‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 38 sur 255 · A« ROI · texte numérisé non relu

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ture, et voyez s'il y a une loi qui autorise des ennemis à imposer violemment un pasteur aux ouailles. Nous autres ecclésiastiques nous avons au contraire le devoir de nous abstenir des rapines, et de ne rien accepter de ce qui a été enlevé de force. Or, je considère toute l'Angleterre coraime une immense proie que vous avez saisie ; je la redoute avec ses trésors comme un brasier ardent. De quel droit pourriez-vous allouer à moi et à d'autres horûmes qui se sont retirés du monde, ce dont vous vous êtes emparé par la guerre et par le massacre de tant d'individus? 0 puissant prince , et vous ses compagnons , ne vous offensez pas de mes paroles , craigne le jugement de Dieu; je vais retourner avec votre permission dans la Normandie, laissant ces riches dépouilles à ceux qui aiment le monde ; quant à moi , je préfère la pauvi-eté libre qu'ont choisie saint Antoine et saint Benoit. » '

Ainsi parla Guimond j le roi ne put qu'admirer la fierté religieuse de ce moine , et le laissa partir. Les courtisans murmurèrent de la hardiesse de

■ « Liberam paupertatem Christi amo , qiiam Antonius et Benedictus amplexi sunt. « Ibitl.

']S GUIMOJND, ARCIiF-VÊQUJ!;.

l'habitant des cloîtres. Elle fit du bruit en Angleterre ' , où personne n'a\ait encore osé condamner avec l'indignation de la vertu la conduite du conquérant etdeses troupes. Cependant Guillaume souffrait la hardiesse de la parole de la part des hommes d'église. Quand Eldred, archevêque d'York , le mém.e qui avait sacré le nouveau roi , vit ses gens de guerre attaquer les propriétés de l'église, et vint prononcer anathème contre le prince qui les laissait faire, celui-ci ne répliqua rien, et laissa partir tranquillement l'archevêque indigné. Loin de punir Guimond des leçons sévères qu'il avait données aux conquérans , Guillaume se souvint de lui lorsque , par la retraite de Jean , archevêque de Rouen , en 1078 , le siège de cette ville vint à vaquer. Il voulut alors que Guimond fût nommé successeur de Jean , et certes aucun choix n'aurait plus honoré le prince et le clergé. Cependant ceux qui s'étaient sentis blessés de ses reproches lui suscitèrent des obstacles. On disait qu'étant fils d'un prêtre , Guimond ne pouvait opcuper un siège épiscopal , quoique

' n Verba ejus pcr Ângliam late divulgata simf , et subtiliter vcn~ lilata multis displicuerunt. » Orderic Vital, lib. 4.

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