‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 48 sur 255 · I02 MORT DV COMTE DE MORTAGNE · texte numérisé non relu

I02 MORT DV COMTE DE MORTAGNE

tagne et au Mans ; ceux qui avaient à se plaindre du père, et le nombre en était grand , prirent parti pour Robert. Son père était obligé de faire des libéralités, et de prendre tous ceux qui se présentaient pour servir dans son armée. C'est ainsi que sans aucun scrupule , il reçut Rotrou , comte de Mortagne, que l'évéque de Chartres avait excommunié pour tout le mal qu'il faisait à l'Église. On s'exposait alors aux foudres ecclésiastiques en recevant chez soi un excommunié, à plus forte raison en employant ses services ; mais Guillaume ne craignit pas l'évéque de Chartres , qui , d'ailleurs, se tint en repos : mais d'autres se chargèrent de le venger. En effet, au siège du châteaufort de Regmalard occupé par les mécontens, Rotrou fut assommé par les soldats , et son corps fut jeté avec mépris aux pieds d'un comte Roger', contre lequel Rotrou avait guerroyé, et qui était son ^nnemi personnel. Vraisemblablement les meurtriers restèrent impunis.

Ijes fêtes religieuses firent, en loyS, diversion

' « Deinde cadaver infausti praedonis veliit occisum suem super equum sustulerunt, et delatum ante mappalia Rogerii comitis.... projecerunt. » Orderic Vital , lih. 4.

lO^S. — COWSFCKAÏION DES ÉGLISES. 1 o3

aux petites guerres des mécontens contre Guillaume. Depuis la conquête d'Angleterre , la construction des églises en Normandie avait pris une nouvelle activité , grâce aux dons que les barons et les évéques richement dotés en Angleterre firent aux établissemens religieux de leur pays, et par lesquels ils voulaient expier quelquefois les larmes que leur oppression avait fait répandre dans l'île conquise. Plusieurs églises venaient d'être achevées , et il ne leur manquait que la consécration solennelle. L'archevêque Jean avec ses évéques sufFragans profita de la présence de la cour pour procéder à cette solennité, qui recevait encore plus d'éclat par l'assistance de Lanfranc et de Thomas, les deux archevêques d'Angleterre, qui revenaient de Rome et apportaient les privilèges que Guillaume avait demandés pour les nouveaux établissemens religieux , spécialement pour ceux de Caen '. On se rendit d'abord à Bajeux. Déjà, quelques années auparavant, le roi avait donné à cette église les biens qu'il avait confisqués sur Grimoult du Plessis, qualifié de traître et

Orderic Vital , lib. 5.

ro4 MONASTÈRE DU BEC

de parjure dans la charte de donation ' . C'était un des Normands qui s'étaient laissés entraîner par Guy de Bourgogne à disputer la possession de la Normandie à Guillaume, lorsqu'il sortait de l'âge de la minorité. On sait que le jeune duc vainquit ce parti au Val-des-Dunes , en 1 047 •

On bénit ensuite la nouvelle cathédrale d'Évreux, puis l'église du nouveau monastère du Bec, situé dans une vallée agréable, et construit aux frais d'un seigneur appelé Herluin ou Hellouin, vassal de Gislebert de Brionne, qui, dans une expédition périlleuse dans le Ponthieu , avait fait vœu de se consacrer au culte de Dieii, s'il en revenait sain et sauf. Étant échappé en effet, il s'occupa d'accomplir son vœu, et après avoir construit avec ses faibles moyens un petit monastère, il voulut en être le premier abbé, et achever sa vie dans ce lieu de sa fondation ^ Ce monastère, qui, dès les premiers temps, eut le bonheur d'avoir des habitans studieux, devint le principal foyer d'instruction en Normandie. Aussi à ses modestes commencemens , succéda une époque de prospé-

' Charte de Guillaume , de l'an 1074 , Inslriimenta cccles. Jittjoc. n" 3 , dans le loin, xi de G allia Chriitiana. ' Ordcr. Vital, lil>. Ik

SKS PRIVILEGES.

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rite et même d'opulence. Peu de temps après la fondation , il fut affranchi de la juridiction épiscopale. En lui accordant cette faveur, l'archevêque stipula que toutes les fois qu'il s'agirait , dans la paroisse de l'abbaje, d'un délit ou d'une accusation qui exigeait l'épreuve du fer chaud, la cause pourrait être portée aux plaids de l'abbé du monastère ou à ceux de l'évêque du diocèse ; ou bien l'évêque pourrait faire porter par des délégués à la cour de l'abbé le fer sacré qui devait décider de la culpabilité ou de l'innocence de l'accusé. Les amendes devaient appartenir à l'abbé ; de son côté, celui-ci promit de laisser à l'archevêque tous les droits accoutumés. '

Si vous cherchez aujourd'hui les restes de cette abbaye, d'où les lumières de la science se. répandirent dans la Normandie , et qui influa même beaucoup sur la civilisation de l'Angleterre , vous ne trouvez plus dans la vallée arrosée par le Bec que l'ancien beffroi. C'est tout ce qui en reste.*

' Insigne prU'ilegiuni S. Amelmo et eccles. Beccensi concessum, vers 1080; Instrum. eccles. Rotomag. , n° 13, dans le tom. xi de GalUa Christiana.

* A. Le Prévost , Mémoires sur (juelques monumcns du Jéi)ctrle~ ment de PEurc. Cacn , 182Î) , in-4 , § 9.

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