‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 221 sur 255 · PROGRÈS DU PARTI DE MATIIILDE · texte numérisé non relu

PROGRÈS DU PARTI DE MATIIILDE

ainsi une place de la Normandie après l'autre, et se portait de ville en ville pour recevoir les hommages des bourgeois, le sort du duché se décidait en Angleterre, où une révolution venait de mettre brusquement fin au règne troublé d'Etienne. Ce prince avait triomphé en ii38 des Ecossais, qui les premiers avaient essayé de renverser son trône si mal affermi. Une partie de la nation anglo-saxonne , ralliée sous les bannières par les évéques, combattit pour lui, et son armée mit dans une déroute complète les montagnards du Nord, peu habitués à se battre dans les plaines , contre des ennemis complètement armés ' . Cette victoire, à laquelle Etienne avait eu peu de part, il est vrai, ne le servit guère. Quelques évéques, se croyant tout permis , commirent des excès ; Etienne voulut les punir; ils se vengèrent en excitant le pays à la révolte. Les barons, ne sentant plus le frein que leur avait imposé Henri , crurent aussi pouvoir se livrer impunémentà leur ancienne turbulence. Des insurrections éclatèrent parmi les Normands établis sur les marches du pays de Galles , où ils s'enrichissaient et s'agrandissaient

' Math. Paris tiist, major. — Florent. Wigorn. Continuât.

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aux dépens du peuple gallois, qu'ils traitaient comme un \il troupeau d'esclaves; ce peuple prenait, lorsqu'il le pouvait, des représailles barbares.

C'est dans cette contrée que Mathilde fut proclamée reine par Milon le connétable, qui reçut en récompense le comté d'Hereford ", et par d'autres barons normands , lorsqu'elle s'y fut rendue avec des troupes de l'Anjou pour soutenir ses prétentions contre son cousin. Celui-ci ne manquait ni d'activité ni de courage ; mais il n'avait pas le talent de se concilier une nation qui le connaissait peu. S'étant porté avec ses troupes devant Bristol, il ne put qu'exercer des ravages autour de cette ville, et s'emparer de plusieurs châteauxforts. Mathilde se porta en avant, et établit sa cour à Glocester , dont son frère Robert lui avait ouvert les portes. Robert fut en général très utile à sa soeur à cause des places fortes et des vastes domaines qu'il possédait, et qu'il mit à la disposi-

' Caria Mathildœ imperatricis de crealione Milonis, etc. , de l'an 1 141 5 Rymer et Sanderson Fcedern , roru-eniioncs, etc. , Londres , tom. I, 1816; part. 1.

46o PRISE DU FORT DE DEVIZES.

tion de Mathilde , comme il avait fait en Normandie. '

Déjà les mécontens de l'intérieur s'étaient réunis auprès de l'évéque d'EIj , dans les mêmes marais qui avaient été le théâtre des derniers efforts des Anglo-Saxons pour secouer le joug de Guillaumele-Conquérant. Cet évéque était neveu de celui de Salisburj, qui avait donné au clergé l'exemple de la défection , quoiqu'il eût un fils chancelier du roi \ De l'ouest de l'île, Etienne vola vers l'est, attaqua les partisans de sa cousine dans leur camp, et mit en fuite l'évéque et ses fauteurs. On vit alors de singulières moeurs. Une maîtresse de l'évéque Roger défendait le donjon de Devizes , un des plus beaux châteaux de l'Angleterre ' ; leur fils , Roger-le-Pauvre, était tombé au pouvoir du roi, ainsi que l'évéque Roger, oncle de celui d'Elj. Etienne jura qu'il ferait pendre le fils du prélat, et qu'il ferait jeûner son oncle jusqu'à ce que le donjon se rendît. La concubine de l'é-

' Orderic Vital, lib. 13. — Anonym. Gesta Slephani rei^is, Jib. 1, dans le recueil de Duchesne , Script, nnrm. ' Ibicl. — Florent. Wigorn. contin, ' Orderic Vital , lib. 13.

l\/\'6. — SIÈGE DE LINCOLN. /|6l

véque. d'Elj entra alors en négociation pour sauver son fils , et l'évêque de Salisbur j, privé de tout aliment , pressa son neveu de renoncer à la résistance. Ainsi Devizes fut rendue au roi. '

Cet échec n'empêcha point les mécontens de se rallier autour de la femme du comte d'Anjou. Des barons qui avaient eu la confiance d'Etienne l'abandonnèrent en voyant son peu de mérite. De ce nombre furent Ranulfe de Ba jeux , nommé, sous le roi précédent, comte de Chester, et son frère, le même Guillaume de Roumare qu'Etienne avait laissé en Normandie pour étouffer les troubles. Ils enlevèrent au roi par surprise la ville et le château-fort de Lincoln, et y mirent leurs hommes d'armes. "

Au commencement de l'année 114^ > Etienne vint avec son ost investir la place, pour la reprendre. Ranulfe , comte de Chester, s'échappa la nuit du fort , se rendit chez son beau-père Robert de Glocester et chez la comtesse Mathilde, enrôla des Gallois, et des Anglais dépossédés de leurs biens, et vint avec ces secours pour débloquer

Orderic Vital , lib. 13.

Ibid.

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