LITURGIE SYRIAQUE
Il y a deux liturgies orientales dont nous n'avons rien dit dans notre travail, parce qu'elles n'ont point de notation musicale : ce sont les liturgies syriaque et copte. Il est bon cependant que nous en disions quelques mots, qui oe seront pas déplaces ici.
La liturgie syriaque passe pour avoir été à peu près diîfinitivement organisée par saint Épbrem, lequel vécut et mourut dans le iv* siècle (SjB) de l'ère chrétienne; cependant la liturgie syriaque existait bien avant, dans une forme moins complète, sans doute, mais dans une forme quelconque. Cette litui^e contenait des hymnes qui se chantaient dans un mètre et sur un ton particuliers. Bardesane, le célèbre auteur gnostique du ii* siècle', parait y avoir travaillé beaucoup, car ses mètres et ses tons sont demeurés célèbres. Saint Épbrem déclare avoir composé plusieurs de ses cantiques (au moins soixante et dix) dan» let mode» Je BarBetaae, c'est-à-dire dans ses mèlre* et dans ses umt, ou où-*.
Les ressources manquent pour connaître la musique religieuse des peuples de la Syrie; il n'en existe aucun livre noté, et le chant se transmet de génération en génération, oralement et vocalement. «Pas un livre de musique en langue syriaque, dit Fétis^, ne parait avoir été écrit, même au temps des Séleucides, où les deux littératures grecque et syrienne étaient cultivées. »
Les églises de Syrie se partagent en quatre rites différents ; le rite netlonm, te rite jacobite ou vumophy^te, le rite maronite et le rite mekhite. Nous ne parlons ni du rite Ê^rien-eaAolique, qui est la variété orthodoxe du rite jaeobite-monophytite, ni du rite «AaliÂMteitonen, qui représente la variété orthodoxe du rite nutorien proprement dit.
Pour ce qui regarde la poésie, ébtiîtement unie à la musique dans les liturgies d'Orient comme dans les liturgies d'Occident, les quatre rites dont nous venons de parier possèdent une grande variété de mètres, dont trois portent des noms particuliers, sans doute par cette simple raison qu'ils ont été plus spécialement cultivés par leurs auteurs. Le vers de sept syllabes porte le nom de M'ehouUo èCEpkrem, parce qu'il a été cultivé par saint Épbrem au iv* siècle; le vers de quatre syllabes porte le nom de M'ehottao de Bdm, parce qu'il a été mis en honneur par Mar Balai un peu plus tard; enfin le vers de douze syllabes, ou le titrmyUabe quatre fois répété, a pris le nom de itchoutto de Jacquet, parce que Jacques de Saroug (45i-59i) l'a employé dans presque toutes ses compositions.
' Cf. Ernest BeosD, Marc-Âvrik, iaS', p. hh» et i&3. Paris, : ' Bitîoire géîirûh de la vmtiqtie, L IV, p. 60.
îd'byGooc^le
Il Y aurait ici une questioo à poser : à savoir si ces trob mètres doDt on connatt les noms ne se distinguaient pas aussi par une musique particulière inventée par saint Éphrem, Mar Balai, Jacques de Saroug; mais on ne peut faire là-dessus que de pures conjectures. Il est cependant probable que ces trois mètres : Yépfiremmto, le balattto et le jacoboito, se distinguaient par la mtin^, et que c'est pour cette raison qu'on leur a donné des noms particuliers. Allons plus loin, et passons à ce que nous savons de la musique syriaque.
Nous ne parlerons pas de la musique dans le rtte melcbite, qui est une fusion de la musique grecque et jacobite. Nous nous contenterons de faire observer que la musique grecque a pénétré aussi chez les Jacobites avec l'bxjévx^**^ mais cette importation n'a pas été universellement reçue. Là où elle a été reçue, on peut dire que le chant a huit modes pour base. Ces huit modes sont dans le registre de la voix de ténor, les voix de basse étant presque inconnues dans ces régions à température élevée. La mélodie est renfermée dans un petit nombre de notes, c'est-à-<lire une quarte, une quinte, ou une sixte au plus.
Pour les dimanches et fêles on élève te diapason des modes; on l'abaisse pour les simples jours fériés.
Les manuscrits syriaques de liturgie n'ayant pas de notation de musique, et aucun musicien énidit n'ayant recueilli dans le pays le chant des offices appartenant aux églises des diverses sectes, on ne sait pas toujours quelles sont les parties de ces offices destinées è être simplement récitées ou chantées, et Ton ignore complètement sur quel ton il faut les chanter. Les paroles d'une même antienne se chantent sur une mélodie différente dans les huit tons, suivant le degré de solennité des fêtes et des époques de l'année.
Espérant en apprendre davantage sur la musique syriaque, nous avons fait prier M. l'abbé Martin, orientaliste en renom, pour lequel les textes syriaques sont d'une lecture courante, de bien vouloir nous communiquer ce qu'il sait à ce sujet. Dans sa lettre du ig décembre i88t, le savant abbé confirme ce que nous venons d'exposer sur l'absence de toute notation chez ce peuple, et il dit :
«Un air est attaché à une chanson, un poème, une hymne, et désormais cette hymne, ce poème, cette chanson serviront è désigner à la fois le mitre et l'oir. C'est à peu près le rAle de Yelpptée en grec, de Yarta en italien et de IW en français-, nous disons dans le même sens : sur l'air de
«La seule notation musicale que j'aie trouvée chez les Syriens ne porte que sur la dernière stjUahe, et encore n'ai-je remarqué cette notation que chez les Nestoriens et les Chaldéo-Nestoriens. Dans les manuscrits liturgiques de cette fraction de la race syrienne, on remarque assez souvent des lignes écrites à l'encre rouge, et placées isolément, ou par deux, par trois, par quatre sur la dernière syllabe du mot, de la manière suivante : |^^, 'Ua-j '{•&■■> c^c. Ces traits indiquent une ritowrmMe qui, dans le chant, se fait sur cette note, quelque chose d'analogue au tieume du plain-chant des Latins.
«Les Nestoriens et les Chaldéo-Nestoriens ont fréquemment de ces ritournelles, un peu nasillardes, ne dépassant pas un intervalle de deux ou trois notes comme étendue, et qui cependant ne sont pas dépourvues d'une certaine grâce. »
yGoot^lc
M. l'abbë Martin a publié' le fac-similé d'un de ces passages liturgiques, mais la QOtalion y est indiquée en noir au lieu de l'être en rouge. En voici un fragment :
Le savant orientaliste insiste sur ce qu'il n'a rencontré cette notation (ou ce qu'il appelle une notation) que chei les Nesloriens et les Cbaldéo-Nesloriens, et qu'elle n'existe pas chez les Syriens proprement dits, les Melchites et les Maronites.
«n y a une quincaine d'années, ajoute-t'il, j'avais prié un de mes amis, excellent musicien, de me noter en musique quelques chants orientaux; je faisais chanter devant lui des Syriens; il essaya plusieurs fois, mais sans résultats favorahles, parce qu'il trouvait des n«te* qu'il ne pouvait figurer avec notre notation musicale', n
Tout nous porte À croire que ces note* étranges sont des qwa-\x ie Ion, que M. Bourgault-Ducoudray signale dans son travail sur son voyage en Grèce, et qui existaient également, à ce que l'on suppose, chez les anciens peuples helléniques.