‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 41 sur 255 · SÉNÉCHAL ENTERRÉ A CORMEILLES · texte numérisé non relu

SÉNÉCHAL ENTERRÉ A CORMEILLES

Dès lors la Normandie renonça comme la France à l'espoir de faire régner en Flandre le fils de Richilde. Guillaume roi d'Angleterre fit une grande perte par la mort du sénéchal Fitz-Osbern. Ce comte avait secondé avec le plus grand zèle l'expédition d'Angleterre , et avait contribué beaucoup à soumettre les Anglo-Saxons. Ils le haïrent comme un de leurs plus grands oppresseurs ^ et lorsque dans la suite son fils perdit son héritage en Angleterre , ils regardèrent la chute de cette famille comme une juste punition du ciel. '

Le corps du sénéchal fut rapporté par les siens en Normandie, et enterré dans l'abbajede Cormeilles, qu'il avait fondée; il en avait fondé une seconde à Lire , dans le pays d'Evreux , où fut enterrée Andelize sa femme. Breteuil et Pacy (dans le département de|rEure), ses biens patrimoniaux, échurent à son fils aîné Guillaume, tandis que Roger, le cadet, hérita de la dotation paternelle en Angleterre, c'est-à-dire du comté d'Hereford et d'autres terres. Dès lors cette famille se partagea comme tant d'autres en deux branches : l'anglaise et la normande. Ce fut probablement la

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mort inattendue de son sénéchal qui détermina Guillaume le Conquérant à passer promptement en Noimandie pour veiller lui-même à la sûreté de cette province. 11 laissa cette fois, pour le remplacer en Angleterre, et avec le titre et les pouvoirs de grands justiciers , Guillaume de Varenne et Richard de Bienfaite : le premier de ces deux hauts fonctionnaires normands était fils d'une nièce de Gonnor , de laquelle descendaient aussi les derniers ducs de Normandie ; quoique son fief de Varenne ne fût pas un des plus considérables , il joua pourtant en Angleterre un rôle important; il obtint près de trois cents manoirs de la conquête , et fut créé dans la suite comte de Surrey; ses descendans furent long-temps au nombre des barons les plus puissans de l'île conquise. Son collègue Richard de Bienfaite, fils du comte Gilbert de Brionne , ne fut guère moins puissant. Il obtint dans la suite le comté de Clare en Suffolk, et résida au château de Tunbridge en Kent '. Ces deux grands justiciers remplirent parfaitement l'attente de Guillaume comme nous ne tarderons pas à le voir.

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S6 lOyS. EXPÉDITION DE GUILLAUME

Le roi s'embarqua donc en loyS, une deuxième fois pour la Normandie , en ayant soin de se faire accompagner des troupes d'origine anglaise qu'il avait enrôlées ; peut-être étaient-ce des gens des domaines qu'il s'était attribués après la conquête. Son intention était de s'en servir pour soumettre les Manceaux, qui, excités par le seigneur de Mayenne et d'autres barons du voisinage, s'étaient soulevés, refusaient de reconnaître le don que le dernier CQmte du Mans, Herbert, avait fait à Guillaume decette seigneurie, et faisaient même des incursions sur le territoire normand.

Guillaume n'aimait pas les Manceaux, s'il est vrai, comme l'assure Orderic Vital , qu'il ait dit un jour à son chapelain Samson : « Le siège épiscopal du Mans est vacant. Les Manceaux sont un peuple féroce , acharné contre leurs voisins , et toujours en rébellion contre leurs maîtres. Toi que je chéris depuis l'enfance, je te confie la direction spirituelle sur eux. ' » Samson refusa, en prétextant son incapacité; mais il recommanda un pauvre clerc breton de la chapelle du roi ,

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nommé Ouel. Quand Guillaume le vit, il s'indigna d'abord de ce qu'on lui recommandait, pour l'évéché, un homme d'un extérieur si humble et si peu prévenant. Cependant son chapelain fit un si grand éloge du savoir et des vertus de ce clerc, que le roi consentit enfin à l'admettre pour cette dignité. Ouel finit par être archevêque de Tours. '

Aussitôt que Guillaume fut arrivé en Normandie, il fit des préparatifs de l'expédition qu'il avait méditée contre le Maine. Ayant appelé sous ses bannières les Normands, il les réunit aux troupes amenées d'Angleterre, et marcha avec eux contre les insurgés. Il ravagea les terres du Maine, et mit d'abord le siège devant le château de Fresnay, qui, effrayé de cette attaque subite, demanda promptement à capituler. Toutes les petites villes et tous les bourgs dont il approcha , se soumirent avant même qu'il fît des sommations; les bourgeois et le clergé allaient au-devant de lui , et demandaient humiblement à lui prêter serment de fidélité. Sa marche à travers le Maine aurait été plutôt le voyage d'un seigneur venant recevoir

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