‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 34 sur 255 · REVENUS DU ROI · texte numérisé non relu

REVENUS DU ROI

Alain-le-Noir ' . Eus tache de Boulogne avait eu aussi , comme il a été dit , une riche récompense foncière.

Ce qui restait aux nobles anglo-saxons devait être beaucoup moins considérable que ce qu'obtinrent quelques centaines de Normands. Ce fut presque par une exception que Guillaume donna le comté de Northampton à Waltheof , l'un des chefs les plus considérés de la race vaincue, malgré les complots auxquels il avait pris part.

Guillaume avait fait, comme nous avons vu, une part à Mathilde; mais la plus belle, il se l'était réservée ; elle comprenait les domaines les plus productifs; il eut soin de maintenir les droits et coutumes qui y étaient affectés du temps d'Edouard. Aussi disait-on qu'il avait un peu plus de 1060 livres sterling de revenu par jour ^ ; ce qui ferait environ 4oo>ooo livres sterling par an, et eu égard à la valeur de la livre d'argent de ce temps, et au prix des denrées, le revenu du roi équivaudrait à près de 10 millions de livres sterling du

' Order. Vital , lib. 4.

» « Ipsi vero régi 1060 libr. sterl, 30 sol. 3 obol. ex justis rcdtlitibus Anglia; per singulos dies redduntiir. » Ibid.

UN NORMAND REFUSK LA DOTATION. 7 r

temps actuel ' . Cette somme paraît exagérée % et peut-être Test-ellej quelques auteurs modernes croient devoir la réduire à 5 millions , ou à 5,800,000 livres sterling^. Cependant quand on sait que l'avide conquérant s'était attribué tant de beaux domaines en Angleterre, et qu'il percevait des droits sur beaucoup d'objets, on peut croire qu'il possédait un revenu énorme. Sans ce revenu, comment aurait-il pu faire tant de libéralités aux églises?

Un seul homme de la cour de Guillaume^, et son parent, nommé Gulbert fils de Ricard, après avoir aidé fidèlement le roi à soumettre l'Angleterre, ne voulut accepter ni récompense de ses services , ni faveur du conquérant; de vastes domaines lui furent ofl^erts dans le pays insulaire. Il dédaigna tout , et retourna en Normandie au sein de sa famille^. Cet homme désintéressé fut bientôt oublié par ses compagnons en-

' Voy. Hume, HLstory of England , tome I.

^ P. Pebrer, HUtoiivJinanc. de l'empire britannique. .Paris , 1834 , tom. I , p. 7.

^ Voltaire, £ssai sur l'esprit des nations. — Henry, History oj Great-Britain, tom. m.

■* « Légitima simplicitate pollens , de rapina quicqiiam possidere Qoluit. » Orderic Vital , lib. 6.

y^ DOMESTIQUES DOTES.

richisetpar leroimêDie, à qui il fallait des vassaux dont l'intérêt personnel se liât à celui de sa couronne. Gulbert voua son fils au service de Dieu , dans le monastère de Saint-Evroult, €t son nom disparut dans l'histoire du pajs.

Une foule de gens de guerre, d'artisans , de domestiques, eurent le crédit de se faire donner des fiefs 5 dans les rôles des Normands qui furent nobles en Angleterre, on trouve des arbalétriers, des balistiers, des chasseurs, des cameriers oU valets de chambre, des cuisiniers, des maréchaux) des portiers, un barbier, des oiseleurs, etc. Il est probable que, dans la maison du roi, personne ne fut oublié. Orderic Vital fait remarquer que beaucoup de ces gens eurent des vassaux plus riches que ne l'avaient été leurs propres parens sur le continent.'

Les aventuriers n'avaient pas manqué d'accourir aussitôt qu'on avait su la fortune qu'avaient faite en Angleterre les moindres Normands qui avaient suivi Guillaume dans son expédition. Le

' « In tantum quosdam provexit, ut multos in Anglia ditiores et potentiores habcrent clientes, quam corum in Neustria fuerant parentes, w Order. Vital , lib. 4.

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