II 4 MÉDECIN DU ROI, ÉVÊQUE DE LISIEUX
mand ne devait pas l'inquiéter davantage. N'avaitil pas envoyé en Italie assez de présens pour contenter , comme dit l'historien Orderic Vital , l'avidité des Romains'? Que pouvaient-ils opposer à sa volonté ?
En attendant la décision de Grégoire VII, le roi donna le siège vacant de Lisieux, à un de ses chapelains , Gilbert , surnommé Maminot , qui était en même temps son médecin , et probablement aussi son astrologue. Tous les chapelains du roi obtenaient par sa faveur des évéchés ; son médecin ne pouvait être oublié, quoiqu'il n'eût guère de vocation pour la dignité épiscopale. C'était un ami des plaisirs mondains et de la bonne chère, passionné pour la chasse et les oiseaux, grand joueur, mais sans goût pour les devoirs ecclésiastiques. Ces défauts avaient été presque de bonnes qualités à la cour; dans son diocèse, ce furent des vices. Au lieu d'édifier les chanoines de sa cathédrale , il fit bonne chère avec eux , et rendit son chapitre le plus gai de la Normandie'.
' « De divitiis anglicis larga munera cupidis Romanis ubertiin dederunt. » Ordcr. Vital, lib. 5.
• 0 Familiares collegas conviviorum et colloquiorum sibi benigniter applicavit. » IbUl.
ARCHEV:ÊQUE DE «OUEN DÉPOSK. Il5
Toutefois , son épiscopat ne fut pas entièrement inutile à son diocèse , car ces mêmes chanoines avec lesquels il buvait et jouait, il leur inspira le goût des mathématiques , de l'astronomie et de la physique, autant du moins que l'on étudiait alors ces sciences; il les rendit trop mondains, mais il leur donna des connaissances utiles ; mauvais évêque, il fut au moins bon instituteur pour son clergé'. Cependant le pape, sollicité par Guillaume, avait chargé soniégat Hubert d'examiner la conduite de l'archevêque de Rouen , avec plein pouvoir de le déposer , si son incapacité ou ses infirmités étaient avérées. Le légat présida un synode qui décida comme Guillaume et probablem.ent le peuple le désiraient, car le peuple haïssait ce prélat irritable plus que Guillaume. On racontait qu'ayant voulu exercer encore son droit d'officier à la solennité de Saint-Ouen , il avait été forcé par ses infirmités de quitter l'église au milieu de l'office, et en cela, on voyait la punition du ciel à cause des troubles que le prélat avait suscités dans cette même église, peU d'années au-
■ a Fertilique documento arithmeticae et astronomiae , et multiplicis physicae, aliariimquc profimdarum erudivit. » Order. Vital, lib. 5.
I î6 1080. STATUTS
paravant' . Il fut déposé en 1078, et mourut l'année suivante. Le roi avait eu soin de lui choisir pour successeur l'abbé du monastère de Caen , Guillaume, surnommé Bonne- Ame, dont le caractère inofFensif ne pouvait le gêner dans aucun de ses projets. Ce prélat eut le mérite de perfectionner le chant de l'église, car il avait une belle voix *. Dans les annales du temps , on a signalé les hommes qui ont favorisé le chant d'église ; ils ont en effet été, sans le savoir, les premiers fondateurs de l'art de la musique moderne. Le pape ne trouva pas ce prélat égalem^ent docile : nous ne tarderons pas à voir les graves démêlés que le saint-siége eut avec lui.
Pour la fête de Pentecôte 1080 , que Guillaume se proposait de passer à Lillebonne, ancienne ville romaine , où les ducs de Normandie avaient un château , il avait fait convoquer les évêques et les barons du duché, son intention étant d'arrêter plusieurs lois et réglemens concernant l'église et l'état. Nous possédons en entier les statuts qui y
' Order. Vital , lib. 5. — Gallia Christ. , lom. xi. Vie de Tarchevêque Jean.
' « Cantor peritissimus... aptissimam ad cantum vocem liabcbat. » Order. Vital , lib. 5,