‹ Histoire de la notation musicale depuis ses originesChapitre 59 sur 125 · LIVRE IV. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE I

ture du texte que les points ou les notes du chant fussent tirées avec plus de droiture [sic) et de symétrie. Du reste, tant ces lignes que leurs notes n'ont eu aucune lettre ni couleur, et, partant, elles sont qualiBées naveuglesn par Arétin, d'autant qu'elles sont privées de la lumière qui est nécessaire pour faire connaître la différence des sons et pour conduire le chant. Que si en quelques-uns de ces manuscrits il se voit maintenant quelque lettre à l'endroit de leurs points ou de leurs notes, il n'y a qu'à les regarder de près et à les examiner un peu plus exactement, et l'on trouvera qu'elles ne sont pas écrites de la même main , et qu'elles y ont été ajoutées depuis qu'on a pu leur donner de la lumière par le moyen des lettres d'Arétin, afin de les tirer de l'obscurité et de la confusion où elles étaient auparavant, -n

Quant à ceux qui ont fait de lui l'inventeur du monocorde, du clavecin et d'autres instruments de musique, nous croyons inutile de les réfuter. Nous dirons seulement qu'il est question du monocorde dans des auteurs bien antérieurs à Guido, puisqu'on le trouve décrit dans le livre I des Harmonigw» de Claude Ptolémée et dans le Traité de musique de Boèce. Ce qu'on ne peut lui refuser, c'est d'avoir, le premier, enseigné l'usage que l'on en pouvait faire pour l'étude de la musique pratique. En effet, il indique la manière d'en faire la division pour toutes les notes de l'échelle, et d'y placer des chevalets mobiles destinés à rendre sensibles leurs intonations.

J.-J. Rousseau ' et Brossard^ ont prétendu faire de Guido l'inventeur de la gamme, à laquelle il aurait donné ce nom à cause du gamma (P) grec qu'il aurait pris pour signe de la note commençant l'échelle des sons. Mais dans le chapitre n de son Micrologue, écrit* vers l'année 1020, Guido dit positivement* «que les modernes ont appliqué le f à la première note du système»; et dans le prologue rythmique de son antiphonaire on lit ces mots: Gamma grœcum quidam ponunt ante primam lilteris. Une autre preuve irréfragable que Guido n'est pas le premier qui ait employé le F, c'est qu'Odon de Ckiny, qui vécut un siècle avant lui, s'en est servi dans son traité de musique comme du son le plus bas de l'échelle musicale. Ce n'est donc pas lui qui l'a choisi pour en faire le premier son de la gamme, pas plus qu'il n'a inventé ce nom dont il ne s'est jamais servi. Dans le chapitre v du prologue en prose de son antiphonaire, il dit «que les lettres du monocorde sont au nombre de sept*», et non pas qu'il y a sept lettres dans la gamine.

De même que l'on a mis sur le compte de Guido une quantité d'inventions auxquelles il n'a jamais pensé, de même on ne s'est pas fait faute de lui attri-

' Dietionmûre de musique, à l'artide Gamme.

' Dictionnaire de musique, h l'article Gamme. Paris, 1708,

' Mierologus de dtsàpUna arti» mvsiea, apud Gerbert, Scriplore», etc., t. II, p. 33.

* In primit ponatur T grœcum a modertÙM aâjunetmn.

' Septem tutU UtUra monoekordi.

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buer des ouvrages qui ne sont sortis ni de sa plume ni de son cerveau. Ceux qui lui appartiennent en propre sont:

i" Le Micrologue, précédé de sa lettre à Théobald ;

9° L'Antipkonaire, avec deux prologues ou préfaces, l'un en vers et l'autre en prose, contenant des règles de musique et de chant;

3° La Lettre au moine Michel, auquel il donne des conseils sur la manière de diriger les études musicales, et surtout celles du chant; par chant, il faut entendre le chant ecclésiastique, car Guido n'a parlé que de celui-là, et, comme tous les didactictens de son époque, il dédaigna le chant profane ou populaire ;

6" Enfin un petit traité intitulé : De sex moûbas ad se invicem, en quarantetrois vers hexamètres, contenant un acrostiche sur son nom. Il affectionnait ce petit tour de force poétique, et dans son Micrologue on en voit encore un autre du même genre.

C'est Forkel' qui a, le premier, commencé à déblayer le fatras d'erreurs accumulées sur le nom de Guido, mais c'est Fétis qui a mis en pleine lumière les œuvres authentiques de cet homme de génie et rétabli les faits qui le concernent dans toute leur exactitude. Par respect pour l'histoire, il faut que la vérité reprenne ses droits et brille de son seul éclat; on ne peut donc savoir trop de gré à Fétis des peines qu'il s'est données pour élucider la biographie d'Àretinm, au grand avantage de la musicologie.

Toutefois, en faisant de Guido d'Arezzo l'inventeur des notes de la gamme et des lignes de la portée, la postérité s'est-elle trompée ou laissé tromper gratuitement? Nous ne le pensons pas. Certainement Guido n'a rien inventé de tout cela ; en tous cas, il est le premier qui en ait conseillé la pratique et qui l'ait rendue accessible à chacun ; c'est lui qui a donné le branle à une réforme salutaire, et nous estimons que c'est avec pleine justice que ses successeurs, reconnaissants des services rendus par ce théoricien original à l'enseignement de la musique, ont fait remonter jusqu'à lui des inventions qu'il n'a jamais revendiquées. Monteverde, non plus, n'a pas inventé la tonalité moderne: son nom n'en reste pas moins attaché à cette admirable conception, parce que c'est lui qui a eu la hardiesse de réhabiliter le triton par l'attaque , sans préparation, de l'accord de septième dominante, ce que ses prédécesseurs n'avaient essayé que timidement et presque subrepticement.

Pour l'érudit, Guido ne sera plus désormais que l'intelligent réformateur de l'enseignement musical; mais, quoi qu'on fasse, il demeurera toujours, pour la généralité du public, l'inventeur de la gamme et le promoteur de notre système de notation.

' AUgemeint GeKkiekte der Mutti, t II, p. aSg et niiv. Leipzig, 1788-1601.

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