LIVRE VI. — CHAPITRE I
la septième note était dans la propriété de bécarre, et bo quand elle était affectée du bémol.
Si nous en croyons VArle nueva dimusica, édité par Caramuel de Lobkowitz, le fantasque évéque de Vigevano, un moine espagnol, Pedro Urena, aurait composé, dans la seconde moitié du xvi' siècle, un traité de musique dans lequel il proposait d'abandonner le système de solmisation par les muances, et d'ajouter aux noms des six premières notes de la gamme la septième syllabe ni. Par celte addition, disait-il, la main harmonique et les muances devenaient inutiles.
En 1616, Banchieri, moine olivétain de Rome, conseilla, dans sa Cartella dimiuica, l'adoption d'une septième syllabe aux six de l'hexacorde. Il l'appelait bi par bécarre et ba par bémol, en ajoutant «que cette addition avait été fort approuvée à Rome t.
L'Allemand Selh Calvisius (Kaiwitz), né en Thuringe en i556, mort à Leipzig en i6i5, adopta aussi la simplification proposée par les théoriciens belges, et dans son ùmpendium musicœ praitcœ, imprimé à Leipzig en iSgS, il fît valoir les avantages qu'offrait la bocédûatùm sur l'extravagant système des hexacordes et des muances.
De son côté, Daniel Hitzler, de Strasbourg, déclarait, dans son livre Newa miaica, imprimé à Tubingue en 163$, accepter le principe de Theptacorde, tout en critiquant la bocédiaation, qu'il proposait de remplacer par les syllabes la, be, ce, de, me. Je, ge, comme plus euphoniques.
Mais si l'ancienne solmisation se vit attaquée par de vigoureux adversaires, elle eut aussi des défenseurs non moins ardents, qui s'élevèrent énergiquement contre l'intrusion d'une septième note dans la gamme; et, même après que le système heptacordal eut définitivement pris le dessus, on vit encore des champions de l'hexacorde rentrer en lice et tenter de rompre des lances en sa faveur. Calvisius fut pris à partie par son compatriote Hubmeyer, directeur du collège de Cobourg. Dans la première décade de ses Ditjmlatiotiêt questionam illustrium, etc., publiées à léna en 1609, il disserte sur ce thème : Ansex, an septem sinl voces musicales; et dans la deuxième décade, sur : De teptem vocibus bo, ce, di, ga, îo, ma, ni, proposés par Calvisius pour désigner les sept notes de l'échelle. Hubmeyer tonnait contre Calvisius et la gamme de sept syllabes, et se prononçait résolument en faveur de la solmisation par hexacordes. Calvisius; dans sa réponse, n'eut point de peine à le réduire au silence.
Laurent Stiphélius, cantor de Naumbourg, écrivit en 1 609 un Compen£um mmicum tout imprégné de haine contre l'heptacorde. Il y proposait l'adoption des syllabes ré, mi, fa en montant, et la, êol, fa en descendant. Ses idées ne furent pas accueillies favorablement.
Un chanoine de Tournai, Pierre Malllart, mort en 161 1, se posa en adver-
saire de Van den Putle. Dans son livre intitulé : Des tons, ou dùeoun $w les modes de la musique et Us tons de lÉgUse, etc., fort mal écrit d'ailleurs, il soutient que le système des muances est inhérent à la tonalité du plain-chant, et que, par cela seul, il fallait repousser ce que proposait Van den Putte.
En 1716, Buttstedt, célèbre organiste d'Erfurt, écrivit un volumineux inquarto intitulé : Ut, ré, mi, fa, sol, la, tota musica et karmonia œtema, pour préconiser la méthode des muances; à quoi Mattbeson, le savant didacticien hambourgeois, répondit victorieusement, mais grossièrement selon son habitude, dans son traité intitulé : Dos beschûtzie Orehester, imprimé k Hambourg en 1717.
Le P. Mersenne' rapporte qu'un musicien français, nommé ternaire, affirmait avoir inventé le n déjà en 1 6 5 . Mais , comme le fait observer avec grande raison J.-J. Rousseau^, le véritable mérite de Tinvention de la septième syllabe n'appartient pas à celui qui lui a donné un nom, mais à celui qui, le premier, en a reconnu la nécessité.
Le P. Mersenne {hc. ai.) dit encore que Gilles Grand-Jean, maître écrivain de la ville de Sens , introduisit en France , vers 1630, la syllabe sa. Ce sa représentait le si P , et c'est aussi le nom que lui donne dom Jumilbac [loc. cit.).
Quoi qu'il en soit, toutes ces tentatives de ressusciter l'heiacorde et les muances échouèrent; seule, la gamme ut, ré, mi,Ja, sol, la, si, finit par être généralement adoptée, et ce fut encore une victoire pour Guido d'Arezzo, une sorte d'hommage rendu à son génie; car on remarquera que la syllabe si est formée des lettres initiales des deux derniers mots de l'hymne à saint Jean- Baptiste :
Sancte lohannes.
Les Allemands n'ont pas accepté ces dénominations des notes de la gamme ; ils s'en sont tenus aux lettres t, ti , ( , f , j) , S , tt , |(. Le II est pour le « \> et !'{) pour le 8t l|. Ils joignent, en outre, à chacune de ces lettres, la terminaison ts ou es, selon qu'elles sont aiïectées d'un dièse ou d'un bémol :
Cl», dis, eù,Jù, git, au, hii pour les noies diësées;
Cei, de», et,fe», ge», at, B pour les notes bémolisiîeE.
C'en était fait désormais des hexacordes, des muances et de la main harmonique, qui disparurent sans espoir de retour. La main harmonique eut encore un regain de succès dans certains systèmes d'enseignement musical populaire de notre temps, notamment dans ceux de Wilhem, de Galin, etc., mais elle n'a plus l'importance que lui prêtaient les hexacordes et les muances.
' Harmonie univfrtellt. Paris, 1636-1637.
' Dietioimairt de musique, article 5t.