HELLÈNES
Il est permis de supposer, avons-nous dit, que Pythagore a rapporté d'Orient le système musical qu'adoptèrent ses concitoyens de l'Hellade. Nous ajouterons que le système chinois a la même étendue que le système immuable grec. Cette coïncidence, si elle n'est pas d'un poids capital dans la balance des arguments, est du moins curieuse, en ce qu'elle permet de contredire les historiens qui ont prétendu, sans preuves à l'appui, que les Grecs tinrent des Egyptiens leurs théories musicales1.
De ce que Pythagore a résidé chez les prêtres d'Osiris et d'Isis, on en a conclu qu'il prit d'eux le principe de l'octave et les divisions des intervalles ; mais les Indiens, comme les Chinois, connaissaient ce principe, et notre philosophe peut fort bien aussi avoir séjourné dans l'Inde, voire en Chine, car les données que l'on possède sur lui sont si vagues, que cette hypothèse n'a rien d'invraisemblable ; elle est moins étrange que celle qui le fait passer en Chaldée pour y apprendre la science des Mages; elle n'est pas plus hasardée que celle qui l'envoie à Babylone, où il aurait eu plusieurs entretiens avec les prophètes Ezéchiel et Daniel2. Nous ne verrions pas alors pourquoi il n'aurait pas enseigné aux Grecs la notation des peuples orientaux, et cela avec d'autant plus de raison que les Egyptiens, selon nous, n'eurent point d'écriture musicale.
Quant au système des Grecs, il n'est assurément pas originaire de leur pays ; ce n'est pas un produit de leur sol. Les premiers habitants du Péloponèse, les Pélasges incultes, grossiers, à demi sauvages, n'étaient pas en état de leur transmettre des règles musicales, encore moins une notation, puisque l'idée de représenter les sons par des signes ne se produit que chez les nations policées. Ce sont des étrangers venus de l'Inde, de la Perse et de l'Asie Mineure, ce sont les Phrygiens Hyagnis, son fils Marsyas, et Olympe, les Thraces Linos, Thamyris et Orphée, qui importèrent la musique en Grèce. Nous croyons donc, sauf meilleur avis, que le système tonal hellénique est originaire
W. Cliappell, The history qf mvsic , art and science, t. [, p. xvm. Londres, 187.5. A. Leclerc, Revue de musique ancienne et moderne, juillet 1 856 , p. /19.0.
de l'Inde, et peut-être de la Chine; les instruments grecs étaient d'origine asiatique, et nous admettons, avecFétis, qu'en musique rien ne leur appartient que Ton ne retrouve en Orient, et dans des conditions de supériorité qui les laissent bien loin en arrière.
Sans partager l'avis de Perne \ qui fait remonter à quinze siècles avant l'ère actuelle l'établissement d'une écriture phonétique chez les Grecs, lesquels n'existaient pas encore à l'état de nation, nous estimons qu'en descendant jusqu'au vme siècle avant J.-C, nous sommes plus près de la vérité. Mais avant d'aborder l'histoire de la notation grecque, il est essentiel que nous consacrions quelques lignes au système musical de ce peuple, en exposant brièvement les bases sur lesquelles reposait ce système, et sans la connaissance desquelles il serait malaisé de comprendre ce que nous aurons à dire sur sa séméiographie musicale et sur celle du moyen âge.