‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 241 sur 255 · HENRI, DUC DE NORMANDIE · texte numérisé non relu

HENRI, DUC DE NORMANDIE

dans la crainte que son fils ne commît une sorte d'inceste. '

On ne peut guère douter que Henri en se mettant en route pour la Guienne ne fût à peu près sûr du consentement d'Eléonore au mariage qu'il allait proposer. En effet , on apprit presqu'en même temps l'arrivée du duc en Guienne et son mariage avec Eléonore. En vain le roi de France, en vertu de sa suzeraineté, réclama-L-il contre ce mariage, après lequel Henri envoya aussitôt dans les places de Guienne, des châtelains de son choix. Le nouveau mari d'Eléonore ne refusa point de faire au roi hommage du duché qu'il venait de joindre à ses états, et qui le rendait ainsi maître de presque toute la France occidentale ; d'ailleurs les affaires s'étaient arrangées avec tant de promptitude, que Henri était déjà de retour avec Eléo- V nore en Normandie , et prêt à s'embarquer pour l'Angleterre, lorsque Louis-le-Jeune s'avisa de prendre les armes contre lui.

■ « Ula abusas fiiisset. » J. Rrompton Chionic. dans le recueil de Twysden, col. 1045. Les be'ncdictins qui ont recueilli les Historiens de France, ajoutent au passage de J. Brompton cetttj note prudente : « Cu'jtis l'eljtdes pênes aurloreiii. sit. » Histnr. de France, tom. xiii, pag. 43, note b.

49^ LOUIS-LE-JEUWE ET GEOFFROY d'aJNJOU

Eléonore ne pouvait se venger d'une manière plus sensible, de tous les ennuis essuyés auprès de Louis-le-Jeune , qu'en épousant le duc de Normandie et comte d'Anjou. Aussi le roi ressentit vivement l'afFront qu'elle lui faisait par cette union , et il voulut en tirer une vengeance éclatante , en enlevant à Henri tous les états qu'il possédait sur le continent. Il mit donc de nouveau en avant le prétendant Eustache, fils d'Etienne, et triste jouet de la politique de la Fr/mce, comme l'avait été Guillaume Cliton; d'autres seigneurs] tels que Robert comte du Perche , Henri comte de Champagne, et même Geoffroy frère de Henri, et son ennemi à cause du testament paternel qui ne lui laissait presque rien , se joignirent au roi de France pour punir l'heureux Angevin à qui tout paraissait réussir. Ils avaient dressé un plan de partage d'après lequel il ne devait rien rester à Henri que son espoir en Angleterre. Geoffroy devait soulever contre son frère l'Anjou , et probablement en devenir ensuite le comte. Les autres devaient envahir la Normandie en pénétrant dans le haut pays, du côté de Neufchâtel. Tous les préparatifs furent faits assez promptement , et déjà l'armée française investissait la place de

VEULKNT DÉTIlÔNiiR HENRI. 499

Neufmarché qui avait été fortifiée par Henri P' , lorsque le duc de Normandie, étant à Barfleur pour s'embarquer, fut instruit des projets de la ligue formée contre lui. Si Louls-le-Jeune avait tardé un peu, il aurait pu exécuter plus facilement ses projets de conquête.

Henri n'était pas homme à se décourager promptement , et savait prendre son parti sur-le^ champ. Les ligueurs n'avaient fait entrer dans leur secret, à ce qu'il paraît, aucun baron, aucun évéque normand, probablement pour qu'il fut mieux gardé; il en résulta que lorsqu'ils se présentèrent au mois de juin ii52 dans le pays, ils n'y furent point secondés. Neufmarché, n'ayant pas été mis en état de défense , se rendit à Louis-le-Jeune ; mais ce fut là toute la conquête qu'il fit '. Henri ayant rapidement rassemblé ses hommes d'armes à cheval et a pied, arrêta les progrès de ses ennemis, qui se retirèrent sur Chaumont , et il vint se placer entre les rivières d'Andelle et d'Epte , pour protéger la frontière de son duché. 11 fit de là des incursions dans la partie du Vexin que Geoffroy avait cédée au roi de France ,

■ Robert, de Monte. .'IppemL ad Sigeherl,.

