‹ Histoire de la notation musicale depuis ses originesChapitre 57 sur 125 · LIVRE IV. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE I

d'Aquilée et moine du mont Gassin, hymne dont les premiers vers de la première strophe sont :

f/f queaiit Iaxis Amonare fibrie,

ifira geslorum Famuli tuorum,

Solve poDuti Labii reatum, Sancte Johanoes I '

Certains auteurs ont prétendu* que Guido choisit ces syllabes pour en faire les noms de sa gamme : d'abord Guido ne s'est jamais servi de ce terme , car il employait toujours le mot monocorde; puis, si lelle avait été son intention, il ne se serait pas borné à six notes seulement, puisqu'il connaissait la théorie de l'octave, la considérant comme la suite la plus naturelle. Guido déclare en outre qu'il y a t^t degrés dans l'échelle musicale, et que sept lettres ou caractères doivent être employés pour les représenter. Voici comment il s'exprime dans le prologue en prose de son antiphonaire :

((L'octave [diapason) est la répétition de ta même lettre de chaque c6té (de la gamme), comme de B en b, de C en c, de D en d, ainsi du reste. Car, de même que l'un et l'autre son s'indiquent par la même lettre, ainsi sont^ils considérés comme étant de même nature et d'une similitude parfaite. De même aussi les sept jours de la semaine étant écoulés, nous les recommençons de telle sorte que nous appelons toujours du même nom le premier et le huitième jour, ainsi nous Bgurons et nommons de la même manière les sons à l'octave, parce que nous sentons qu'ils consonnent entre eux en vertu d'une

' Un manuscrit du MierologHe de Guidu d'Arezio, dataat du m' siècle, et appartenant b la biblio- Uièque de Bourgogne , à Bruxdles ( voyei Perraud , Euaù sur lu tmmqut. Lyon , 1 877 ) , contient une version de l'hymne à saint Jean notée en nenmes sur une portée de trois lignes, avec lettres servant de deis. Sa rareté et son importance historique nons engagent à la reproduire. En ontre, le chant actuel de cette bynuie difiâ^nt sensiblement de celui en usage k l'époque de Guido, nous en donnons la traduction en notation moderne , dans la forme usitée an m* siècle. Void cette version :

D — ys. A :^ — ?*■ — .^/^ /c^^ J ^ ' ^ T^-ï-V ,*—

Ul queanl la - lis re-so-na-re B-bris, mi - ra ges-lc-ruro ri-mu-li lu-o-rum.

'- yv -" ^

sol-Te pol-la-ti la-bi-i re-a-toro, nnc-te Jo-hannu.

THlbDCTION.

'"'^rrfrr i rr'' i 1 1 h li 1 1 1 M i n n i

Ut ({oesDl la - lis re-so-nB-re fibris.

« rnicKMw ti ffKMJtme. Paris, 1760, in-&*, vol. 111, p. x^k-Zhh.

Dotizc^fiyGoOt^le

8i HISTOIRE DE LA NOTATION MUSICALE.

harmonie naturelle. D'où il suit que le poète a pu dire, avec grande raison, qu'il y a sept degrés dans les sons, qui, alors même qu'ils semblent se multiplier, ne constituent pas pour cela une addition, mais une répétition, une récapitulation des uns et des autres. t>

Puis il donne ces exemples dans les deux octaves du chant :

ïi

Faisons observer que si Guido a marqué le gamma, il ne Ta timbré d'aucun chifîre; s'il lui a donné une place dans son moTiocorâe, c'est, comme le dit dom Jumilhac^ par une espèce de condescendance pour l'ancien usage du système des Grecs, et pour ne pas choquer les personnes peu intelligentes ni accroître la jalousie que plusieurs avaient déjà conçue contre sa nouvelle méthode.

Il n'a donc pensé ni au système de Xhexacorde ni aux muances, dont on veut qu'il soit l'inventeur. Cependant, si l'on en croyait Fétis, qui, à la vérité, formule son opinion d'une façon dubitative, Guido y aurait contribué, mais dans une mesure bien minime. Ce qui parait appartenir incontestable ment à Guido, dit Fétis', c'est la représentation de l'échelle générale des sons par les cinq voyelles a, e, i, o, u, appliquées aux syllabes des deux chants de l'Église : Sancte Jokannes meritorum luorum, etc., et Linguam refrenans temperet, etc. Au commencement du chapitre xvn de son Micrologue, il dit positivement que cela était inconnu avant lui : «His breviter intimatis aliud tibi planissimum dabimus hic argumentum utilissimum usui, licet hactenus inauditum. » II conseille d'écrire ces cinq voyelles sur le monocorde, au-dessous des lettres représentatives des sons, tten recommençant la série des cinq voyelles autant de fois qu'il est nécessaire jusqu'au son le plus aigu. . . t) Il ne serait pas impossible, ajoute Fétis, que la triple série de voyelles, dont chacune représente des notes différentes, eût donné l'idée du système des muances, qui s'établit ensuite dans toutes les écoles de musique.

Oui, sans doute, il se peut que les successeurs de Guido aient été inspirés par ce procédé pour en arriver à leur monstrueux système, mais on conviendra que Guido n'en doit point porter la responsabilité. Entre le système des cinq voyelles et celui des muances il y a un abîme. Du reste, les auteurs ses contemporains dont nous avons les œuvres ne disent pas un mot de sa prétendue méthode de solmisation par l'hexacorde. Ainsi Bernon, abbé de Reichenau (io/i5),n'en parle pas dans son Tonarius', ou Règle des tons; Hermano Con-

' La teienee et la pratique du plain-ehant. Pans, 1670, ia-folio. * Biographie umver»elle de» musieietts, 1. IV, p. 1 53. ' Apud G&bert, Scriplorei, elc., Lll, p. 63-137.

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