré le i5 décembre 11 55, en s' appuyant sur le sufïrage unanime des Anglais comme sur une manifestation de la volonté divine.

Etienne monta en effet au trône sans aucun obstacle, et le trésor conservé par trois rois, et renfermant 100,000 livres et beaucoup de joyaux et de vases d'or et d'argent % lui fut livré avec plus de facilité que Henri n'en avait trouvé lors de la mort de son frère. Cependant le peuple n'ignorait pas qu'Etienne avait été un des premiers à prêter serment de fidélité à Mathilde sa cousine, et que c'était sur lui que Henri avait compté pom^ appuyer le trône de la reine. Le parjure de tant d'hommes éminens qui tous s'entendaient pour imposer silence à leur conscience et ppjir tromper la nation déplut aux Anglais ; la raison d'État qui faisait agir les grands leur échappa , ou du moins ne leur parut pas courir ce crime.

' « Religiosorum virorum amator, pacis et justitiœ cultor, vidaarutn et orphanorum propitiiis consolator, etc. » Ricard. Hagtis-' tald. , ad ann. 1136.

' Math. Westmonast. , ad ann. 1135.

GEOFFROY PLANTAGEWET EN NORMANDIE. ^?fB

Pendant que l'Angleterre fêtait l'avènement du nouveau roi , la Normandie était alarmée de nouveau sur son avenir. Dès que Geoffroy Piantagenet eut appris la mort de son beau-père, il fit partir sa femme Mathilde pour la Normandie , afin qu'elle y reçût l'hommage des barons; il la suivit de près avec une armée d'Angevins et de Manceaux. Le vicomte d'Argentan , Exmes et Domfront , appelé Guigan Algason , fit aussitôt sa soumission pour les places qu'il tenait du roi. Guillaume Talvas, qui accompagnait Geoffroy, en fit autant pour ses fiefs ' ; mais les autres barons, ceux surtout qui avaient des biens en Angleterre, n'imitèrent pas ces deux vassaux. D'ailleurs les Angevins , pour lesquels les Normands avaient de l'antipathie, excitèrent l'indignation par les cruautés qu'ils commettaient dans toutes les contrées que traversaient leurs troupes, et nuisaient à la cause de Mathilde , qu'ils venaient soutenir. Voyant la population exaspérée contre lui, Geoffroy jugea prudent de se retirer, et l'insurrection de plusieurs de ses vassaux lui donna pour quelque temps de l'occupation dans l'Anjou.

• Order. Vital, lib, 13.

436 GUERllE DES ROYAUX

Robert de Glocester avait d'abord voulu soutenir sa soeur Mathilde; mais remarquant le peu de partisans qu'elle avait en Normandie, et craignant probablement pour son fief de Glocester, il sacrifia sa sœur à ses intérêts, et courut faire hommage à Etienne, toutefois avec cette réserve prudente qu'il obéirait tant qu'Etienne saurait maintenir sa royauté. '

Thibaut , comte de Champagne et frère du nouveau roi , aurait voulu que , dans sa qualité d'aîné, il fut au moins préféré à Etienne, puisqu'on ne voulait pas de Mathilde pour souveraine. Il était venu en Normandie, afin de savoir s'il avait des partisans; il s'en alla fort mécontent, et abandonant ce pays à son triste sort. *

Le pays était en effet à plaindre. Etienne, trop occupé à affermir son trône en Angleterre, ne put penser dans les premiers temps à la Normandie; dès que les barons, dont la turbulence avait été comprimée par Henri , se sentirent affranchis d'un maître, ils renouvelèrent leurs vieilles que-

' « Cornes Roberlus simiiiter homagium sibi fecit sub conditione, scilicet si dignitatem suam sibi intègre conservaret. » Math. Westmon., ad ana. 1136.

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