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SIGNES DES NOTES D'AGRÉMENT OU D'ORNEMENT

Si une chose est instinctive, spontanée, c'est, à coup sûr, l'emploi des notes d'agrément. Ecoutez le paysan qui chante; écoutez le prêtre à l'autel, le chantre au lutrin; tous appliqueront à certains passages le même groupe d'ornements. Aussi, que l'on remonte autant que l'on pourra, soit aux sources du plainchant, soit à celles de la tonalité moderne, partout ces notes se montrent, et, comme la mauvaise herbe, tendent à envahir le sol musical. Déjà on en abusait sous Charlemagne, et son historien, le moine d'Angoulême, parle des sons tremblants, jlattés, battus et coupés que les Français ne pouvaient rendre, à cause de la rudesse naturelle de leur gosier. Hucbald, en critiquant la notation usitée de son temps, fait mention du tremblement dans la voix (trille) et d'autres ornements, en ajoutant de quelle manière les sons devaient être liés ou détachés. On les rencontre aussi dans les œuvres du trouvère Adam de la Haie, qui se sert du double-brisé, ou grupetto; Palestrina lui-même, dans son Slabat mater à douze voix, a indiqué le signe tr. (trille) au-dessus de plusieurs notes.

Sous le pontificat de Grégoire XIII (1672), l'invasion du plain-chant parles ornements de toute espèce était si excessive, que le pape et le concile de Trente furent sur le point de proscrire de l'église toute musique. Ce fut l'origine d'une réforme radicale qui devait ramener le chant ecclésiastique à sa gravité primitive, et enlever aux chantres de cette époque, ces histrions du temple, les planches qui leur servaient de tréteaux.

Lorsque Gaccini (1600) et ses émules eurent semé le germe qui devait produire la musique moderne, l'emploi des ornements devint exagéré; ils se présentaient sous des aspects si divers, que Gaccini sentit la nécessité de les expliquer dans ses Nuove musicbe1 . Un siècle plus tard, Couperin, Rameau et autres compositeurs firent de même en tête de leurs œuvres. Nous devons dire qu'aujourd'hui beaucoup de ces notes, qu'on appelait autrefois d'agrément, sont devenues des notes réelles, ou de passage.

Loin de nous l'intention de donner ici un traité des notes d'agrément. Ge travail a été fait, et très bien fait, par Gh.-Ph.-Em. Bach2, Marpurg3, Gottlob

' Florence, 160-2.

Versuch ùber die wahrc Art das Clavier zu spielen, etc., 2 vol. Berlin, 1 752-1762. ; Die Kunst das Clavier zu spielen, etc. Berlin, 1779.

Turk1, Ernst David Wagner2, Deldevez3, Amédée Méreaux4 et Farrenc5. C'est dire que tout ce qui a trait à ce sujet, concernant la musique antérieure au xviuc siècle, a été élucidé.

Dans la musique moderne, les notes dites à' agrément tendent à disparaître; nous pourrions presque dire qu'elles n'existent plus, car celles qui se présentent sous cet aspect, c'est-à-dire en plus petits caractères et en dehors de la mesure, sont des notes de renforcement n'ayant d'autre objet que de faire ressortir celles devant lesquelles on les emploie. Trois seulement, le mordant, le grupetto et le trille, sont indiques par des signes spéciaux, derniers restes des neumes du moyen âge6. Le grupetto même n'a plus qu'une existence assez compromise, car dans la plupart des œuvres modernes il est remplacé par des notes réelles. Nous citerons pour exemples : Casta diva, de Bellini, dans Norma; la première mesure de Y adagio du septuor de Beethoven; l'air de Siebel dans le Faust de Gounod, etc. Les notes d'agrément sont des débris du passé. Moins le sentiment esthétique est développé, plus elles sont fréquentes; plus ce sentiment est élevé, moins on fait usage de ces notes. Beethoven en fournit la preuve dans ses dernières œuvres, où il ne se sert que du trille, de l'appoggiature simple et en arpèges, pour renforcer la sonorité. Nos plus grands maîtres actuels suivent ses traces, car chez Ambroise Thomas, Gounod, Massé, Verdi, Bichard Wagner, etc., on ne trouve ces groupes que très sobrement employés; ainsi c'est à peine si on les voit dix fois dans le Faust de Gounod, et encore moins dans YHamlet d'Ambroise Thomas. Nous ferons remarquer, cependant, que le compositeur moderne le plus génial, le plus original peutêtre, Chopin, dans certaines de ses œuvres, a abusé des notes d'agrément. Nous ne croyons pas que cette profusion d'excroissances (qu'on nous passe le mot) soit faite pour donner de la vitalité auxdites œuvres. Ce serait le cas de dire avec Herbert Spencer7, que, pour les notes d'agrément, les musiciens ont obéi à la tendance naturelle qui a porté l'humanité à se charger d'oripeaux avant de songer à se couvrir de vêtements, à s'occuper de frivolités avant d'arriver aux choses sérieuses.

En dehors des morceaux ayant un caractère imitatif ou de couleur locale, il y a sept cas dans lesquels on a recours à ces notes de renforcement. Nous allons les indiquer. Dans tous, ces notes prétendues d'agrément sont placées

1 Clavier schulc , etc. Halle et Leipzig, 1789. " Musikalisches Ornamentik. Berlin, 1869.

La Notation de la musique classique comparée à la notation de la musique moderne. Paris, Hichault. 4 Les Clavecinistes célèbres , 1" vol. Paris, Heugel. Trésor des pianistes. Paris, 1861.

On peut s'en assurer en consultant les tableaux neumatiques insëiés clans notre livre Ut, chap. ier, où l'on verra que le signe du mordant est emprunté à celui du pressas minor, le signe du trille au quilisma, et le signe du grupetto à Yancus ou au podatus. 1 De l'éducation morale, intellectuelle et physique.

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