‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 89 sur 255 · DE BELLÊME · texte numérisé non relu

DE BELLÊME

rendait à la cour du roi , à Rouen, lorsqu'il apprit que Guillaume venait de mourir; aussitôt il revint à Alençon, et profitant de la consternation générale, il expulsa les gardes royaux du fort, et l'occupa '. Puis il se rendit à Bellême et dans ses autres châteaux-forts, qui tous rentrèrent sous son obéissance. Voyant le succès de sa hardiesse et l'abandon où se trouvaient les royaux, il prit possession de quelques châteaux-forts de ses voisins, contre lesquels il avait guerroyé auparavant, et les détruisit en partie "*. C'étaient là les habitudes d'un vassal qui désola long-temps encore la Normandie par ses guerres , et qui tourmenta également l'église, la noblesse et le peuple , jusqu'à ce qu'il trouvât enfin son châtiment dans la captivité % comme on le verra plus tard. Déjà, sous les ducs précédens, les Bellême avaient troublé l'État, et on les regardait comme les barons les plus arrogans de la Normandie. « En tout temps, dit Wace, les Bellême furent pleins de méchanceté et d'orgueil.'^»

' Orderic Vital , lib. 8.

' Ihid.

' IbiJ.

4 « Tuz tenis furent malicius

Cil (le Belesme et orguillus.

Roman de Roit, t. I , v. 5681-2.

l8o LIBKRALITK DU DUC ROBERT.

On verra fréquemment Robert figurer dans les guerres civiles du pays.

A son exemple, le comte d'Evreux, les seigneurs de Breteuil et de Conches expulsèrent les garde» du roi , se rendirent maîtres des places fortes , et bientôt on les vit recommencer leurs querelles guerrières, dans lesquelles ils consumèrent le butin qu'ils avaient fait en Angleterre. C'était, ditOrderic Vital , le juste châtiment de leurs rapines passées.*

L'indolent Robert ne fit rien pour arrêter ces désordres si désolans pour la population laborieuse du pays. Il fut gracieux, au contraire, pour les barons qui donnaient l'exemple de l'insurbordination , et leur abandonna imprudemment des châteaux-forts qui étaient de son domaine. Ainsi , Guillaume de Breteuil reçut de lui le château d'ivry, qui passait pour très fort, et il donna celui de Brionne, également bien fortifié, à Roger de Beaumont, qui avait auparavant gardé Ivry au nom du roi .Beaucoup d'autres reçurent des dons du nouveau souverain , dont la libéralité ne connais-

' « Opes quas Anglis aliisquc gentibus violenter rapuerant , merito latrociniis et rapinis perdiderunt. » Eccles. Histor. , lib. 8.

TL ENVIJ<: LA ROYAUTIi DE SON FRKRE. lÔI

sait pas de bornes, et qui était encore plus libéral de promesses que de dons inconsidérés ' , et ils eurent bientôt épuisé son trésor, d'ailleurs peu considérable. C'est alors que cette âme insouciante voyait d'un oeil d'envie son frère puîné assis sur le trône d'Angleterre , tandis que lui , l'aîné de la famille, était obligé de se contenter d'un duché , et n'avait pas même de quoi faire les frais d'une expédition contre celui qui avait pris la plus belle part de l'héritage paternel.

Son oncle Eudes, évéque de Bajeux, délivré de prison depuis la mort de Guillaume, avait su captiver ses bonnes grâces, et Robert voyait avec plaisir à sa cour un parent qui connaissait les affaires et savait agir. Il semblait que la prison avait donné une nouvelle activité à l'esprit de ce prélat remuant. Depuis le partage des états de Guillaume-le-Conquérant entre ses deux fils, l'évéque Eudes et d'autres seigneurs qui possédaient des terres en Angleterre et en Normandie , sentaient l'inconvénient d'obéir à deux frères aigris l'un contre l'autre. Us ne pouvaient se dis-

' « In erogando prodigus , in promittendo diffusus , ad mentien-» dum levis et incautus, etc. » Eccles. Histor., lib. 8.

lb2 CONSPIRAÏIOK

simuler que lorsque la guerre éclaterait entre Guillaume-le-Roux et Robert-Courteheuse , leur* terres et leurs titres en deçà, ou au-delà du détroit de la Manche, courraient de grands risques. Ceux qui préféraient le séjour sur le continent, et étaient plus Normands qu'Anglais, auraient voulu que les deux états eussent été réunis de nouveau sous le règne de Robert , qui étant faible et insouciant de son naturel ' , leur promettait un gouvernement plus doux et peu gênant pour eux. Le turbulent Eudes ne tarda pas à agiter cette affaire dans leurs conciliabules; Robert de Belléme, Eustache de Boulogne et autres barons, tous bien dotés en Angleterre, indépendam^ment de ce qu'ils possédaient sur le continent, et même quelques évêques , approuvèrent beaucoup le projet de tenter de faire passer la couronne sm^ la tête de Robert j il fut même proposé de prendre Guillaume-le-Roux vivant et de le livrer à son frère, ou, si cela était impossible, de le mettre à mort \

' « Omnes ducem Robertum moUem esse desidemque cognoscebant, etc. » Eccles.Histor., lib. 8.

* « Hune sibi asciscere in regnum , fratrenf vero aut fratri tradere vivum , aut regno privare peremptum. « Florent. Wigorn, Chronic, ad ann. 1088.

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