HINDOUS ET PERSANS
La première idée de noter les sons musicaux par les lettres de l'alphabet, soit en conservant leurs formes usuelles, soit en leur faisant subir certaines modifications, paraît avoir pris naissance dans l'Inde. Il n'est pas douteux que la notation des chants de ce pays ne remonte à une antiquité fabuleuse. On trouve dans le cinquième chapitre du livre de Soma, qui fait partie de la grande collection des Védoi, et intitulé Râgavxboda (Doctrine des modes musicaux), plusieurs airs notés en lettres de l'alphabet sanscrit, et William Jones, auquel nous devons les principaux détails connus jusqu'à ce jour sur la musique de ce pays, berceau de notre civilisation, considère le livre de Soma comme un des plus anciens ouvrages des Brahmanes, sinon le plus ancien de tous.
Il ressort des plus vieux traités de musique des Hindous que leur système faisait partie intégrante de leur théogonie et de leur cosmogonie. Leurs premiers musiciens avaient divisé l'octave en vingt-deux parties égales, un peu plus fortes que des quarts de ton, et appelées troutîs. Leur gamme se composait de sept intervalles (les sapUdca du sanscrit'), dans lesquels étaient inégalement répartis les vingt-deux intervalles plus petits, combinés dans trente^ix modes, correspondant, suivant les théoriciens, aux passions et aux affections de l'âme, mais dans lesquels certaines notes sont supprimées.
Il ne faudrait pas juger de la musique de llnde ancienne par celle de l'Inde contemporaine, qui n'en peut donner la moindre idée, car elle est à peu près nulle et réduite presque uniquement aux seuls instruments de percussion. Depuis bien des siècles toute écriture phonétique a disparu de ce pays, et l'on ne trouverait pas aujourd'hui de musicien hindou capable de déchiffrer la notation antique, ni de jouer quoi que ce soit d'après ces signes. Parsons, qui a écrit un livre choral Indien ', dit que it les Hindous actuels n'ont aucun système de notation musicale 7?.
Quoique les données recueillies jusqu'ici sur la musique de l'Inde ancienne soient trop incomplètes, trop insuOisautes, pour que nous puissions traduire les rares monuments qui nous en restent, nous essayerons pourtant de donner une idée de ce que fut leur notation, en nous aidant des travaux de William Jones' et du capitaine Willard*.
' Cf. Botim, Dot alte Indien, t. II. — Dàiherg, Uebtr die Iduiik dtr InJer. Erfnrt, tSoa. Dalliei^ s'est contenu de traduire William Jones.
' The Hindootlani choral Book, or STCarSangrak-béiKtTis, 1861.
' On Ute mueical mode* oflht Hinduê, dans les i4«iii(ic Rettarthet. Loodrea, 1799.
' A ireatUe onlhe mutic of Hindooitan. Cticttlta, i83â.
L'échelle générale des sons en usage dans l'anciemie musique de l'Hindoustan renfermait trois octaves, lesquelles étaient divisées depuis le la grave
jusqu'au la au-dessus de la portée ;
C'est
dans cette échelle que les théoriciens ont puisé les éléments de leur toualité, et les ont combinés de manière à en obtenir le plus de variété possible.
Les Hindous connaissaient la division de l'échelle des sons par octaves. Les sept degrés de la gamme, sa, ri, ga, ma, pa, âka, ni, qui sont des caractères sanscrits, étaient aussi leurs signes de notation. Les voici :
■ Une seule note de cette gamme était immuable et conservée dans tous les modes: c'est le sa, qui répond à notre la, son par excellence, nécessaire et en quelque sorte pivot de la londité. Comme on le voit, le sa supérieur se distingue de l'inférieur par ce signe (*>), qui, dans l'écriture sanscrite, signiGe ndessusn'. On ignore si cette notation servait pour tous les genres de voix, ou si l'on désignait les octaves par des signes de cette même écriture. Cependant, l'échelle de la vïna (lyre indienne), donnée par W. Jones, ferait supposer que les mêmes notes se répétaient à toutes tes octaves, quel que fût leur degré d'élévation. Il est à propos de faire remarquer que les chants orientaux dépassent rarement l'octave et ne franchissent jamais l'intervalle de dixième. Les instruments même ne se meuvent que dans celte étendue restreinte.
Les sons étalent de deux sortes : stables et mobiles. Ils avaient trente-six modes, dont six principaux et trente secondaires, qui se différenciaient par ta position des sons stables ou Bxes, laquelle variait de l'un à l'autre. Nous donnons ci-dessous un tableau de quelques-uns de ces modes ; les notes en caractères romains désignent les sons mobiles, les autres les sons stables. Quelques lacunes, représentées par ce signe {x), se trouvent dans la série, mais on n'y voit jamais d'additions.
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