LIVRE VI. — CHAPITRE 111. iS
Jean Gruger, directeur de musique de l'élise Saint-Nicolas, à Berlin, auteur recommandable par l'esprit méthodique qu'il a porté dans ses ouvrages didactiques concernaot Tart musical, et dont le traité de musique' renferme en appendice la plus ancienne méthode de basse continue qui ait été publiée en Allemagne, explique que la tierce est le fondement de la dixième, et la quinte celui de la douzième; aussi les représente-t-il par des chiffres simples. Il affirme que Viadana est l'inventeur de la basse continue, et, comme il fut son contemporain, son opinion est digne de foi. Bossus generalis, dil-il, seu «mftnaus, so von àem ireffiichen italianiêchen musico Ludovico Viadana erstlich erjunden. Brossard^ est d'accord avec Crûger pour attribuer cette invention à Viadana. Elle ne lui est plus guère contestée.
Toutefois, la réforme prêchée par Criiger ne parait pas avoir eu autant de succès en Italie qu'en Allemagne, car, bien que le P. Penne donne des exemples où les intervalles sont ramenés à leur expression numérique, comme ceux-ci :
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il chiffre aussi par i o et 1 1 la tierce et la quarte lorsqu'il veut indiquer clairement un mouvement d'harmonie supérieur à l'octave. Exemple :
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Le P. Lorenzo Penna, carme et maître de chapelle à Imola, oii il mourut en 1693, a écrit un traité de musique^ dont le livre III contient les principes de l'accompagnement de la basse chiffrée sur l'orgue; mais cet ouvrage, dans lequel il y a de bonnes choses, manque de méthode, et son style lourd en rend la lecture fatigante.
I3ne grande confusion, dit Fétis*, régnait à cette époque dans les idées des théoriciens et des compositeurs, concernant la représentation des accords par
' Syiu^tii mmiett eontinetu raivmem eotulituendi el eomponmdi vulot Aamwmnrm. Berlin, i6>&. ' Dietiomutin de muiqiie. Paria, 1703.
* LiprimiaWofimtmctUiptrkpnHe^mntidelUmimeaJIgwvtadUtinttitntnUbri. Bologne, 1679. ' Traili d'karmome, etc., loc. ei(.
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les chiiTres, car tantôt on voit le retard de l'octave par la prolongation de la neuvième exprimé par a et tantôt par 9. Exemple:
Les exemples suivants sont extraits du traité d'accompagnement de Gasperioi', l'un des meilleurs harmonistes de l'école vénitienne, qui eut l'insigne honneur d'être le maître de Benedetto Marcello, l'illustre auteur de la musique des Psaumes.
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A l'époque où Gasperini publia son traité , on se servait du h au lieu du ^ pour indiquer les intervalles mineurs, et cela sans aucune exception. Le b est quelquefois placé après le chifTre.
L'école napolitaine employait alors un système de basse chiffrée plus simple. On ne marquait pas l'accord parfait; on l'indiquait, selon sa nature, par un t|, par un b ou par un l|. Un 6 désignait l'accord de sixte, ^ celui de sixte et quarte, ^ celui de sixte et quinte. La combinaison ^^ marquait l'accord de triton. Celui de la septi&me de dominante se chiffrait par ^ ou par ^; celui de la septième diminuée, par l ou par ^l. Les partimenti de Fenaroli* fournissent les meilleurs spécimens de ce système, qui fut à peu près le même dans toute l'Italie. Les Italiens conservèrent longtemps une incontestable supériorité, dans l'art d'accompagner, sur les Français et les Allemands, qui se contentaient de faire plaquer leurs accords' par l'accompagnateur; eux, au contraire, exigeaient que l'on Ht chanter avec élégance toutes les parties de l'accompagnement.
En Allemagne, sur la On du xvn' siècle, le système de la basse chiffrée différa de celui de l'Italie en ce que les maîtres allemands adoptèrent le chiffre barré 'fr pour désigner Taccord de sixte sensible, et marquèrent le triton par li+.
' L'armomeopralieo al eetnbnio, %tc.\emx, i6i3.
* Begole per H priiu^ianti di cembalo, élu cmUngtmo le priiMpaK notioni dell' aceow^tmiameiUo. NapTes, 1795.
* Féûs, Eêqume de l'hiMoire de l'harmonie. Pans, tS^o.
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