FALAISE ET TOUQUES
la place, ils se portèrent en novembre sur Touques, où les habitans avaient en partie pris la fuite. Les Angevins s'établirent dans les maisons abandonnées ; mais au milieu de la . nuit , le gouverneur de Bonneville , nommé Guillaume Troussebot , ayant rassemblé les gens du pays et fait mettre le feu aux maisons de Touques , assaillit les ennemis au milieu de la fumée de l'incendie. Le comte d'Anjou s'était estimé heureux de gagner avec ses soldats un cimetière où il se maintint jusqu'au jour ; sans attendre davantage , il reprit alors le chemin de l'Anjou. '
Il n'y eut aucune armée pour le poursuivre ; Galeran, comte de Meulan, et Guillaume d'Ypres, étant nécessaires à Etienne, qui voyait croître chaque jour ses ennemis en Angleterre , étaient repartis pour cette île, sans avoir pu pacifier la Normandie.
- Il paraît même que le comte de Meulan, en désespoir de cause, plutôt que de prolonger l'état de guerre qui désolait la Normandie, avait mieux aimé traiter avec l'Angevin, si ce n'est pour tout le duché , au moins pour les terres qu'il y possédait.
' Orderic Vital , lib. 13.
454 LISIECX, FALAISE,
Le duc d'Anjou lui assura la possession de Montfort, que le comte de Meulan tenait du roi précédent. Cet accord eut lieu en i i4i '.A l'exemple du comte de Meulan , la plupart des nobles qui avaient des terres entre la Seine et la Risle eiîtrèrent en composition avec le mari de l'impératrice Mathilde, et reconnurent son autorité en Normandie* Il en fut de même de ceux dont les possessions étaient situées dans le comté de Lisieux , et qui se soumirent tous , dès que l'évéque de Lisieux , Jean , homme courageux et actif qui avait fortifié beaucoup sa résidence, y eut fait entrer les Angevins , pour ne pas prolonger une lutte inutile. '
Cet évéque mourut peu de temps après. Le chapitre élut son neveu pour lui succéder ; mais Geoffroy Plantagenet ne vit pas une grande urgence à laisser remplir le siège vacant. Aussitôt le clergé, croyant la liberté de l'église attaquée, s'alarma; tout le clergé de France prit parti en fa-
' ftobert. de Monte, Appendix ad Sigebert. chronic. , dans le tom. xm des Historiens de Franrv.
' a Episcopus hic miiUum episcopalem sedem aidiflciis et ornamenlis accievit, urbem qijoc|iic.... mirnibus ambivit. » Ibid. , ad ann. 1141.
BATEUX SE RENDENT. 4^5
veur du saceixloce normand. Saint-Bernard et Pierre-le-Vénérable pressèrent le pape d'approuver l'élection d'Arnulfe , et d'accuser le comte d'Anjou de persécuter la sainte église. Le preniier écrivit à Innocent que le comte d'Anjou était le fléau des gens de bien , le perturbateur de la paix, l'oppresseur de la liberté ecclésiastique '. Geoffroy sentit qu'il ne fallait pas heurter le clergé de front, et céda.
Exmes et Bayeux n'avaient fait aucune résistance, et s'étaient soumis dès l'an ii58. Robert Marmion défendit long-temps la place naturellement forte de Falaise; il avait même forcé les Angevins à en lever le siège. Ceux-ci , pour se venger de lui , avaient pris et démoli son châteaufort de Fontenay , dans le pays d'Exmes. Robert Marmion céda enfin à la nécessité , et laissa entrer l'Angevin dans Falaise. Beaucoup d'autres places, Rouen surtout , tenaient encore pour le roi Etienne.
Robert de Glocester, le plus ardent serviteur
' « Comes Andegavensis , malleus bonorum , oppresser pacis et libertatis ecclesiœ. » Epistola pro Arnulfo Lexov. episc.; Bessin, Concil. Rotom. prcwinc. , p. 513.