GUERRE GONTRE LES PETITS TYRANS
Une troupe de Bretons, conduite par Gelduin de Dol , pilla les environs du Mont Saint-Michel : heureusement des cavaliers normands vinrent au secours des paysans , et comme la marée montante arrêta le chef avec quelques uns des siens au bas de la montagne , les Normands les tuèrent, et forcèrent les autres à se retirer promptement. On en fit autant de Richard Silvain, qui de son chastel de Saint-Pair, dans le pays d'Avranches , infestait les environs. Pour se délivrer de ses brigandages , les nobles des châteaux et manoirs voisins se réunirent, fondirent sur lui un jour qu'il se livrait à ses excursions habituelles , et l'ayant mis à mort , ils jetèrent son corps à l'entrée de son chastel; à cette vue, la garnison cessa de se défendre , et rendit le fort. Un autre de ces petits tyrans des campagnes , Roger, surnommé le Bègue , eut son château de Grand-Bois, dans le pays d'Évreux , pris par les troupes du roi , et fut obligé de promettre la soumission et le repos. Le roi prit encore un autre château qui servait de repaire à des brigands, celui de Quitri, dansleVexin, et le fit démolir. Quelque temps auparavant , il avait dévasté Villers-Chambellan , Lillebonne et Mésidon, appartenant à Rabel le
44^ ÉTIENINE RENOUVELLE
chambellan , qui , malgré sa dignité , s'était soulevé contre l'autorité du roi ' . On n'observait plus la loi de la trêve de Dieu , proclamée par tous les rois d'Angleterre et ducs de Normandie , depuis Guillaume-le-Conquérant ; c'est ce qui détermina Etienne , quand il fut de retour en Angleterre , à adresser à l'archevêque de Rouen , aux évéques , abbés, comtes, vicomtes et barons , un ordre conçu en ces termes " : {< D'après le conseil et avec l'assentiment de mes barons et fidèles , j'ai résolu de confirmer à l'archevêque de Rouen et aux évêques de Normandie tous leurs droits spirituels et synodaux. A l'égard de ceux qui enfreignent la trêve de Dieu et commettent des meurtres pendant la trêve, j'ai statué de maintenir les décrets du roi Henri mon oncle, savoir, que si quelqu'un veut prouver par le duel qu'un autre a commis un meurtre pendant la trêve de Dieu, le combat aura lieu dans ma cour, et si l'accusé succombe, l'évêque dans le diocèse duquel il aura enfreint
' Orderic Vital , lib. 13.
' Slephani régis diploma JVovmanniœ prœlatis coiicessum , de l'an 1137, dans la part. 1" de Dessin Concilia Rolomag. Piwinc, p. 81.