‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 22 sur 255 · PRISE · texte numérisé non relu

PRISE

des femmes et des enfans en Normandie , et qu'il fallait pourvoir à leur existence.

Ceux qui partirent n'eurent pas de dotations ou perdirent celles qu'ils avaient reçues ; ils durent en être dédommagés par le bonheur qui leis attendait dans le sein de leurs familles , si toutefois le goût de la vie aventureuse que menaient les conquérans en Angleterre ne les avait rendus insensibles à la vie pacifique de leurs foyers.

Guillaume négocia pour éloigner la flotte danoise, qui soutenait les habitans d'York; il traita aussi avec le roi indigène Edgar, qui s'était installé dans cette ville après avoir été reconnu de nouveau par les grands et les prélats ; les Danois consentirent , on ne sait à quel prix , à retourner dans leur patrie. Dès qu'ils furent partis , Guillaume marcha contre la ville insurgée, l'assaillit, la prit , y mit tout à feu et à sang , et força Edgar et sa cour à s'enfuir en Ecosse ' . Ses troupes pénétrèrent ensuite dans la Northumbrie, et ravagèrent de nouveau cette province , pour que ce désert n'offrît plus d'asile aux Anglo-

' Qrdcric Vital, lib. 4.

DE LA. VILLE d'yORR. IO7O. ^Ç)

Saxons ' ; au nord-ouest, les Normands se fortifièrent contre les Gallois , et ayant ainsi réduit les indigènes ses ennemis à se jeter dans les bois, Guillaume revint à Winchester, pour y célébrer les fêtes de Noël, l'an 1070. La difficulté de gouverner les provinces du nord , où régnait encore une si grande aversion pour les Norrpands, le força d'accepter la soumission des chefs anglosaxons , et de leur confier ces contrées nouvellement conquises. Waltheof , ce vaillant guerrier qui s'était signalé contre les Normands dans la prise d'York, reçut les comtés de Huntingdon et de Northampton, et Gospatric fut nommé comte de Northumberland \ Le roi ne compta probablement pas plus leur inféoder ces provinces qu'ils ne voulaient le reconnaître pour leur suzerain : les deux partis, acceptant la nécessité des circonstances , se trompèrent mutuellement.

Les mêmes ravages qui avaient dépeuplé le nord et l'ouest de l'Angleterre avaient augmenté aussi la misère dans les autres provinces du royaume. On y voyait les hommes mourir en foule ; la guerre et l'oppression y avaient éteint

' Florent. Wigorn. , ad ann. 1069.

' Ordcr. Vital, lib. 4.

^O CAMP d'ÉLY.

l'industrie, et anéanti les ressources '. Tout le mal que les Anglo-Saxons avaient fait jadis aux insulaires, ils l'éprouvaient à leur tour; mais les pauvres Bretons, les indigènes, qu'avaient-ils fait pour pâtir avec leurs premiers oppresseurs , sous un joug nouveau qui ne distinguait point les habitans primitifs de ceux qui étaient venus les opprimer! Les insurgés firent encore une nouvelle tentative de résistance , en formant un camp dans l'île ou les marais d'Ely ; les prêtres y affluèrent avec le peuple, l'illusion du succès leur inspira un nouveau courage; mais Guillaume ne leur laissa pas long-temps un espoir aussi trompeur ; ayant attiré auprès de lui Morcar , il le fît arrêter, et le tint en prison le reste de sa vie, en le confiant à la garde de Roger de Beaumont en Normandie. Il dispersa ensuite le camp d'Ely; des massacres et des ravages signalèrent cette nouvelle victoire, qui ne laissa plus aux indigènes la perspective d'une royauté et d'un culte indépendant.

Cependant l'ennemi le plus redoutable des Normands , Herward , que les insurgés d'Ely

' Qrder. Vital, lib. 4.

EXPLOITS d'hERWARD. 4*

avaient élu pour leur chef, avait échappé à Guillaume. Depuis long-temps ce guerrier était renommé en Angleterre pour sa force extraordinaire et pour son courage indomptable. Déjà, sous les ix)is anglo-saxons, on avait été obligé de l'exiler, tant il était à craindre, même pour les siens. Partout on parlait de ses exploits surprenans ; il était devenu le héros de la poésie populaire '. Il séjournait en Flandre quand il apprit qu'un abbé normand appelé Thorold , et autorisé par son maître, le Conquérant, s'était emparé de la terre de Brunne , que lui avait laissée son père, et sur laquelle sa mère vivait dans l'humiliation. Aussitôt Herward vole en Angleterre, s'associe des compagnons presque aussi déterminés que lui , se fait ceindre l'épée par l'abbé d'un monastère voisin , reprend son héritage paternel, et fait prisonnier l'usurpateur de son bien; celui-ci, pour recouvrer sa liberté, est obligé de payer une rançon de trois mille marcs d'argent. "

Cet Anglo-Saxon , si vigoureux, si énergique,

■ (( Cum cjus gesta fortia ctiam Angliam ingressa caneicntur. » Ingulphi, Histor. Cmyland.

' Ibid.

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