‹ Histoire de la notation musicale depuis ses originesChapitre 83 sur 125 · NOTATIONS CELTIQUES · texte numérisé non relu

NOTATIONS CELTIQUES

Il nous faut interrompre la marche suivie jusqu'ici dans cet ouvrage pour nous occuper de deux écritures musicales, d'assez médiocre importance, à la vérité , mais auxquelles trop de pages ont été consacrées par Burney ' et par Fétis^ pour que nous les passions sous silence. Il s'agit de deux pseudonotations, l'une irlandaise et l'autre galloise. Nous les discuterons brièvement, car si, d'une part, les détails que nous possédons sur elles sont des plus minces, de l'autre, nous avons la conviction qu'elles n'ont pas été pratiquées par ces nations d'origine celtique.

C'est un antiquaire de Dublin, nommé Beaufort, qui a fait la trouvaille de la première dans un manuscrit présumé du xvi" siècle. Il en a reproduit comme suit les caractères, qui ne ressemblent en rien à ceux de l'alphabet hibemien':

On voit que cette séméiographie a beaucoup d'analogie avec celle des Grecs, quoique Fétis prétende qu'elle ressemble aux signes de l'alphabet phénicien. Mais cela ne peut pas faire supposer que tes Irlandais l'aient empruntée aux Phéniciens, car on sait que les Grecs tinrent des Phéniciens les caractères de leur alphabet*.

Beaufort, dans sa reproduction d'un fragment de ce manuscrit, suppose que cette musique était destinée au erwtk, ce prototype du violon, particulier h la race kymrique; mais Fétis pense que ce fut plutôt pour la harpe irlandaise, car, dit-il, malgré les recherches les plus minutieuses faites jusqu'à ce jour, on n'a pas découvert encore l'existence d'un instrument à archet chez les anciens Irlandais. Cette divergence d'appréciation ne plaide pas beaucoup en faveur de l'authenticité du manuscrit, et nous avouons n'y pas avoir une foi bien robuste.

Ce fragment, que Beaufort a traduit en notation moderne, serait, suivant

' t^. A gênerai kiilorg of tnviic , l. II.

' Cf. Hittoire générale de la mutique, t IV,

' An liêny on the poelital accenU o/lhe Irish, dans les Hùlorieal memoirt qf tht Irùk harâ», de Walker.Dublin, 1786.

* Cf. Daremberj et Saglio, Dietioimain det antùpiiUi grecque» et romaine».

Digitizod by

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lui, le chant harmonisé d'un psaume. Cette supposition fait plus d'honneur à son imagination qu'à sa science critique; car dans les recueils bardiques irlandais, les plus anciens comme les plus récents, on ne trouve pas de psaume portant le moindre vestige d'une notation musicale, et pourtant, du vin' au %n' siècle, les bardes d'Érin passaient pour les plus savants et les plus habiles musiciens de leur temps '.

Soyons justes, cependant, et n'accusons pas Beaufort de s'être laissé égarer dans son raisonnement sur l'ancienneté du monument découvert par lui. Il ne le reporte pas plus haut que le xv* siècie, et croit que cette écriture a été imaginée par un moine pour son usage particulier; de plus, il ajoute crque ce n'était pas la notation dont se servirent les anciens bardes i>. La noiatùm des anciens bardes! Quelle hérésie historiquel Ceci doit être d'autant plus erroné, qu'il est notoire que les bardes n'eurent aucune notation. Nous ne nous expliquons pas comment Fétis a osé dire que cette séméiographie est aussi originale que la langue celtique^.

Passons au manuscrit gallois, intitulé Musica neu Beroriaeik (nouveau Traité de musique) , qui contiendrait une notation welche , à laquelle nous ne croyons pas plus qu'à la précédente, et qui nous fait l'effet d'une simple tablature pour la harpe. Fétis, auquel on ne reprochera certes pas de s'être jamais montré crédule, au contraire, ne nous paraît pas, en cette circonstance, être demeuré fidèle à ses principes de critique sévère. S'il a pleinement accepté l'ancienneté de ce manuscrit, c'est peut-être parce qu'il a cru y trouver une arme en faveur de son opinion sur l'origine septentrionale de l'harmonie, et peut-être aussi parce qu'il a trop ajouté foi au titre, qui est ainsi conçu :

nCe manuscrit contient la musique des Bretons telle qu'elle a été mise en ordre par un congrès ou assemblée de maîtres de musique, par l'ordre de Gruffydd ab Cynan, prince de Galles, vers l'an i loo, avec quelques-unes des plus anciennes pièces des Bretons qu'on suppose nous avoir été transmises par les druides. Cette musique est à deux parties, à savoir; la basse et te dessus pour la harpe. Ce manuscrit fut écrit par Robert ab Hew de Bodwigan, en Anglesey, au temps de Charles l*', d'après l'original de William Pennlynn.71

En admettant que William Pennlynn soit l'auteur de ce manuscrit, ce ne serait pas une preuve en faveur de son antiquité, car Pennlynn était harpiste du roi Henri VIII et vivait encore en i556, sous le règne d'Elisabeth'. Cette reine avait ordonné qu'un Eisteddfod, ou réunion bardique, serait tenu à Caermarthen (pays de Galles), et Pennlynn dut y assister en qualité de commissaire du gouvernement,

' Cf. O'Curry. Lectures on the mamert and autonu o/the anciem Irith, 3 vol. in-8*. Londres et Dublin, 1873,

' Héiumi phiioiopkiqM de l'kiUeire de la mu$iqiie, p. clii.

' Cr. Thomas Stephens, The Ultrature ofAe Ci/tnry. Londres, 16&9.

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