LIVRE IV. — CHAPITRE I
tract (io5à), pas davantage; Wilhelm, abbé de Hirschau (1068), se tait sur ces syllabes, et Jean Cotton, l'admirateur de Guido, tout en rapportant leur origine à l'hymne de saint Jean, ne dit pas (^aAreUnus en fut l'inventeur. Ce qu'il a voulu, il nous l'apprend dans sa lettre à Michel : c'était, pour faciliter l'étude du chant, d'appliquer aux notes les intonations correspondantes dans une mélodie connue. II n'indique pas l'hymne à saint Jean de préférence à toute autre ; il ne s'en est servi que parce qu'il l'affectionnait particulièrement, qu'elle était généralement chantée de son temps, et qu'on la regardait comme un spécifique infaillible contre l'enrouement. Eu la choisissant, il faisait preuve de perspicacité, parce qu'à chaque syllabe ut, ré, mi, fa, sol, la, le son monte d'un degré, et qu'elle offre une extrême facilité pour imprimer les intonations dans la mémoire.
De ce que ce chant, cité par lui en exemple et comme moyen mnémonique, ne s'élève que de six degrés diatoniques, on a conclu, sans plus réfléchir, qu'il avait voulu réduire la gamme à six notes, ce qui est tout simplement absurde. Delà à le déclarer l'inventeur de l'hexacorde et des muances, il n'y avait qu'un pas, qui fut bientôt franchi. Mais si l'on veut avoir la preuve du contraire, que l'on jette les yeux sur sa constitution de la gamme du deuxième ton de l'Eglise, exactement conforme à notre gamme mineure. La voici* :
ABCDEFGA
Too. i/îtoD, Ton. Ton. i/alon. Ton. Ton.
Si Guido n*a pas inventé le système hexacordal, il n'a pas inventé davantage la main harmonique, appelée à tort manm Gutdonis. Nous n'insistons pas pour démontrer le peu de consistance de cette supposition, cette maîn appartenant si bien au système de l'hexacorde qu'on ne peut l'en détacher.
Revenons aux lig^nes colorées que nous avons mentionnées au début de ce chapitre.
Guido , voulant introduire la clarté et ta simplicité dans la notation musicale , donna, comme le dit dom JumilhacS auquel nous empruntons ses termes, ne pouvant mieux dire, «à deux de ses quatre lignes, deux couleurs diverses: à l'une, le rouge, pour marquer la lettre ou la clef de F (Ja) ; à l'autre, le vert, pour marquer la lettre ou la clef de G {ut). Aux deux autres de ses lignes qui n'avaient aucune couleur, il mit à leur commencement deux autres des sept premières lettres, de sorte que, chacune de ses quatre lignes ayant sa lettre ou sa def, les points ou les notes qui se trouvaient assis tant sur les lignes qu'au-dessus ou au-dessous et dans les interlignes étaient d'abord discernés arec tant d'évidence, qu'ensuite il n'a pas été besoin ni de continuer à distinguer les lignes par des couleurs, ni de multiplier les lignes ou les clefs. «
' DaDs M lettre aa moine Micbd.
* La teienee et la prattqM du pltm-eluoit. Paria, 1 670.
yGooi^le
Guido s'explique à ce sujet dans le prologue rythmique de son antiphonaire, où il compare une musique sans lignes ni lettres à un puits sans corde, dont l'eau, quelque abondante quelle soit, ne sert de rien à ceux qui la voient.
Les portées imaginées par ce didacticlen illustre ont quatre lignes, et même quelquefois cinq, comme dans le manuscrit de son antiphonaire, appartenant à la Bibliothèque nationale de Paris ', connu sous le nom de Manuserii de Saini- Evroult.
En voici quelques exemples :
- Ligne sècbe, portant e ou clef de mi.
verte. ta note ul.
sèche, A ou clef de la.
roage, la DOte^.
- Ligne verte, portant la not« ul.
sèche, A ou ta.
rouge, la notera,
aècbe, D ou r^.
■ L^e sèche, portant A ou la.
rouge, la note/a.
sèche , D ou fV.
verte, la note ni.
A Ligne sèche, portant A ou la.
rouge, la note^.
D sèche, D ou ré.
verte, la note ul.
sèche, la note «.
Les lignes rouges et vertes indiquaient la place des deux demi-Ions naturels. Dans certains manuscrits, la ligne verte est remplacée par une ligne jaune représentant toujours la position de l'uf (C).
Il est vrai que l'on trouve l'emploi des lignes dans des manuscrits antérieurs à l'époque où vécut Guido, mais, et ici nous laissons encore la parole à dom Jumilhac, nil est nécessaire de remarquer la diSérence qui est entre leurs lignes et celles dont Arétin s'est servi depuis, afin de ne pas se tromper dans le jugement que l'on peut porter de leur antiquité. Les lignes, donc, qui se voient dans les manuscrits qui ont précédé le siècle d'Arétin n'y ont été employées que pour conduire la main des écrivains, afin qu'ensuite tant l'écn-
' Supplément latin n' 1017.
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