‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 26 sur 255 · CONCILE EN ANGLLTEKRE. — - IO7I · texte numérisé non relu

CONCILE EN ANGLLTEKRE. — - IO7I

Conquérant que les Anglo-Saxons n'avaient jamais eu qu'une déférence douteuse pour le Saint-Siège, et n'avaient pu se pénétrer encore de l'esprit de la religion romaine. Depuis long-temps les rois anglo-saxons envoyaient le romescot ou le denier de saint Pierre, qu'ils levaient dans les familles, et sur lequel on prenait les frais d'entretien du collège anglo-saxon qu'on entretenait à Rome. Cependant le pape avait si mauvaise opinion de la théologie qu'on y enseignait qu'il ne voulait pas qu'on y soutînt des thèses publiques. Les Anglo-Saxons , disait-on , avaient altéré la pureté de lem' foi , par leur mélange avec le paganisme ' ; chez eux, l'hérésie était permanente. Le pape d'ailleurs ayant approuvé la conquête de l'Angleterre, la réforme du clergé fut une suite de la soumission du pays.

Ce fut à Pâques 1 07 1 que les trois légats apostoliques arrivèrent en Angleterre, dans la solennité des fêtes de la cour et de l'église , auxquelles les évêques du pays avaient été appelés. Ils dépo-

■ Florent. Wigorn. — « Dumpagani christianis permixti sanctas conversationis gratiam corruperant fidei christiauœ. » Math. Westraon. , ad ann, 707.

DÉPOSITION DES ÉVEQUtS. 49

sèrent l'archevêque de Cantorbéry , Stigand , déjà frappé de rinterdiction papale , et dont le tort plus grave encore était d'avoir provoqué le soulèvement des habitans de Kent lors de la conquête, et d'avoir exigé, à leur tête, du conquérant , la confirmation de leurs droits et coutumes '. Ce prélat s'exila du pays* ; il s'agissait de le remplacer; on fît des démarches auprès de Lanfranc, qui était resté abbé du monastère de Caen, pour l'engager à accepter le siège de Cantorbéry ; on lui annonça que c'était le désir du pape . Lanfranc montra d'abord la même répugnance qu'il avait témoignée lorsqu'on lui eut offert le siège de Rouen ; il prétexta son ignorance de la langue anglaise , la barbarie des habitans de ce pays ^ ; mais les légats du pape , d'accord avec le roi Guillaume , insistèrent , et Lanfranc, se rendant cette fois aux voeux du saint-siége et de la cour, passa

' Math. Westmonast. Flores Histor. , ad ann. 1066.

' Order. Vital , lib. 4. — Annal. Wai'crley.

' « Imbecillitas mearum virum, morumque indignitas prselatain médium nihil profuit , excusatio incognitœ linguae , gentiumque barbararum, nullum apud eos (legatos apost. ) locum invenit. » Lanfranci Epist. atl pap. Alexandr. , dans le lom. x\m de Max. Biblioth. Patrum.

5o LANFRANC, ARCHEVÊQUR

en Angleterre, où il fut installé dans le siège à moitié ruiné de Cantorbéry. Témoin des suites des ravages que les conquérans avaient répandus là comme ailleurs, voyant les ressources de ce siège dissipées , et ne trouvant probablement qu'aversion et mauvaise volonté, il ouvrit, par une lettre, son cœur au pape, qui l'avait forcé d'échanger sa position paisible et honorée contre ces vains honneurs entourés de dégoûts. « C'est vous, lui écrit-il, c'est vous qui m'avez forcé d'accepter une dignité à laquelle j'avais opposé en vain ma faiblesse et mon ignorance ; j'ai consenti à ce que vous vouliez; je suis venu ici ; mais hélas ! j'y éprouve chaque jour tant de peines , je vois de toute part tant de haine , de perversité, d'avidité, de troubles; je prévois si bien la chute de l'église, que je me dégoûte de la vie , et que je suis fâché d'avoir vécu jusqu'à ce jour. L'état présent des choses est bien fâcheux ; mais je prévois qu'elles empireront bien davantage. »'

' « Tôt molestias, tôt tsedia, tantumque ab omni fere bono defectum mentis quotidie sustineo , tam aliorum in diversis personis perturbationes , turbulationes , damna , obdurationes , cupiditates , spurcilias, tantumque S. Ecclesiae casum incessauter video, sentio , ut tœdeat me vita: meœ , etc. » Lanfranci Epist. ad pap. Alexandr.

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