OOO IIKNRI DKLIVRK LK CHATEAU-FORT

et traita ce pays normand comme une contrée ennemie. Il brûla Bacqueville et deux châteaux-forts sur l'Epte , en sorte que les Français , sur la rive droite de cette rivière, pouvaient voir la fumée de ces incendies. Hugues de Gournai restait encore attaché au parti d'Etienne. Pour se venger de lui, Henri donna l'assaut à son château de la Fertéen-Brai , auprès des sources minérales de Forges , et le livra aux flammes. Il n'j eut que la tour construite sur la hauteur qui échappa au feu. ' h Louis-le-Jeune ne se sentit pas assez fort pou*] attaquer l'armée de Henri et la culbuter; en conséquence ses plans furent changés, et il résolut de tâcher de pénétrer dans la Normandie par un autre point. Au mois d'août ses troupes passèrent la Seine h Meulan, probablement pour se jeter dans la Basse-Normandie. Elles se dirigèrent d'abord sur Verneuil , pendant que Henri avec son armée arrivait à Vernon sur la Seine; mais apprenant par Guillaume de Pacj , cpie les Français, s'étant détournés, menaçaient son châteaufort de Pacy sur l'Eure , Henri aussitôt piqua des deux avec ses cavaliers, et fit tant de diligence,

' Robert, de Monte , Appcnd. tuf A'igcbert.

DE PACY. 5ol

qu'il arriva dans la place avant que les Français vinssent l'investir. Une partie des chevaux étaient crevés en route ; mais sa manœuvre hardie en imposa aux Français , et Louis-le-Jeune , renonçant k l'expédition méditée, rétrograda sur Mantes, et il s'y tint quelques semaines dans l'inaction, attendant probablement une occasion favorable pour terrasser un ennemi qu'il était trop dangereux d'attaquer de front. '

A peine débarrassé du danger de l'invasion, Henri s'occupa de réduire quelques ennemis dans l'intérieur. De ce nombre était Hugues de Neufchâtel. Il eut ses châteaux de Brueroles et de Marcouville-sm^-Ecouis renversés. Richer de l'Aigle se ressentit aussi de la vengeance du duc, et fut obligé de demander la paix, et de donner des otages. Henri détruisit son fort de Bon-Moulins, qui servait de repaire à des brigands. '

Toute la Normandie comprit que Henri ne laisserait pas impunément troubler la paix et renaître les factions; aussi n'y eut-il plus aucun mouvement en faveur d'Etienne ou de son fils

Robert, de Monte , Âppend. ad Sigebert.

Ibid.

5o2 LES FRANÇAIS SE PORTENT SUR VEIINEUIL.

Eustaclie, et le nouveau duc fut assez sûr de la tranquillité publique, pour oser châtier son frère Geoffroy dans l'Anjou, un des principaux membres de la ligue qui avait conspiré contre le gouvernement normand. Les Angevins croyaient Henri encore occupé à protéger ses frontières contre le roi de France et à tenir en repos les mécontens de la Normandie, lorsqu'il parut avec des troupes devant Montsorel dans l'Anjou, dont lé seigneur s'était déclaré en faveur des prétention* de Geoffroy sur le comté. Le château fut pris, et le châtelain tomba au pouvoir des assiégeans ; d'autres places fortes eurent le même sort que Montsorel , et Geoffroy fut obligé de se détacher de la li£;ue et de faire hommage à son frère, comme», à son maître. ' '

Celui-ci combattait encore dans l'Anjou, lorsque Louis roi de France, jugeant qu'il fallait profiter de l'absence de son ennemi , rentra avec ses troupes dans la Normandie, mais en se tenant sur l'Arve, qui sert de frontière. Il brûla Nonancourt, Tillières, et porta les ravages jusqu'aux environs^ de Verneull. Sa campagne se borna là, et ne fut

• Robert, de Monte, yfppend. arl SigeberU

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