ÉMEUTE DU CLERGÉ NORMAND
Thomas, élevé par Guillaume au siège d'York, eût également un homme d'église pour père. Guimond, sensible à cette anim.osité déclarée contre lui y se retira en Italie , et là le pape récompensa sa vertu en le nommant archevêque d'Averse et cardinal. '
Le clergé de Normandie eut peu de prêtres aussi zélés pour le bien de l'humanité que Guimond; son départ fut un malheur pour le pays. Le clergé normand se signalait par un défaut de discipline , et sans quelques hommes supérieurs , tels que Lanfranc , Guillaume n'aurait guère été capable de réformer par ce clergé celui d'Angleterre , encore plus grossier et plus vicieux : on le voit par les fréquens conciles tenus vers cette époque en Normandie , pour rétablir la discipline ecclésiastique. Dans un synode présidé par l'archevêque de Rouen , à l'effet de forcer les prêtres de renvoyer les concubines avec lesquelles ils vivaient, ceux-ci, furieux du trouble porté dans leurs habitudes, s'insurgèrent contre l'archevêque, et le poursuivirent à coups de pierres. Le prélat
■ Orderic Vital , lil). 't.
Bo , AFFAIRES DE FLANDRE.
en s' enfuyant s'écria : « 0 Dieu! les ennemis envahissent ton héritage ! m '
Il confia sa peine à Lanfranc ; celui-ci répondit par une lettre de consolation , dans laquelle il félicite le prélat de ce que i'infamie de son clergé a été enfin mise au grand jour '. Nous aurons d'autres scandales de l'église normande à raconter dans la suite.
Guillaume était depuis près de quatre ans absent de la Normandie. Ni Robert son fils , ni Mathilde, n'avaient assez de fermeté pour protéger la province contre les orages qui la menaçaient du dehors. D'une part le Maine était troublé , de l'autre les affaires de Flandre, qui touchaient la dynastie normande de près, puisque Mathilde était la fille du comte de ce pays, mettaient en mouvement et les armes du comte de la Frise , et celles de l'empereur d'Allemagne, et celles de la France; la Normandie ne pouvait par plusieurs motifs y rester étrangère.
Baudouin V, comte de Flandre, et père de
' Orderic Vital, lib. 4.
' Ij^nfrànci Epistola ad Johann, archiepisc. ; Bessin, Concilia Hoihomag. eccles., pars 2».
AFFAIRES DE FLANDRE. 8l
Mathilde avait deux fils dont il destinait l'aîné, appelé Baudouin, à lui succéder. Le cadet, Robert, préférant la vie aventureuse à un séjour paisible et subordonné dans sa patrie , alla combattre avec les Normands d'Italie dans l'empire grec, où il espérait se faire un établissement ; mais ce projet ayant échoué, il revint avec des navires et des troupes en Europe, débarqua dans la Hollande , comprise alors encore dans le comté de Frise , et disputa ce comté à Gertrude de Saxe , veuve du dernier comte Florent. Cette veuve n'étant pas assez forte pour repousser un agresseur acharné , consentit à lui donner sa main , et à partager le gouvernement de la Frise avec lui. '
Ce fut alors que Baudouin, frère de Robert devenu comte de Flandre, vint combattre l'agresseur, et essayer de le chasser de la Frise. S'il avait secouru Gertrude contre Robert , on aurait approuvé son expédition ; mais il vint pour punir son frère , quand il se fut marié avec la comtesse de Frise; on jugea son intervention intempestive; et comme il périt dans l'attaque, le monde le
■ Lambert d'Ascliaflenbourg , Annal. Rer. in Germania, etc., ad ânn. 1076. — Orderic V ital altère la vérité des causes de cette guerre.
Sa SÉNKCHAL DE NORM\NDrK
plaignit peu. Son imprudence eut des suites très graves pour sa famille. Robert le vainqueur vint à son tour envahir le comté de son frère, et força Richilde de Hainaut , veuve de Baudouin , à s'enfuir ; elle se réfugia en France, pour se mettre sous la protection du roi : ainsi deux fois Robert avait été la terreur d'une veuve , héritière d'un comté ; la première de ces veuves avait été obligée de l'épouser pour ne pas perdre ses états ; la seconde fut contrainte à tout abandonner pour ne pas tomber entre ses mains.
Ce fut sur ces entrefaites que le roi d'Angleterre envoya en Normandie son plus fidèle compagnon , le sénéchal Guillaume Fitz-Osbern , pour prendre les mesures qu'exigeraient les circonstances tant à l'égard de la Flandre que du Maine. Le jeune roi de France, Philippe, imploré par la veuve de Baudouin, promit de la secourir en combattant pour elle contre le beaufrère qui avait envahi ses états. Il appela sous les drapeaux le ban et l'arrière-ban de ses vassaux. La Normandie ne pouvait demeurer dans l'inaction. Ses enfans, dépouillés de l'héritage de la Flandre , étaient les neveux de Mathilde ; à la vérité, celui qui s'était emparé du comté était son