‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 226 sur 255 · SOUMISSION DES BARONS · texte numérisé non relu

SOUMISSION DES BARONS

capitale du royaume. Dans toutes les villes où elle passa, le peuple accourut au devant d'elle, et le clergé la reçut avec les croix et les bannières. Pendant ce temps , les barons firent successivement leur soumission ; ceux qui refusaient d'ouvrir leurs châteaux-forts subirent les attaques les plus violentes de la part des partisans de Mathilde , dont quelques uns profitèrent du triomphe de leur parti pour exercer des vengeances personnelles , comme cela arrive dans toutes les révolutions . Dans quelques endroits , le peuple lui-même assiégea les seigneurs fidèles à Etienne , ou les chassa de leurs terres. Le comte Alain fut pris par son ennemi , le comte de Chester , et forcé de lui abandonner ses châteaux-forts, et de renoncer à la dignité de comte de Cournouailles. Un autre seigneur , Hervé, se vit assiégé par les paysans dans son château-fort; on le contraignit à le céder à Mathilde , et à s'exiler du pays ' . Etienne , après avoir appris la trahison de son connétable, Milon de Beauchamp , un des premiers qui avaient rejoint Mathilde, lui avait ôté la connétablie, ainsi que le comité de Bedford ; 11 avait donné ce comté à un

' Gesta Stephani reg. , lib. t.

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de ses fidèles, nommé Hugues, simple chevaller. A peine le nouveau comte fut-il installé qu'Etienne perdit la couronne. Milon reparut à Bedfbrd, força Hugues de lui rendre son comté, et le chassa; le partisan d'Etienne fut dépouillé de tout , et on ne le désigna plus que sous le nom d'Hugues le paui^re. '

Mathilde autorisait toutes les violences exercées par ses partisans contre ses ennemis; ellemême, oubliant les devoirs de son sexe et de sa' dignité, dépouilla sans pitié tous ceux qui refusaient d'abandonner le parti d'Etienne, et enrichit de leurs dépouilles ses courtisans et les soldats de fortune qui combattaient pour elle. On disposa des paysans des vaincus , comme d'une propriété mobilière; on les arracha de leurs fojers, on les sépara de leurs familles, pour les envoyer chez les tyrans qu'on leur donnait '. Les églises ne furent pas plus ménagées que les nobles, les bourgeois et les serfs; Mathilde leur enleva ce qu'Etienne leur avait donné, déclarant nul ce que ce roi avait fait.

' « Justo Dci judicio de comité miles, de milite in brevi pauperriraus fuit. »> Gesta Stephani rcg. , lib. 1. » Ibid.

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