‹ Histoire de la notation musicale depuis ses originesChapitre 77 sur 125 · LIVRE V. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE II

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Froberger, élève de Frescobaldi et l'un des meilleurs organistes qu'ail eus TAllemagne, a aussi écrit ses morceaux d'orgue avec «ta; lignes pour la main droite et sept lignes pour la main gauche. Claudio Merulo, organiste éminent de l'éj^ise ducale de Saint-Marc, à Venise (i 600), écrivit également des toccale pour orgue avec huit lignes à la main gauche et deux clefs : celle Aefa et celle d'w(. Enfin, Michel Praetorius, dans son Synlagma musicum\ a donné un exemple, que nous reproduisons ici, avec ciiiq lignes pour la main droite et su: lignes pour ta main gauche :

Cette complication de lignes rendait la lecture de la musique très pénible. On simplifia peu à peu, et la portée de cinq lignes finit par être adoptée pour la musique profane.

Les cUfs, qui, d'après PoissonS iront été ainsi appelées par métaphore, parce qu'elles ouvrent comme la porte d'une pièce de chant, -n furent définitivement classées et formées. Déjà en 13/10, au dire de Walter Odington, il y en avait cinq en usage* : nll y a cinq clefs principales usuelles, c'est-à-dire deux graves, deux aiguës, une suraiguë; les graves sont celles de T et F; les aiguës, celles de C et de g; la suraiguë, celle de j*.

Les plus usitées au xiv^ siècle, d'après la Caliopea de Jean Hothby, dont nous parlons plus loin, étaient au nombre de quatre : F grave du premier ordre, ordinairement figurée par trois points; C aiguë du premier ordre, marquée par deux points; l| du premier ordre et A du deuxième ordre aigu représenté par b.

Au xvi<= siècle, on abandonna les lettres pour donner de nouvelles fonnes aux clefs. Le P. Kircher ' prétend que si l'on est un peu familiarisé avec les

' WolfenbuUel,l.lll, 1619.

* TriûUlMorique ^pratique dit plain-ekant appelé grégorien. PatiB, i^So.

' rQuinqaeckves sunl principales usnaJes.scilicetdangraves.dueMube, nnasuperacuta; graves scilicel r et F, acatsC et g. uiperacuta j.b ' Coussemaker, Seriptoree, etc., 1. 1, p. 916.

* Mitgurgia imitenaiit nve art magna cimtom H ditêotù, etc., a vol. in-folio. Rome, 16&0.

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anciennes écritures, on trouve sans peine que nos clefs se rapporteut chacune à la lettre défigurée de la note qu'elle représente. Ainsi la def de $ol était, originairement, un G; la clef d'tri, un G, et la clef de^, un F, comme il est facile de s'en rendre compte par le tableau suivant des transformations diverses subies par nos clefs.

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Certains didacticiens modernes soutiennent que la clef de toi est le monogramme formé des trois lettres s, 0, /, ainsi: m. Si ingénieuse que l'idée paraisse, nous nous refusons à lui donner cette origine, car il n'y a pas à douter qu'elle n'ait eu pour prototype la lettre G , qui , par des transformations successives, est arrivée à la forme adoptée aujourd'hui.

Dans son Décaehordon, Glaréan > dit que l'on se servait rarement de la clef de «0/. Tinctori8^ mort en i5ii, avait déjà dit de cette clef: tiSon usage est rare en refaeta^ et plus rare encore dans le plain-chant, car sa place n'est indiquée que quand celte de G iol-fa-ut est absente, ce qui arrive rai'ement.T

' Dtmune. divinoneac d^imtione. Bàle, i5i6.

' Coussemaker, Scriplora, etc., t. IV, p. 6.

* On appelail rttfaeta vchose &ile» la musique écrite, par opposition au décbant que l'on improvisait au lutrin. Réfracta, dit Tînctoris, ett eanbu eompontnt, >rnn cbantcompoiié.ii c'egl- à-dire écrit en oppoailion aox ctHitrepoiots impronsés en dianla sur le livre, etc. irL'élude attentive des mouvements de la musique dea iiu' et xiv* sièdes,ii dit Pétis dans eon Etqmnt de VfôMirt ie l'harmonie, nm'a fait voir qu'il eiiste une différence très remarquable entra les cbansons mondâmes à plnsieurf vois et la musique d'église éoile, oa rujaela.*

Il est certain que le plain-chant ne Tadopta pas et se limita aux clefs de F (fa) et de C (ul). La clef de /a est, de toutes, incontestablement la plus ancienne et la première qui fut employée '.

La musique profane, à cette époque, se servit des trois sortes de clefs pour représenter les diapasons auxquels ces voix correspondent. Ces diapasons différant l'un de l'autre d'un intervalle de tierce, on décida, pour maintenir les voix, autant que possible, dans l'étendue de la portée, de placer la clef de toi sur la première et la seconde lignes, la clef de /a sur la troisième et la quatrième, et la clef d'ùl sur les quatre premières. Aujourd'bui la clef de sol première ligne est abandonnée, et la clef de fa troisième ligne ne sert plus que pour la transposition.

