ÉVÊQUES RÉCOMPENSÉS
clergé fut également attaqué de la fureur des dotations et des honneurs dans le pays conquis. Il vint des moines qui voulurent régir des abbayes, et des prêtres qui aspirèrent aux évéchés , ou au moins aux doyennés dans les chapitres. On destituait, on chassait les dignitaires en fonction, pourvu qu'on eût du crédit à la cour. Quelques évéchés furent même le prix des services rendus sur le champ de bataille ou de transactions particulières faites avec le prince. Rémi de Fécamp, pour avoir fourni à l'expédition un navire avec vingt soldats, eut l'évêché de Lincoln'. On cria au scandale , le pape cita Rémi devant le saintsiége ; mais tout fut apaisé , et Rémi resta en possession de sa dignité épiscopale. Deux cent quatre-vingts manoirs furent la récompense de Geoffroy, évêque de Coutances, qui s'était bravement battu pour Guillaume , et avait commandé les troupes ". Il laissa cette riche dotation à son neveu le sire de Mow^bray ou Montbray, qui se conduisit si mal, qu'il n'en put jouir long-temps. Voilà, dit Orderic Vital, comme les étrangers s'enrichissaient des propriétés de l'Angleterre,
' Orderic Vital , lib. 4.
' « Magister inilitum fuit. » Ibid.
74 CONDITIONS DES TENUllES.
dont les enfans étaient cruellement mis à mort , ou chassés et exilés de leur patrie.'
Tous ceux qui avaient obtenu des fiefs ou qui avaient conservé ceux d'autrefois, devaient au roi, en cas de réquisition, un service militaire de quarante jours ; de plus , on suivait la coutume féodale de France, d'après laquelle les nobles devaient, pour leurs tenures, un secours en argent, lorsque le suzerain armait son fils chevalier, lorsqu'il mariait sa fille aînée, ou lorsque, fait prisonnier, il avait besoin d'une rançon afin de recouvrer sa liberté. ^
A la mort du teneur du fief, l'héritier devait au roi le relief : c'était pour un comté un présent consistant en huit chevaux tout harnachés, quatre cuirasses, casques, boucliers , lances et épées, etc. Le relief d'un vavasseur consistait dans la moitié de ce présent. Le vavasseur payait son relief à son seigneur lige par le don d'un cheval avec l'armement complet d'un homme, ou faute de cheval, il donnait cent sols. Enfin un vilain donnait en
' « Sic extranei diviliis Angliœ clitabantur, pro quibus filii ejus nequiter interficiebantur, vcl extorres per extera régna irremediabiliter fugabantur. » Orderic Vital, Ijb. 4.
* Ces droits sont stipulés dans plusieurs chartes du moyen âge.