BASSE CHIFFRÉE ET TABLATURES
Pendant qu'à l'aurore du xvii' siècle la tonalité moderne faisait entendre ses premiers vagissements dans les œuvres des grands artistes florentins et romains qui s'appelèrent Vincenzo Galilei, Ëmilio del Cavalière, Jacopo Péri, Giulio Caccini, etc. , vénérables prodromes des opéras de Claudio Monteverde, Francesco Cavalli, et autres illustres compositeurs vénitiens, deux autres innovations se manifestaient dans le monde musical. Nous voulons parler de la bas$e continue et de sa congénère, la basse ekijfrée, ou notation des accords par les chiffres.
Lodovico Viadana, moine de l'étroite observance et mattre de chapelle à Mantoue, né à Lodi en i565, est considéré comme l'inventeur de la basse conlinue pour l'accompagnement des voix par l'orgue. Par cette dénomination il faut entendre une basse d'accompagnement qui diffère de la basse vocale des compositions antérieures au xvn'' siècle, en ce que cette dernière est souvent interrompue, tandis que l'autre, comme le dit son nom, est continue. C'était en même temps une partie de basse instrumentale surmontée de chiffres, indiquant les accords que doit faire entendre l'organiste ou l'accompagnateur. Cependant, quoique Viadana revendique la priorité de cette invention, qu'il aurait faite vers 1&97S invention qui ne nous paraît pas devoir lui être contestée, J.-B. Doni prétend^ que le premier essai de ce genre fut l'épisode dantesque d'Ugotin, mis en musique vers i58o, par Vincenzo Galilei, père do l'illustre astronome de ce nom. De plus, on rencontre des chiffres et des signes accessoires au-dessus de la basse dans le drame lyrique (ce titre est peut-être un peu ambitieux pour cette production) d'Emiho del Cavalière : la Rappresenlazione ai anima e di corpo, l'œuvre la plus ancienne oii l'on aperçoive l'existence d'une basse chiffrée. On a la preuve de ce fait dans les instructions que Guidotti de Bologne, éditeur du drame de Cavalière, a données (1630) sur la valeur de ces signes, dans la préface dont il l'a fait précéder. «Les petits chiffres, dit-il, placés sur les notes de la basse continue à jouer, signifient. les consonances et les dissonances de même nombre, comme 3 la tierce, U la quarte, et ainsi de suite, etc.'^ Un autre drame musical de Caccini, VEuridice^
' Cenio eoneerli eeclesiatlici a una, a due, a ire, a quallro voci, eon it battu contiavù per sonar uell'organo. Noea ineentione eotumoda per ognisorle di eantori t per gli organâti. Venise, i6o5.
' Treltalo délia mutîea auhica in opère, (, II.
* ni numeri piccoli posti sopra le note dd basso cootiDuato per suonare, signilicaDo le consonoDie « le dÏMonanie di Ui Dumcro, corne il 3 la terza, il h In quarla, e «ni di mano in rafino, e(c.-i
Gooi^le
paru à Florence en 1600, offre aussi, sous le chant, une basse continue dont l'harmonie d'accompagnement est indiquée par quelques chiffres.
En se servant de ce procédé, on n'eut d'abord en vue que de faire entendre sous la monodie, comme on appelait alors le chant à voix seule, les accords les plus simples, ne contenant que des consonances ou des retards d'intervalles par les dissonances de prolongation. On ne jugea pas utile de les noter ; on se contenta d'écrire la basse qui était supposée devoir être accompagnée par l'accord parfait et ses dérivés. On désigna l'accord de sixte par 6, et celui de - sixte et quarte par ^ ; le retard de la sixte fut marqué par 7, et celui de la tierce par 6. Les signes des accoi-ds dissonante naturels leur furent ajoutés un peu plus tard.
Dans la Bappresentamne di anima e dt corpo d'Emilio del Cavalière, on voit l'harmonie de la sixte représentée par 6 lorsque l'intervalle n'est que d'une sixte avec la basse ; mais si la sixte fait partie de la deuxième octave de cette basse, elle est marquée par i3, parce que 6 et 7 font i3. Par le même motif, la double quinte est chiffrée i a et la double quarte 1 1 . Exemple :
L'harmonie des parties qui accompagnent cette basse est disposée ainsi '
La tierce mineure est souvent marquée par un bémol, encore qu'elle soit produite par une note qui nVst pas modiBée par ce signe. La basse continue est chiffrée d'après ce système dans un grand nombre de compositions de la première moitié du xva' siècle. Mais la distinction des intervalles par les chiffres n'eut pas l'approbation de tous les musiciens de l'époque.
' Noue empruntons cei exemples de basse chiffi:^ an Traité complet de la théorie et de la pratique de l'harmonie, de F.J. FAis. Paris, 18&&.
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