‹ Histoire de la Normandie sous le règne de Guillaume-le-Conquérant et de ses successeurs, depuis la conquête de l'Angleterre jusqua la réunion de la Normandie au royaume de FranceChapitre 90 sur 255 · DES SEIGNEURS NORMANDS · texte numérisé non relu

DES SEIGNEURS NORMANDS

Le duc Robert, qui ne demandait pas mieux que d'être roi d'Angleterre , comme l'avait été son père , promit de les seconder par des secours en hommes et en argent.

Us partirent peu de temps après pour l'Angleterre , et se préparèrent dans leurs vastes possessions à la guerre qu'ils allaient faire au nouveau roi Guillaume.

Cependant Robert, loin d'avoir de l'argent pour des expéditions d'outre-mer, n'en avait déjà plus pour ses propres besoins. Il s'adressa donc à son frère Henri , qui, moins prodigue que Robert, et héritier d'un trésor de 5,ooo livres d'argent, mais sans terres, se trouvait dans ce moment plus à son aise que le duc de Normandie. 11 promit de prêter à son frère 3,ooo livres, si l'on voulait lui céder le Cotentin , cette province si fertile qui , déjà auparavant , avait été détachée de la Neustrie en faveur des Bretons. Robert, très indifférent sur l'intégrité du territoire normand , céda en conséquence le Cotentin à son frère Henri. Wace assure qu'il le donna seulement en nantissement de son emprunt ' ; mais Orderic Vital

' M Costentin en gage reçut

l84 LE COTEWTIN CÉDÉ A HENRI.'

présente la transaction comme une cession entière'. 11 se peut que Robert ait stipulé qu'il rentrerait en possession du Cotentin, s'il remboursait la somme empruntée; mais de sa part, c'était faire une stipulation inutile.

Ainsi , un tiers de la Normandie passa sous la domination de Henri , et les trois fils de Guillaumele-Conquérantse trouvaient tous souverains, quoique de territoires très inégaux. On ne soupçonnait pas alors que celui qui , en ce moment, avait la plus faible part , les prendrait un jour toutes les trois.

Henri avait pris en affection, à la cour de Normandie , Richard de Reviers, fils de ce Baudouin de Meules , comte de Brionne, qui avait contribué à la conquête de l'Angleterre, et avait reçu pour sa dotation le vicomte de Devonshire, avec cent soixante-neuf manoirs. Le fils relevait, comme d'autres seigneurs, duroi d'Angleterre et du duc de Normandie : du premier, pour ses fiefs dans le Devonshire ; du second, pour sa baronnie de Reviers,

Et tant lunges aveir le dut Ke li Dus le soen li rcndist. »

Roman de Hoi4, t. il, v. i/^SiS-ZO.

' flcclcs. Histoi: , lib. S.

RICHA.RD DE REVIERS. l85

aux environs de Caen. Henri désira attacher Richard de Reviers à son service , et demanda à son frère Robert Courteheuse , qu'en sa qualité de suzerain, il le dispensât de ses devoirs de vassal. Robert y consentit , et Richard passa , quoiqu'à regret , sous la suzeraineté du nouveau seigneur du Cotentin, oii il eut le fief de Nehou'. Mais dans la suite, quand Henri fut monté sur le trône d'Angleterre , il fut élevé au rang de comte de Devon et de seigneur de l'île de Wight. Ce fut alors une des familles puissantes d'Angleterre, qui se vantait de son alliance avec la famille régnante, étant issue, comme Guillaume-le-Conquérant , de Richard I*"^, duc de Normandie.

Cependant, l'évéque Eudes et les autres Normands d'Angleterre qui avaient résolu de ne pas obéir à Guillaume-le-Roux , commencèrent de prouver leur insubordination par des pillages et d'autres actes de violence qu'ils exercèrent à l'entour de leurs terres. Bientôt il n'y eut plus de sûreté aux environs des châteaux d'Eudes l'évéque , d'Osbern, d'Eustache de Boulogne, de Bernard de Neufmarché et d'autres seigneurs dotés en

' Wacc, Hnman de lioii, tom, ii , f. 307.

l86 ANGLO-SAXONS APPELÉS

Angleterre. Ni parens ni compatriotes ne fuient épargnés par les insurgés ', Guillaume-le-Roux, qui avait hérité de l'énergie de son père, tandis que son frère Robert en était entièrement dépourvu , fut extrêmement courroucé de leur audace. 11 convoqua les évéques et les barons, et pour se concilier les indigènes, il appela à ce conseil aussi les Anglo -Saxons; c'étaient sans doute ceux qui avaient conservé leurs biens ou qui avaient reçu des fiefs ; car il n'est pas présumable que le roi ait consulté le peuple. Ces hommes, si maltraités, si méprisés sous Guillaum.e-le-Conquérant, furent flattés de compter de nouveau au nombre des appuis du souverain , qui leur donnait des privilèges et leur promettait le partage des terres'; de leur côté ils promirent lem^s secours, et ne demandèrent pas mieux que de marcher sous les bannières normandes contre les ennemis du roi. Ils lui fournirent des gens d'armes à cheval et à pied.^

' « Ecce factum execrabile : ecce bellum, et plusquam civile ; pugnabant enim parentes in filios , etc. » Florent. Wigorn. Chron., ad ann, 1088.

' « Statuens leges , promittens fautoribus omnia bona. » Florent. Wigorn. Ibid.

' OrderJc Vital, lib. 8, exagère évid<;ininent lorsqu'il parle de

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