LA TRÊVE DE DIEU
la trêve de Dieu, aura son amende, savoir, g livres prises sur les effets laissés par le coupable; ma justice y tiendra la main. Elle ne prendra mon droit que lorsque l'évéque aura été complètement satisfait. Dans le cas où l'accusateur ne voudrait pas entrer en lice avec le meurtrier, celui-ci sera appelé devant la justice ecclésiastique , et subira publiquement l'épreuve du feu ou de l'eau, et s'il succombe , l'évéque aura son amende , comme il vient d'être dit. Si par crainte, celui qui a enfreint la trêve ne veut pas subir l'épreuve sacrée, il n'en paiera pas moins ram.ende à l'évéque ; ma justice l'y forcera. Si le meurtrier, après s'être enfui d'abord , fait ensuite sa paix avec moi, il satisfera également l'évéque pour l'amende qui lui est due. Enfin , devant obéir d'abord à Dieu, je condamine tous les désobéissans, et je déclare qu'ils seront punis tant par la rigueur du glaive que par la censure épiscopale. a
Ce rescrit ne fut signé que par quelques évêques , et ne parut fait que pour leur allouer leurs amendes dans les jugemens contre les ihfracteurs de la paix de Dieu : aussi ne dut-il guère empêcher les désordres ; ils continuèrent en effet quand on sut que le roi était reparti pour l'An- I. 2g
45o ETIENNE NE PEUT PACIFIER
gleterre à cause des troubles qui y avaient éclaté, et de la marche des Écossais, qui, n'ayant point reconnu Etienne pour roi d'Angleterre , se préparaient à le renverser du trône. Il avait emmené avec lui ses principaux barons, et il avait délégué des pouvoirs étendus à ses plus fidèles , Guillaume de Roumare et le vicomte Roger, ûh de Néel, pour qu'ils maintinssent la Normandie dans la soumission '. C'était malheureusement une tache au-dessus de leurs forces. Etienne n'était déjà plus craint ni en Angleterre ni en Normandie : comment ses officiers auraient-ils pu l'être ? Le Cotentin avait été jusqu'alors assez tranquille : ce fut là que les partisans de Geoffroy Plantagenet se soulevèrent. Ils avaient à leur tête Renaud de Dunstanville , fils du roi Henri , Baudoin de Reviers, Etienne de Magneville; et selon la coutume du temps, ils portaient le fer et la flamme dans les terres de tous ceux qui n'appartenaient pas à leur ligue. Le vicoraite Roger marcha contre eux avec des hommes dévoués ; mais il périt dans une embuscade que les ligueurs lui avaient tendue.
' Orderic Vitat , Ub. 13.
LA. NORMANDIE. ^5l
Ses amis vengèrent sa mort par des représailles cruelles. '
Le diocèse d'Evreux était dans ces soulèvemens le plus troublé ; il le fut plus que jamais après le départ d'Etienne. Robert, comte de Leicester^ qui commandait à Evreux au nomi du roi , eut à combattre une tourbe de chevaliers séditieux. Le sénéchal même du comté, appelé Ernaud, se joignit à eux pour faire le plus de dommage possible aux terres du roi. Le Pont-Echanfrei, Montreuil-l' Argile et d'autres bourgs de la contrée furent la proie des flammes. Etienne avait rendu la liberté à Roger Toëni de Conches ; ce chevalier fut un des premiers à se déclarer contre lui. Trop occupé en Angleterre à étouffer les conspirations contre sa personne et contre les Normands ses partisans, ce prince ne put fournir d'autres se-^ cours à ceux qui combattaient pour lui en Normandie que de leur envoyer Galeran , comte de Meulan , et Guillaume d'Ypres, qui commandait les Flamands au service du roi. Ces deux chefs arrivèrent sur le continent au mois de mai 1 158 ; mais ils ne tardèrent pas à s'apercevoir que le
• Orderic Vital, lib. 13.