LES TALVAS
membre n'était mort naturellement ' . Elle portait presque toujours les armes contre le souverain du pays ou contre ses voisins , et faisait un mal incalculable à sa patrie.
Guillaume de Bellême avait été autrefois pris par le duc Robert, contre lequel il s'était révolté , et il avait été tué dans la prison de la petite ville de Balon. Ses fils ne furent pas plus fidèles à leur serment que le père. C'était sur les bords de l'Orne que cette famille répandait la terreur et la misère. Bellême était sa principale conquête ; Alençon était obligé de lui obéir. Malheur aux nobles du voisinage qui osaient disputer quelque terrain , quelque château-fort à cette famille ou menacer ses possessions ; elle n'avait de repos qu'après avoir réduit à l'impuissance ou à la misère le voisin téméraire qui entrait en lutte contre elle; aussi autour de Bellême et d' Alençon, les châteaux étaient occupés par les Talvas , ou avaient été ré-
Wout plus feluns en nul réalnic , Plusurs d'els par lur félunie Finerent malement lur vie.
Wace, Roman de Rou, t. i , v. 7624-26.
MABILLE DE MONTGOMRRY. igS
duits en cendres par eux; le roi Guillaume les avait comprimés de son bras puissant ; et en mettant garnison dans leurs principales places fortes , il les empêchait au moins d'en faire des repaires de leurs crimes ; mais à peine Guillaume fut-il mort que leur chef, Robert deBelléme, chassa, comme nous avons vu, les gardiens du roi , se remit en possession de ses châteaux-forts, et devint de nouveau le fléau du pays alenconnais.
Il y avait dans cette famille une femme qui valait Robert de Belléme, pour l'audace avec laquelle elle s'emparait des châteaux et des terres de ses voisins. Cette femme était sa mère Mabille , femme de ce Roger de Montgomery qui s'était tant signalé à la bataille d'Hastings, et que le Conquérant avait comblé de biens en Angleterre. Le chroniqueur de Saint-Évroult, Orderic Vital, la représente comme une femme violente, injuste et sanguinaire ', comme l'ennemie des moines de ce monastère , auquel elle fit beaucoup de mal '. Ses violences avaient forcé plusieurs voisins nobles, expulsés de leurs biens , de chercher leur
' « Crudelem fœminam ([uae multo sanguine madebat. » Eccles. Histor. , lib. 6.
^ Ibid.