‹ Histoire de la notation musicale depuis ses originesChapitre 65 sur 125 · NOTATION NOIRE OU CARRÉE · texte numérisé non relu

NOTATION NOIRE OU CARRÉE

L'adoption définitive des Hgnes de la portée avec l'armature des clefs devait nécessairement amener la modification de l'écriture neumatique. Ces signes hiéroglyphiques si compliqués n'avaient plus de raison d'être, puisque, avec les lignes et les clefs, la position et l'intonation des notes étaient parfaitement déterminées; le point seul, avec ou sans queue, placé sur les lignes et dans les interlignes, suffisait amplement pour la séméiographîe musicale. Cette transformation était fatale; elle devait arriver avec Yorganum et le déckant^, dont l'usage devint général à partir du i^ siècle.

Du reste, si la musique d'église flonssait et régnait en souveraine, ta musique populaire, ou vulgaire, comme on l'appelait non sans dédain, ne demeura pas en arrière de sa toute-puissante sœur. Bien que sa vassale, en quelque sorte, bien que la suivant à la piste dans ses évolutions successives, acceptant ses théories, ses complications illogiques et sa notation, elle avait cependant sa vie particulière, et donnait déjà des signes précurseurs d'une émancipation qui allait croître de siècle en siècle, pour se déployer dans toute sa splendide envergure et arrivera l'admirable épanouissement où nous la voyons aujourd'hui.

Il n'est pas douteux que les deux sortes de musique existant au moyen âge (la sacrée et la profane) aient eu chacune leur tonalité et leur rythme distincts, et que ce soit de leur ensemble que naquit la musique mesurée des xii* et xm" siècles. On ne peut préciser l'époque où. s'imposa la doctrine de cette musique, mais il est permis de croire qu'aussitAt que le déchant fut établi, et

' Le iéehant {iiteaiOu*), s«1od FrancoD de Cologne, est un ensemble hormonieui de diven cbanls, dans lequel ces chents sont ajustes entre eui proportionnellement par des longues, des brèves et des semi-brèves, et représenta dans Toiture par des figures diverses. Jean de Mûris ajoute que le ^cAont simple avait toutes ses parties mesurées dans chaque temps , par opposition à un autre, \'»gamm proprement dit, Xorgaitum pur, qui n'était pas mesuré dans toutes ses parties. Le mot àmaïUtu vient^ de iii (deux) et cantut (chant), c'est-^dire ndenz rhaatsn ou on double chant Oq a atisn employé dans le même sois le mot grec âiafhuma {ha^milà), dont on a iait diaphonie, oflD que Vergamim a longtemps porté.

(jue l'on eAt (tonné aux noies d'une partie une durée égale à celle de l'autre, elle devint théorique pour lous les musiciens.

On pourrait s'étonner de ce que pas un des ouvrages sur la musique, antérieurs au xi" siècle , ne parle de la musique séculière ; mais il ne faut pas perdre de vue que les didacliciens, auteurs de ces méthodes, appartenaient au clergé, et que, pour eux, l'art mondain ne comptait pas, disons mieux, n'existait pas. C'est son exclusion, presque systématique de la part des vieux théoriciens, qui a fait conclure trop légèrement par certains musicographes, que les mélodies populaireij étaient, comme le plain-chant, dépourvues de mesure. Il nous reste des monuments qui attestent le contraire. Ces témoins se trouvent dans un manuscrit de Saint-Martial de Limoges', qui contient, notés en neumes*, les morceaux suivants:

I" Un chant sur la bataille de Fontanet, par Angelberl, qui y assistait. On sait que cette bataille, dans laquelle les Tils de Louis le Débonnaire luttèrent l'un contre l'autre, fut livrée le s 5 juin 86 1.

s" Un chanl sur la mort d'Eric, duc de Frioul, par Paulin, patriarche d'Aquilée. Éric fut tué en 79g.

3^ Une complainte sur la mort de Charlemagne (8ià-8i5), attribuée, avec plus ou moins de vraisemblance, par dom Bouquet à saint Colomban.

U° Une autre sur la mort de Tabbé Hug, fils naturel de Charlemagne et de Régine, tué en 84i devant Toulouse.

5° Le chant de Godeschalc, célèbre hérésiarque saxon, mort en 868-B69.

C'est au xi" siècle qu'apparaît, avec le premier traité de musique mesurée, un nouveau système régulier de notation. Cependant, quoique ce genre de musique ait dà exister de tout temps (car les mélodies populaires ont toujours été mesurées et rythmées), ce fut le premier traité didactique consacré à cet art, dont jusque-là aucun auteur n'avait parlé. L'homme éminent qui en conçut et en réalisa l'idée fut Francon de Cologne, dit Teuionicus, lequel devint écolâtre de la cathédrale de Liège, et acquit, dans tes écoles musicales du moyen âge, une immense popularité. La date de sa naissance n'est pas connue; mais on sait qu'il écrivit avant io55 et qu'il vivait encore en io83. Il définit ainsi cette musique: <rLa musique mesurable' est un chant mesuré par des longues et par des brèves;?) et, trois siècles après lui, Jean de Mûris disait que crie chant mesurable est un assemblage convenable de sons distincts, égaux ou inégaux, émis simultanément et suivant une certaine proportion de durée. T) Donc, la proportionnalité des différentes figures des sons et la disposition des signes servant à représenter les modifications de durée furent le

' Aujourd'hui k la Bibliothèque iialionale de Paris, n* 1 tbli.

' Oq peut voir la copie eiacle de ces chants dans le Iieau livre de CouMemaker, Histoire de l'kiu— monte au tnogen âgt. Paris, iSSa.

' R MensuralHiis est can'us longis bratibusque temporibus meusuratus. •

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