Nous avons dit que le bémol était connu déjà dans l'antiquité bellénique, mais il n'était pas Bgnré. Le premier auteur chez lequel on le voit, le premier qui sépara le B mol ou doux (p rotondum) du B carré ou dur (b quadrum), fut Odon de Cluny, qui vivait en 927 ^ et dont nous avons parlé dans notre livre 111, chapitre ni. Le passage suivant de son traité de musique en fournit la preuve : icPrseterea a voce sexta F per quatuor divide et rétro b aliam b rotondum pone : quse ambse pro una voce accipiuntur, et una dicitur nona secunda et utraque in eodem cantu regulariter non invenientur. d C'est par conséquent à Odon que revient l'honneur d'avoir donné l'impulsion au développement d'un nouveau système chromatico-enharmoniqne qui est devenu le nôtre, car ce n'est pas seulement le bécarre qui est sorti du b , mais aussi le ^êse.

Tout porte à croire que le dièse a, dans l'origine, reçu sa forme du fait suivant, qui caractérise sa fonction. Etant donné l'intervalle d'un ton, soit la distance entre «l et r^ ou ré et mt, etc., qu'on veut diminuer de moitié, on dut indiquer par un signe la division le partage de cet intervalle, ce qui donnait la configuration suivante :

Or ce signe est celui qui a été primitivement unté pour représenter te diêse, que les Allemands appellent encore aujourd'hui Kreuz (croix); mais les Allemands sont, à cet égard, aussi illogiques que nous : ils appellent Doppeltkreuz la simple croix ou dièse, et seulement Kreuz la double croix ou double dièse. Nous commettons la même inconséquence.

' Zadino, Ittiluzioni harmoniehe, etc., in-rolio. Venise, 16&8. ' Dialogut, etc., apud Coussemaker, Scriplorei, etc., 1. 1, p. 353.

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Jusqu'au xiv^ siècle, le bémol fut le seul signe d'altération accepté, tant dans la musique sacrée que dans la profane. On usait cependant du dièse, mais subrepticement; on agissait avec lui comme avec le st.- on affectait de ne point le connaitre; de là le nom àe feinte par lequel on le désignait, ainsi que tous les signes accidentels. Selon certains auteurs médiévistes, la musique feinte ne devait être marquée d'aucun signe {non débet falsa musica signari). Denis Lewts', de Ryckel, au pays de Liège, chartreux de Buremonde, parle, dans son traité intitulé De arle mmiees^, de la musique feinte ou musique fausse {muiieajicta, musica falsa) , et la nomme ainsi parce que les notes altérées étaient étrangères à la gamme diatonique.

On ne saurait préciser l'époque à laquelle s'introduisirent les signes accidenlels qui furent ajoutés à d'autres notes que le si, mais on peut admettre que, dès l'origine de la diaphonie, on y recourut pour éviter la relation de triton et celle de fausse quinte ou quinte mineure. Le traité de musique de l'Anglais Jean Hotliby, dans lequel il spécifie les notes susceptibles d'être altérées, est le plus ancien qui s'occupe de la musica falsa. D'après ses expressions, on est autorisé à croire que, de son temps, cette musique fausse était une chose déjà connue depuis bon nombre d'années.

Jean Hothby, carmélite et musicien de grand savoir de la fin du xiv* siède, passa la majeure partie de sa vie en Italie, où il écrivit son remarquable traité de musique intitulé La Calliopée légale^. Hothby appelle le dièse «Ujacenliv. II dit que «B è dipinto per tre manière : cioè per B quadro, per B rotondo, e per B jacenti.-n Toute longue, dit<il encore, doit former consonance avec le ténor, et, si elle risque de produire une dissonance avec lui, ce dernier doit se taire ou se transformer en consonance au moyen de la musique feinte; en d'autres termes, s'adjoindre un bémol ou un dièse. Disons cependant que le dièse n'a jamais été, non pas admis, mais écrit dans le plain-cliant.

J.-J. Rousseau^ rapporte que le plus ancien manuscrit où il ait vu le signe du dièse employé est celui de Jean de Mûris, ce qui lui fait supposer que cet auteur pourrait bien l'avoir inventé; mais il hésite à le croire, parce que, dit-il, le dièse ne parait faire dans ses exemples que l'office du bécarre. C'est, en effet, l'emploi auquel Jean de Mûris le destinait.

Dans son Histoire de Fharmonte au moyen âge, Goussemaker a donné plusieurs spécimens de l'introduction du dièse par \si musique feinte. Nous citerons particulièrement :

' N'est pas dans la Biographie mieenelle det ntiuicim, de Fëtis.

' Manu9ciit de la bibliotLëque de liand , n" 1 7 1 . s' partie.

' Itepro()iiit et Irnduit par Cuusxeniaker dans son Hitloire de l'harmonie au mi^en âge. Voici le titre: La Catiopea leghale, redticla inbrevita, permaeilro Giovanni Angliea OeU>bi,carmeHla. — Leghale (l^ale) doit signifier ncouforme aux lois, aux r^es de l'art^i.

* Dictionnaire de muti^ye, art. Diè^e.

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