‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 242 sur 255 · ILS SE RETIRENT SUR MANTES · texte numérisé non relu

ILS SE RETIRENT SUR MANTES

pas plus glorieuse que la précédente. Le nouvel époux d'Éléonore n'avait pas beaucoup à redouter d'un roi aussi peu guerrier. Aussi n'eut-il pas de peine à obtenir de lui une trêve. Il lui tardait de partir pour l'Angleterre, où des affaires plus importantes que la petite guerre sur la frontière de Normandie appelaient son arrivée.

Quoique les Français continuassent de tenir leur armée à Mantes , pour reprendre les hostilités dès que la trêve serait expirée, Henri ne crut pas devoir différer davantage son départ. Il laissait là un roi peu redoutable , pour en attaquer un autre dont il espérait encore davantage de renverser les projets.

Tout ce que faisait Henri étonnait ses contemporains; le bonheur qu'il avait eu de réunir le comté d'Anjou au duché de Normandie, l'adresse avec laquelle il avait pour ainsi dire enlevé Éléonore et la Guienne, les talens qu'il avait déployés pour déjouer tous les plans de la ligue formée contre lui, et pour forcer le roi de France de rester sur la frontière, toutes ces circonstances extraordinaires causaient une vive sensation ' ;

' Ab omnibus , ctiam ab inimicis, laudatus. » Robert, de Monte ^ ^ppend. ad Sigebcrt.

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mais ce qu'on admira plus que tout cela , ce fut son audace de partir au milieu de l'hiver pour renverser le trône d'Etienne en Angleterre , tandis que le roi de France guettait encore sur la Seine le moment favorable pour lui enlever la Normandie. '

Ce fut dans les premiers jours de janvier de l'an 1 1 55 , que Henri partit de la côte de Normandie avec trente-six bateaux. Ayant débarqué sur la plage anglaise le jour .de l'Epiphanie , et étant entré dans une petite église, il entendit le prêtre chanter à l'office du jour : « Voilà le dominateur qui arrive! le règne est dans ses mains » ; ce qui fut regardé par les siens comme un heureux pronostic. "

Cependant quand les partisans qui l'avaient appelé le virent arriver avec le peu de troupes qu'il avait amenées, ils perdirent presque courage , et n'osèrent espérer des succès. ^

Un des premiers actes de Henri fut de s'attacher un des puissans seigneurs, Ranulphe de

' Robert, de Monte , Append. ad Sigebert.

' Henric. Hiintingdon. Histor. , lib. 8. — Gervas. Dorob. Chron. (le rcgib. Aiii^L , ad nnu. 1163.

^ Henric. Hunlingdon. Histor. , lib. 8.

EN ANGLETERRE. 5o5

Chester, par des bienfaits. Il lui confirma ses possessions de famille en Angleterre et en Normandie , entre Vire et Barfleur, et le comté d' Agrandies; il y ajouta le comté de StafFord, le fief de Lincoln , toutes les terres saisies à Guillaume Peverel , à moins que celui-ci ne se justifiât devant la cour de Henri de l'accusation de trahison portée contre lui ; enfin Henri promit à six chevaliers désignés par le comte de Chester cent arpens de terre, à prendre sur les possessions des ennemis du duc de Normandie. '

Depuis plusieurs années, Etienne se débattait contre le parti de Mathilde. Cette princesse avait peu charmé les habitans de l'Angleterre. On racontait avec une joie maligne qu'à Oxford elle s'était sauvée avec trois cavaliers , au milieu de la nuit, en s'afFublant d'un drap blanc comme la neige qui couvrait la terre, pour n'être pas aperçue par les gardes royaux. Fatiguée de toutes les mésaventures qu'elle avait essuyées, elle avait pris le parti de se retirer sur le continent, laissant son frère Robert de Glocester et les barons et évéques

' Caria Je piuiibus condonationibus , etc. , de l'an 1152^ Rymer et Sanderson Fœikra , etc. , tum. i, part. 1.

ETIEiVNE FORCE LES BARONS

de son parti continuer pour elle la lutte contre Etienne de Blois.

Ce roi passait son temps à assiéger ses adversaires l'un après l'autre , dans leurs châteauxforts. On savait qu'il n'aimait pas le clergé, et on attribuait la même indifférence pour les prêtres à son fils Eustache ' ; aussi la plupart des évêques auraient-ils abandonné probablement le roi et son fils si un autre roi s'était trouvé en Angleterre , et si Henri, évêque de Winchester, n'avait travaillé sans cesse à affermir le pouvoir d'Etienne son frère. Ces évêques avaient correspondu en secret avec la cour de Rome, pour savoir si dans le cas où le roi voudrait leur faire prêter serment à son fils, ils devaient se soumettre à cet ordre. Le pape , qui apparemment ne pardonnait pas à Etienne d'avoir fait arrêter des évêques , avait répondu négativement. '

Forts de cette décision , les évêques furent dé-

' « Filius régis militia quidem probatus , sed in ea quœ Dei sunl, obstinatus, recloribus ecclesiarnm durissimiis. » H. Huntingdon- Histor. , Jib. 8.

' « Pa]îa litteris suis archicpiscopo proliibuerat, ne filiuin régis in regem sublimarct, videlicct. quia rei Stcphanus regnum contra jitsjurandum prœripuisse videbatur. ■' Ibid.

ET ÉVÊQtJES A FAIRE HOMMAGE A SON FILS. So^

terminés à refuser, lorsque Etienne les assembla à Londres afin qu'ils reconnussent Eustache pour son successeur. Thibaut, qui d'abbé du Bec en Normandie était devenu archevêque de Cantorbérj, donna l'exemple du refus; les autres l'imitèrent. Etienne sentit que l'obstination du haut clergé pourrait entraîner toute la nation , et animer ses espérances. Aussi crut-il devoir user de force pour contraindre le concile à faire ses volontés. En conséquence, l'édifice où ils étaient assemblés fut ferm^é et gardé de tous les côtés , et le roi déclara qu'aucun évêque ne sortirait qu'après avoir prêté serment à Eustache. '

La consternation se répandit dans la salle du concile. L'archevêque de Cantorbérj trouva moyen de s'évader, et s'étant jeté dans une barque , il descendit la Tamise , et se fit transporter en Normandie. Etienne, ayant appris sa fuite, le déclara proscrit, et confisqua tous ses biens. Parmi les autres évêques , quelques uns eurent assez de fermeté pour persister dans leur refus. Us furent également punis par la confiscation de tout ce qu'ils possédaient. D'autres cédèrent.

' « Ira fervescens tam pater quam filins in domo quAdam omnes includi jusserant , etc. » Ibid.

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