‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 23 sur 255 · EXPLOITS · texte numérisé non relu

EXPLOITS

fut le défenseur d'ÉIy; mais, manquant de ressources dans ces marais , il fut obligé de chercher son salut par la fuite. Long- temps après on chanta les romances de ses aventures. Un pécheur, disait-on', le recueillit avec cinq autres compagnons dans sa barque; le soir cet homme amarra son bateau à un endroit où les Normands avaient un poste pour garder les issues du marais. Un vicomte y occupait une tente avec ses gens. Dans la nuit, Herward et ses compagnons sortirent du bateau , tuèrent vingt-six Normands, prirent leurs chevaux , et s'enfuirent dans une contrée où Herward eut bientôt une troupe de sept cents hommes. Il prit quelques villes, se battit contre les Normands , et devint tellement redoutable qu'ils résolurent de se défaire de lui par la trahison , quoique le roi eût entamé des négo-

' « 11 cschapa od jioi de gent ,

Geri od lui , un son parent ; Od eus eurent V compaignons.

Uns homs qui amcnoit peissons As gardeins long le mareis , Fist que prodorn et que curteis ; En un batel les recuillit , De ras , do glais lus les coveril , Vers les gardeius prist à nager. »

(Gcofl'roi Gaimar, Chroniq. des Jiois anglais.)

d'herward. 4^

dations avec lui. Une dame anglo-saxonne , nommëeAlfved, s'étaitéprise d'amour pour un héros si célèbre , le seul vengem- véritable de sa patrie opprimée; elle lui offrit sa main et les terres qu'elle possédait. Herward se rendait chez elle, lorsque les Normands le firent tomber dans une embûche qu'ils lui avaient dressée. 11 dormait sur un rocher quand ils cernèrent cet endroit, qui ne lui offrait aucune défense. Par malheur son chapelain , qui devait veiller sur lui , avait négligé son devoir. Herward, s'étant levé en sursaut, s'écria: « Traîtres, vous m'avez surpris, mais je vous vendrai cher ma vie!» En effet, ayant pu encore s'emparer de quelques armes , il se défendit en désespéré contre la foule de ses agresseurs , dont il tua plusieurs; mais, à la fin, frappé par-derrière, il succomba, laissant aux Anglo-Saxons la conviction que , sans cette mort prématurée , il aurait réussi à délivrer son pays des étrangers. '

Il faut lire dans le vieux poëme français de Geoffroy Gaimar ces aventures romanesques, re-

« E s'il ne fust issi occis Touz les chaçast fors del pais. »

(Gcoft'roi Gaimar, Chroniq. des Rois anglois.)

44 SORT d'eDGAR.

tmcées avec quelque charme , sans doute d'après les chansons populaires, du moins l'histoire ne les dit pas. '

Le prince anglo-saxon Edwin , ce noble adolescent, l'amour des Anglais, disparut également de la scène du monde , ayant été assassiné ; on apporta sa tête à Guillaume : il chassa les scélérats. Quant à Edgar, ce rejeton de la dynastie anglosaxonne, qui avait hérité de toute leur faiblesse, il parut si peu à craindre que Guillaume se contenta de lui assigner une livre sterling par jour\ Le pauvre prince passa le reste de ses jom^s à la cour des étrangers qui avaient détrôné sa race , n'ayant pas même assez d'intelligence pour sentir ce qu'il avait perdu. La nation s'était deux fois servie de lui pour relever un trône national ; mais jamais le caractère d'Edgar ne lui avait inspiré ni estime ni confiance.

Non seulement les riches Anglo-Saxons se trou-

' Ingulphe , Histor. Croyland, assure cju'Herward , ayant fait sa paix avec le roi, se retira et mourut dans sa terre de Brunne auprès de Croyland, où l'auteur était abbe. « Tandem cum ref;ia pacc obtcnta hercdilate , in pace dies suos complevit, et in monasterio nostro juxla suam uxorem nupcrrime sepulturam elegit. »

' Ibid.

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