DE MATHILDE
Elle accabla de reproches ceux qui , un peu tard , venaient lui faire hommage, etaccueillit rudement tous ceux qui avaient montré de l'attachement au roi précédent. A peine écoutait-elle les conseils de son frère Robert de Glocester, à qui elle devait principalement ses succès ; ne suivant que ses volontés ou ses caprices, elle agit avec une précipitation imprudente qui effraya ses amis pour elle. '
En approchant de Londres, elle reçut une députa tion de la bourgeoisie, disposée à se soumettre à sa domination. En conséquence, elle vint s'établira l'abbayede Westminster. Là, elle nomma un évêque de Londres. La reine, femme d'Etienne, la fit supplier de rendre la libertéà son mari, promettant pour lui qu'il quitterait l'Angleterre. L'évêque de Winchester joignit ses prières à cellesde sa belle-soeur; il demanda aussi que Mathilde laissât au moins la Normandie au fils d'Etienne. La princesse hautaine refusa tout , en employant des paroles dures, qui aggravaient encore son refus. "
C'est alors que la femme d'Etienne résolut d'em-
' Gesta Stepliani rei;. , Jib. i.
" Ibid.
470 EXA.SPÉRATION A LONDRES.
ployer la bonne volonté de ses partisans pour obtenir par la force ce que l'on refusait à ses prières. En conséquence, elle leva des troupes, et les fit approcher de Londres , où elles signalèrent leur présence par des ravages.
Pendant que les habitans de la capitale voyaient les environs infestés par les partisans d'Etienne, Mathilde fit appeler leurs magistrats, et exigea d'eux des subsides considérables. Ils lui représentèrent humblement la stagnation de toutes les af- 1 faires commerciales par suite de la guerre civile , et la supplièrent d'attendre au moins que l'état des ressources des bourgeois se fût amélioré.
Mathilde leur répliqua avec sévérité qu'ils avaient bien su trouver de l'argent pour cet Etienne, auquel ils étaient attachés encore en secret. Elle leur signifia qu'elle ne se relâcherait point de ses demandes, et que la ville n'avait qu'à chercher les moyens de lui fournir de l'argent. '
Quand la députation eut fait part à la bourgeoisie des paroles de la nouvelle reine , une indignation générale s'empara d'elle. On courut aux
' Gesta Stephani reif. , lib. 1 .
LE PARTI d'ÉTIENKE Y RENTRE. 47*
armes , on sonna le tocsin , et on se porta sur l'abbaye. Mathilde , précipitamment avertie du danger qu'elle courait, fut obligée de tout laisser là , pour se sauver. Quelques courtisans s'enfuirent avec elle; les autres n'en eurent plus le temps, et furent obligés de chercher d'autres voies pour échapper à la bourgeoisie furieuse. '
La femme d'Etienne rentra avec ses partisans à Londres, et l'évêque de Winchester crut le moment opportun pour revenir au parti de son frère, et se déclarer pour lui. Comme il se trouvait à la cour de Mathilde lors de la révolte des bourgeois, on le soupçonna dans la suite d'avoir fomenté en secret cette insurrection, tout en feignant de s'attacher au trône de Mathilde '. Beaucoup de gens , que la peur ou la prudence avait réduits au silence, se déclarèrent alors pour Etienne. ^
Mathilde s'était enfuie avec Robert de Glocester à Oxford ; plusieurs de ses courtisans vinrent Vy rejoindre. Milon le connétable était son principal conseiller , et son protecteur dans les mo-
' G esta Stcphani reg. , lib. 1 .
' « Episcopus Wintoniensis , hujus ut fcrunt, facfionis conscius et insligator. w Ibid.
3 Ibid.