LIVRE V. — CHAPITBE I
principal objet de )a musique mesurée. Elle exigeait, par conséquent, un autre sptème notationnel que les neumes.
Avec Francon de Cologne, on voit se produire la notation noire ou carrée, dont l'origine ne peut être fixée avec certitude, mais qui doit avoir vu le jour beaucoup plus tôt que le xi^ siècle. L'écriture de cette musique reçut différents noms: on l'appela mesurée, par opposition à la musique plane, unie, qui garde toujours la même mesure dans les sons; on la nomma aussi mesurable, carrée, proportionnelle, Jigurée, d'après te point de vue sous lequel on la considérait. S'il s'agissait de rappeler les «t inextricables proportions' sur lesquelles les différentes mesures musicales étaient alors fondéesn, on la disait proportionnelle; s'occupait-on de la mesure en elle-même, c'était alors la musique ou la notation megurd)îe ou mesurée; voulait-on exprimer la figure même des notes, on l'appelait j^r^, car les caractères que nous nommons notes étaient ài\&fgures au xii' siècle. <rLa figure, dit Jean de Muris% est la représentation de la voix réglée dans l'un des modes. % C'est de cette musique que traite Francon dans son Ars eantus mensurabUis '.
Des écrivains mal informés ont attribué à Francon l'Invention de cette musique; mais celui-ci n'a jamais eu la moindre prétention à cet égard; il mentionne, au contraire, les auteurs qui ont parlé avant lui de la musique mesurée, ce qui prouve que la chose n'était pas nouvelle de son temps. nNous nous proposons, dit-il dans son prologue, de traiter eu abrégé de cette musique mesurable, ne nous refusant pas d'intercaler ce que d'autres ont dit de bon, ni d'éditer et de corriger leurs ei'reurs, el si quelque chose de. nouveau a été inventé par nous, nous le soutiendrons et le prouverons par de bonnes raisons. ^
C'est en définitive à l'époque de Francon, c'est-à-dire au xi" siècle, qu'il faut faire remonter la première apparition de la musique mesurée et de la notation noire, si l'on veut leur donner une date précise. Cette période se divise en ars antxqua et en ars nova. Les règles de l'or* antxqua sont expliquées dans \'Ars eantus mensuralnlis et dans les traités de musique de Walter Odinglon, d'Aristole*, de Jean de GaHande, de Jérôme de Moravie et de quelques autres. Celles de l'ars nova se voient dans les écrits de Marchetto de Padoue, de Philippe de Vitry, de Tunsted, etc. Nous parierons plus loin de ces auteurs.
Il est donc manifeste que, dès le xu' siècle, la notation dite carrée commença de supplanter la notation neumatique, complètement disparue à la fin du
' Th. NisanI, Reeue de mueiqae ancienne et moderne, t" anDée. Paris, i85G.
' >rFigura est reprssentatio vocis \o aliquo niodonim ordioaUe.»
* Manuscrit de la ffibliothèque nationale de Pans. D* ySfio, anclea fonds.
' Pseudonyme d'un habile didacticien du m' siècle, dont on n'est pas parvenu à découvrir l'iden- 6lé. Son traita intitulé ; Miuicaquedratateumentitrata, se trouve à la Bibliothèque nationale, n'ti 36, supplément latin.
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xiv" siècle '. Le point fut traduit de deux manières : par une note carrée et par une note en forme de losange. La note carrée à queue ( ^) exprima la longue; la note carrée sans queue (■) exprima la brève, et la note losange (^) lasemibrève. Il y eut aussi plus tard la longue double [duplex longa), qui valait deux longues (^), niais qui fut peu employée.
La note carrée (no/a quadriquarta, quadrala) est un simple dérivé des neumes. Celle transformation s'est opérée peu à peu, successivement, et non comme une nouveauté subite ou particulière. Cela confirme le préceple: Natura non facit sallum. C'est ce que constate Walter Odington^ quand il dit: «Morosa longa vocatur, quse prius virga dicitur nota, scilicet quadrata cum tractu a parte dextra, sic { ^). Velox vero vocatur brevis, quse prius dicitur punclus, figura scilicet quadrata, sic (■).'n A l'origine, au moins pour le plain-chant, ces deux signes n'eurent point de valeur rythmique différente.
Voici un exemple de cette notation en brèves et en semi-brèves; c'est la reproduction d'une chanson du sire de Goucy (1191):
- gnol jolis chanlc
i]u'Â pailles esl trcotnpli
TRADUCriOIl.
' Tevo, Muëico leitore. DeW im-etuioue delkfijpire mutictdi. Venise, 1706.
' Ue fpeeulalione mutica, VI. Dans Cousseroaker, Seripiortx de iniuiea medH œvi, 4 ïol. Pnris.
64-1876 i revision et continuslion des Scripioret de Gerberl. 1. 1, [>. aâ.
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